« Parle Seigneur, ton serviteur écoute, pour une Église en sortie »

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Redécouvrez l'enseignement de Laurent Landete lors du pèlerinage diocésain de rentrée, le 4 septembre dernier à Verdelais.

Lorsque le Père Jean-Christophe Slaiher m’a appelé pour me demander de donner cet enseignement sur la mission, nous avons réfléchi au titre que nous pourrions lui donner et assez vite, nous avons proposé celui-ci :

« Parle Seigneur, ton serviteur écoute, pour une Église en sortie »

Ces derniers jours en préparant cette rencontre, je suis allé sur le site du diocèse où notre archevêque nous écrit ceci dans son édito du mois de septembre, annonçant sa lettre pastorale :

« Le Covid et les différents confinements ont interrompu et ralenti le dynamisme donné par le dernier synode du diocèse, en 2018. Il est temps, maintenant, de nous donner un élan nouveau pour que notre diocèse poursuive sa mission d’annonce de l’Évangile. Pour cela, je propose de nous approprier le récit de la belle rencontre entre saint Pierre et le centurion Corneille, dans le livre des Actes des Apôtres. Cette rencontre peut nous inspirer pour vivre des visitations en paroisses et être une « Église en sortie ».

Je me suis donc replongé dans ce magnifique passage des Actes des Apôtres où il est précisément question :

  • d’une écoute nécessaire aux signes que nous donne le Seigneur,
  • signes qui nous poussent à sortir, à aller à la rencontre à visiter les autres, ceux qu’Il nous envoie et ceux qu’Il nous confie, pour leur proclamer la bonne nouvelle du Salut.

Écoutons donc quelques versets de ce chapitre 10 des Actes des Apôtres, quelques extraits de cet échange entre Pierre et Corneille,

Écoutons ce qui a conduit à cet échange, et ce que cet échange les a conduits à faire :

Il y avait à Césarée un homme du nom de Corneille, (…).  Il eut la vision très claire d’un ange de Dieu (..) Celui-ci le fixa du regard et, saisi de crainte, demanda : « Qu’y a-t-il, Seigneur ? » L’ange lui répondit : « Tes prières et tes aumônes sont montées devant Dieu pour qu’Il se souvienne de toi. Et maintenant, envoie des hommes à Jaffa et fais venir un certain Simon surnommé Pierre. Leur ayant tout expliqué, il les envoya à Jaffa.

Le lendemain, tandis qu’ils étaient en route et s’approchaient de la ville, Pierre monta sur la terrasse de la maison, vers midi, pour prier. (…).

Il nous est dit que Pierre eut faim.

Pendant qu’on lui préparait à manger, il tomba en extase. Il contemplait le ciel ouvert et un objet qui descendait : (…) Il y avait dedans tous les quadrupèdes, tous les reptiles de la terre et tous les oiseaux du ciel. Et une voix s’adressa à lui : « Debout, Pierre, offre-les en sacrifice, et mange ! »

Pierre dit : « Certainement pas, Seigneur ! Je n’ai jamais pris d’aliment interdit et impur ! »

À nouveau, pour la deuxième fois, la voix s’adressa à lui : « Ce que Dieu a déclaré pur, toi, ne le déclare pas interdit. »

(…) voici que les envoyés de Corneille, survinrent à la porte. (…) Comme Pierre réfléchissait encore à sa vision, l’Esprit lui dit : « Voilà trois hommes qui te cherchent. Eh bien, debout, descends, et pars avec eux sans hésiter, car c’est moi qui les ai envoyés. »

Pierre descendit trouver les hommes et leur dit : « Me voici, je suis celui que vous cherchez. Pour quelle raison êtes-vous là ? » (…) Le lendemain, il se mit en route avec eux ;

Comme Pierre arrivait, Corneille vint à sa rencontre et, tombant à ses pieds, il se prosterna. Mais Pierre le releva en disant : « Lève-toi. Je ne suis qu’un homme, moi aussi. » (…)

Il leur dit : « Vous savez qu’un Juif n’est pas autorisé à fréquenter un étranger ni à entrer en contact avec lui.

Mais à moi, Dieu a montré qu’il ne fallait déclarer interdit ou impur aucun être humain. C’est pourquoi, quand vous m’avez envoyé chercher, je suis venu sans réticence. (…)

Corneille dit alors : « Maintenant donc, nous sommes tous là devant Dieu pour écouter tout ce que le Seigneur t’a chargé de nous dire. »

Alors Pierre prit la parole et dit : « En vérité, je le comprends, Dieu est impartial : il accueille, quelle que soit la nation, celui qui le craint et dont les œuvres sont justes. (…)

Pierre parlait encore quand l’Esprit Saint descendit sur tous ceux qui écoutaient la Parole. Les croyants qui accompagnaient Pierre, et qui étaient juifs d’origine, furent stupéfaits de voir que, même sur les nations, le don de l’Esprit Saint avait été répandu. En effet, on les entendait parler en langues et chanter la grandeur de Dieu.

Pierre dit alors : « Quelqu’un peut-il refuser l’eau du baptême à ces gens qui ont reçu l’Esprit Saint tout comme nous ? »  Et il donna l’ordre de les baptiser au nom de Jésus Christ. (…)  

 

Ce texte des Actes des Apôtres peut nous inspirer trois axes importants :

 

  1. La nécessaire écoute du Seigneur.

  1. L’accueil des frères sans condition (ceux qui nous sont envoyés et ceux vers qui nous sommes envoyés)

  1. La mission comme débordement, la conséquence de cet attachement à Dieu et aux frères.

  

Il est intéressant de voir que ces trois axes reprennent les trois axes de notre Synode diocésain de 2018

  

  1. La nécessaire écoute du Seigneur.

 Parle, Seigneur ton Serviteur écoute… 1Samuel3(9)

  

Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. (St Jean 15, 5)

L’enjeu de notre relation et de notre attachement personnel au Christ est immense…

Nous devons être des « personnes touchées avant tout par l’amour du Christ, dont le Christ a conquis le cœur par son amour, en y réveillant l’amour pour nos frères. », nous dit, Benoît XVI.

Conquis comme l’est Pierre dans ce texte, mais aussi comme l’est Corneille…

« La prière n’est pas un accessoire, une « option », mais une question de vie ou de mort », nous dit le pape.

Saint Paul aussi : « Apportez-y une vigilance inlassable » (Éphésiens 6).

Cette vigilance doit être inlassable parce que le choix est à refaire tous les jours !

Notre intimité avec le Christ conditionne notre disponibilité et notre façon de vivre…

« Pierre monta sur la terrasse de la maison, vers midi, pour prier. »

Soulignons ce verset pour d’abord montrer que Pierre est assidu à la prière, mais aussi pour dire que l’organisation de son temps de prière est simple : il monte sur la Terrasse…

Qu’est-ce que cela veut nous dire : chacun a sa manière de prier , mais ne nous mettons pas des conditions impossibles, pour rendre la prière impossible dans l’organisation de nos journées.

Ceci est très important pour tous les baptisés, mais pour les laïcs particulièrement, au milieu de toutes leurs tâches et leurs activités dans le monde.

Chacun a sa manière de prier : oraison, mystères du rosaire, liturgie des heures, adoration du Saint-Sacrement etc…

L’important c’est de trouver les conditions les plus simples pour ne pas mettre la prière à un niveau que nous ne pourrons jamais atteindre dans notre quotidien.

Sachant que le plus simple pour les laïcs, c’est souvent de prier là où nous sommes…

Pour Pierre, ce jour-là, c’était la terrasse, pour un autre cela va être sa chambre etc…

L’important c’est de se donner les moyens de cette relation avec Dieu.

Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est, comme le sarment, jeté dehors, et il se dessèche… (St Jean 15, 5 et 6)

Parfois nous sommes tentés de nous dire que nos engagements sont difficiles, intenables, ou de nous quereller pour des sujets sans importance.

Mais à ce moment précis : quelle est ma relation à Dieu ? Est-elle enracinée dans la constance, dans la fidélité ?

Un texte du Concile Vatican II sur l’apostolat des laïcs nous rappelle qu’« Il est évident que la fécondité de l'apostolat des laïcs dépend de leur union vitale avec le Christ ».

Nous avons besoin de nous nourrir de la Parole pour ouvrir nos cœurs, changer nos mauvaises habitudes, quitter notre lassitude, notre soif de pouvoir, nos manques de désir de servir.

Saint Jérôme nous dit : « Celui qui ne connaît pas les Écritures ne connaît pas la puissance de Dieu ni sa sagesse. Ignorer les Écritures signifie ignorer le Christ ».

Dans la lecture du Petit Prince de Saint-Exupéry, quelqu’un m’a fait découvrir il y quelques années ces quelques mots qui décrivent tellement bien ce qu’est la prière :

« Apprivoise-moi je t'en prie, si tu as besoin d'un ami. Et jusqu'à ma dernière seconde, tu resteras unique au monde. Il nous faudra des rendez-vous, pour pouvoir s'habiller le cœur [1]. »

Prier c’est se laisser apprivoiser par Dieu. Et ainsi reconnaître que c’est Lui lorsqu’Il m’appelle (peut-être du premier coup) comme Pierre ou comme Corneille…qui, nous dit le texte,  priait sans cesse

Comment serait-ce possible de le reconnaitre et de suivre ses volontés, si nous n’avons pas une relation constante avec Lui.

« Qui peut comprendre les volontés du Seigneur ? Et qui aurait connu ta volonté, si tu n’avais pas donné la Sagesse » (Sg 9, 13-18) nous dira tout à l’heure la première Lecture de la messe dans le livre de la Sagesse.

Prier c’est : faire silence, c’est l’écouter, c’est Lui parler (je-tu), c’est aussi intercéder pour les autres.

Mais notre vie spirituelle ne peut pas reposer que sur le ressenti. D’où l’importance de nous former pour mieux connaître les écritures.

La formation n’est pas réservée à une élite intellectuelle.

Nous sommes appelés à un renouveau de l’intelligence de notre foi, chacun selon ses richesses et ses limites ou ses disponibilités, mais laissons-nous former, comme Corneille par Pierre (et Pierre par Corneille), pour nourrir ensuite notre prière et notre foi.

  

  1. Deuxième axe que nous révèle ce texte des Actes des Apôtres : l’importance des frères, l’importance de l’accueil des frères, sans condition.

 

On voit dans ce texte que personne n’agit seul, ni Corneille, ni Pierre, ni les messagers qui partent ensemble. Corneille reçoit Pierre aussi avec ses amis.

Chacun s’appuie sur les talents et le service des autres, ces messagers aussi sont vraiment très libres et ancrés dans une confiance fraternelle inouïe.

Nous sommes ensemble aujourd’hui, parce que Dieu nous fait miséricorde et non parce que nous nous sommes choisis nous-mêmes …

Ce texte nous ouvre les yeux : Il y a une dimension très large dans cette notion de fraternité qui est tout sauf exclusive.

Cette grâce est appelante, hospitalière et elle est appelée à l’être toujours plus.

Cela nous invite à découvrir cette notion de peuple de Dieu :

Le peuple de Dieu en raison même qu’il est appelé par Dieu et qu’il est destiné à tous, n’est pas un peuple installé.

Ce n’est pas un club, ni un réseau de notables ou encore moins une coterie de gens qui se coopteraient entre eux. C’est un peuple humble qui se laisse conduire.

Ce texte des Actes des Apôtres nous révèle aussi pour une part ce qu’est vraiment ce peuple qui se laisse saisir, c’est un peuple synodal.

Tiens, mais qu’est-ce que cela veut dire ? Est-ce une idée à la mode ? Est-ce une notion un peu ésotérique que personne ne comprendrait ? Non bien sûr !

A la lumière de cet échange entre Pierre et Corneille, attardons-nous un peu sur cette notion de synodalité :

Car il s’agit précisément d’un peuple de frères et sœurs en marche qui écoutent et qui acceptent de se laisser conduire.

C’est un itinéraire qui se dessine et dont Dieu est partie prenante et dont Dieu est même à l’initiative.

Nous trouvons là, précisément ,le sens de cette synodalité : faire route ensemble et non pas isolément, comme à tâtons, mais dans une communion. L’Église est le moyen de cette communion universelle. Faire route ensemble c’est discerner ensemble aussi

Le centre de gravité de cette communion c’est Dieu !  Et pas le nombril du peuple en question, ce n’est pas plus le nombril de Pierre : d’ailleurs il avait des besoins bien humains, il avait faim, mais sa prière l’a décentré pour un temps de son nombril.

Il n’y a de communion que centrée sur Dieu, portée par lui, orientée par lui.

Le peuple de Dieu n’est pas un rassemblement plus ou moins démocratique pour décider ce qu’il y aurait lieu de faire pour avancer, selon nos seules envies. Ce n’est pas ça un synode. 

C’est un peuple qui se reçoit de Dieu. Dieu qui bien sur parle par les frères, comme pour Pierre et pour Corneille. Mais c’est Lui qu’on cherche à écouter à travers eux…

Soulignons-le, cette écoute de Dieu ne ferme aucune porte, ne restreint rien, bien au contraire, elle les emmène à des évolutions inimaginables, inenvisageables, qui sont stupéfiantes pour les tenants de la loi…

Mais ces évolutions (Quelqu’un peut-il refuser l’eau du baptême à ces gens qui ont reçu l’Esprit Saint tout comme nous ?) Ces évolutions qui ont bouleversé l’histoire de l’Église, sont précisément le fruit de la manière dont tous se sont laissés conduire ensemble…chacun différemment, mais ensemble (Pierre /Corneille/ les messagers et tout le peuple qui demande le baptême).

Pierre n’aurait certainement jamais imaginé en montant prier sur sa terrasse que cela se terminerait comme ça : donner le baptême à ces étrangers qu’il considérerait comme impurs…

Mais Dieu l’emmène tellement plus loin que ses peurs et ses rigidités :  son dialogue avec le Seigneur est pourtant hallucinant : alors qu’il reconnait que c’est Dieu qui parle, il lui dit : « Certainement pas Seigneur ! »

En fait, Pierre a tout à gagner, car Dieu nous fait aller encore plus loin que ce que nous pouvons imaginer avec nos petites pensées, fragiles, lourdes, étriquées parfois idéologisées, dans nos petites écoles, nos petites tendances.

Soyons encore attentifs tout à l’heure au livre de la Sagesse.

 

Les réflexions des mortels sont incertaines,
et nos pensées, instables ;
    car un corps périssable appesantit notre âme,
et cette enveloppe d’argile
alourdit notre esprit aux mille pensées.
(…)
    Et qui aurait connu ta volonté,
si tu n’avais pas donné la Sagesse
et envoyé d’en haut ton Esprit Saint ?
    C’est ainsi que les sentiers des habitants de la terre
sont devenus droits ;
c’est ainsi que les hommes ont appris ce qui te plaît...

Alors on entend souvent quelle Église nous voulons ?  Quelles réformes voulons-nous ? On réfléchit, on parle, on discute et c’est bien….

C’est une question intéressante, mais est-ce ça la seule question ?

Avant tout, ne faudrait-il pas se poser la question de ce que nous sommes : qui est l’Église ? 

Et : est-ce que Dieu veut la guider !

Cela ne veut pas dire que nous ne pouvons pas avoir des désirs, des attentes brûlantes, des faims de ceci ou de cela, des rêves aussi…mais que veut Dieu… ?

Ça ne veut pas dire que nous ne nous sommes pas acteurs sur ce chemin : Nous ne sommes pas un wagon sans âme que Dieu tirerait, comme une locomotive…non, évidemment !

Mais nous ne sommes pas moins bien lotis que Pierre ou que Corneille qui priait sans cesse (ce dernier était même un païen). Il peut nous conduire nous aussi, s’II l’a fait pour eux.

Mais il y a une histoire d’alliance avec un peuple qui est appelé à écouter.

D’ailleurs si on voit toute l’histoire Sainte, Dieu appelle à écouter.

« Je t‘adjure ô mon peuple quand vas-tu m’écouter ? C’est aussi le shéma Israël.

La parole de Dieu c’est : écoute ce que dit ton Dieu et pas écoute-toi toi-même !

Cela n’empêche pas non plus qu’on demande à Dieu de nous écouter. Cela n’empêche pas que l’on bataille avec Lui, comme Pierre. Mais cette bataille est le signe de la foi.

Cette communion avec Dieu et entre nous ne peut pas être le fruit de mécanismes de développement ou de réunion Intramondaine.

Dans l’histoire cela a déjà été essayé et ça s’appelle la Tour de Babel : c’est une unité qui ne repose que sur la volonté des hommes sous forme de conquête, à partir de nous, ou de notre référentiel, de nos désirs de pouvoir.

Et Babel, on voit ce que cela donne, c’est la dispersion absolue. C’est une tentation de mondaniser la compréhension de l’Église. L’Église n’est pas un parlement d’une multinationale. N’oublions pas que dans le peuple de Dieu il y a peuple mais il y a aussi de Dieu.

Permettez-moi encore Père de rappeler vos propos dans votre édito de ce mois : vous nous rappelez que la mission ne peut se vivre seul ! et vous évoquez, des « fraternités chrétiennes de quartier » 

La question est au fond : peut-on être Chrétien tout seul ?

Ce qui est particulièrement émouvant dans la parole dans Jean 15

Celui qui demeure en moi...porte beaucoup de fruit. C’est cette articulation avec ce qui suit : "Voici quel est mon commandement : aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés".

Si hors de Lui nous ne pouvons rien faire…hors de Lui nous ne pourrons pas aller jusqu’au bout de notre appel à vivre en frères et sœurs en Christ, pour agir en ce monde…

Nous le voyons bien dans cette relation entre Pierre et Corneille : ils se laissent chacun guider par l’Esprit pour s’accueillir comme des frères et ensuite annoncer l’Évangile.

Cet amour vécu de façon authentique fait s’exclamer les non croyants : voyez comme ils s’aiment !     

Il s’agit aimer chacun, d’être attentif, se préoccuper de la croissance et de la vie de chacun, comme de soi-même.

Cette disponibilité à mon frère quel qu’il soit (même s’il ne me ressemble pas, même si je ne l’ai pas choisi) me rend sensible à Dieu et inversement la négligence de mon frère peut dessécher ma relation au Christ.

N’oublions pas que Pierre se laisse conduire par des étrangers et va vers des étrangers, des personnes qui ne lui ressemblent pas.

Son cœur et sa tradition aurait pu l’amener à les rejeter… mais non, encouragé et corrigé ( on peut dire) par la Parole de Dieu, il leur donne l’hospitalité.

Je pense souvent à ces migrants/ comment les accueillir vraiment en tant que chrétiens. Les vêtir, les soigner leur donner l’hospitalité, notre bienveillance…oui et c’est plus qu’évident. Et c’est essentiel ! vital !

Mais après tout pas besoin d’être disciple de Jésus pour cela. Jésus nous dit : « Que faites-vous de nouveau ?  Car même les pécheurs aiment ceux qui les aiment. » (Luc (BJ) 6)

Mais en tant que chrétien, que pouvons-nous donner de plus, comme Pierre le fait ?

Pourquoi ne les accueillerions-nous pas comme une providence, pour réveiller notre foi et notre manière de la vivre en frères et sœurs de manière plus belle plus authentique ?

Jésus nous dit : « le fils de l’homme trouvera-t-il la foi sur la terre quand il viendra ? ».

Nous ne pourrions pas nous dire aussi :

Tous ces frères et sœurs qui arrivent sur notre terre, quelle foi trouveront-ils ?

Quelle foi trouveront-ils sur notre terre ?

Quel sens de la fraternité ?

Quel sens de l’écoute d’un Dieu qui aime et qui est proche transmettrons nous ?

Quel sens du respect de l’autre, du respect de la femme, par exemple ?

Et que pouvons-nous recevoir d’eux aussi, comme Corneille qui a tant apporté à Pierre et au peuple de l’Alliance ?

Plus largement, que pouvons-nous donner à nos contemporains ?

Ce n’est pas d’abord notre piété ou notre spiritualité qui va toucher c’est l’amour que nous aurons les uns pour les autres.

C’est un évangile vivant, un évangile ouvert.

Ces petites fraternités qui doivent être des espaces où l’on prie, où l’on partage la Parole de Dieu, où l’on confie ses peines et ses joies, sans crainte d’être jugé, épié, critiqué. Des lieux visibles qui attirent.

Il faut ces espaces où chacun – qu’il soit marié, célibataire, consacré, diacre ou prêtre - est entouré par des frères et des sœurs en Christ qui le fortifient dans sa vocation. La solution, c’est les autres, c’est le non-isolement, c’est le regard stimulant des autres que chacun accepte sur sa vie quotidienne et sur sa vie spirituelle.

C’est le temps de la communion !

Il y va du prophétisme de l’Église.

Comment dépasserons-nous nos crises si dures, si difficiles, si éprouvantes, tellement inimaginables ?

Mais que veux-tu Seigneur ?

Devons-nous nous cantonner à ce diagnostic général catastrophique ? Devons-nous nous laisser aller à une profonde déprime ?                                                                                                                     

Ce renouveau dépasse en effet les besoins propres de l’Église, car il est plus global. En regardant nos problèmes de manière autocentrée, nous risquerions de traiter la maladie que par un petit bout. Le grand théologien protestant Karl Barth, disait ceci : « Si l’Église n’a d’autre but que son propre service, elle porte déjà les stigmates de la mort. »

Il s’agit en fait d’inventer de nouveaux modes de vies, ouverts, visibles attirants, rayonnants et reproductibles dans la société.  C’est ça la mission !

Certes, ces perspectives intègrent pleinement l’exigence de la collaboration entre prêtres et laïcs - dont les modalités sont certainement encore à inventer ou à parfaire - mais pas seulement !

Ce n’est pas une nouvelle Église avec des structures « flambant neuves », dont notre société a besoin, mais d’une Église qui en a compris les enjeux et les besoins fondamentaux.

Nous sommes confrontés au choix d’une nouvelle civilisation où tout est lié, comme le dit si bien le pape François dans Laudato Si !

Il nous montre avec une grande justesse comment ces problèmes sont intimement liés : gouvernance, économie, finance, agriculture, migrations, respect du vivant et de la maison commune…

Si nous n’avons pas de vision prophétique, nous ne serons pas au rendez-vous avec le prophétisme de notre vocation baptismale, et nous ne règlerons rien. Pire, nous n’attirerons plus personne !

Sans véritable vision, on ne voit pas le Christ, on regarde à hauteur d’homme.

Le mode de vie auquel nous sommes appelés, nous invite à reconsidérer notre vision du monde de manière très étendue.

Les chrétiens sont certainement appelés à être des chercheurs inspirés par Dieu et créatifs qui tiennent compte de nombreuses questions essentielles et même existentielles :

Quel modèle économique et social sommes-nous appelés à construire ?

Comment exerçons-nous la subsidiarité et la confiance dans nos responsabilités ?

 Quelle place faire à la complémentarité entre l’homme et la femme dans toutes nos institutions ?

Comment nous alimentons-nous ? Quelle agriculture voulons-nous ?

Comment nous chauffons-nous ? Quel usage faisons-nous de l’eau ? Comment nous déplaçons-nous ?

Quelle anthropologie souhaitons-nous ?

Comment nous impliquerons-nous dans une coopération avec les peuples du sud ?

Comment favoriserons-nous un développement durable avec ces pays malades de la corruption et de l‘insolence de notre consommation sans limite ?

Dans cette nouvelle aventure, il faudra s’appuyer sur des lieux de réflexion et de pensée, où les différents savoirs pourront travailler en synergie, tout en étant connectés à des possibilités de mise en œuvre très pratique...

Oui, il nous est donné cette espérance, pour que se déploie une « évangélisation durable » au service d’un « développement durable » de l’humanité.

Nous devons prendre la mesure du monde, de ce qu’est le monde aujourd’hui.

(Gaudium et Spes) dont le début qui commence comme ceci, rappelle de point en point notre propos et ce texte des Actes des Apôtres

« Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur. Leur communauté, en effet, s’édifie avec des hommes, rassemblés dans le Christ, conduits par l’Esprit Saint dans leur marche vers le Royaume du Père, et porteurs d’un message de salut qu’il faut proposer à tous. »

  1. Troisième axe La mission comprise comme débordement de l’Amour de Dieu et des frères .

Malheur à moi si je n’annonce pas l’évangile nous dit Saint Paul.

Alors, bien sûr, chacun a sa manière, mais de toutes les façons cette annonce nous impose de sortir de nous-mêmes.

L’Église “en sortie” est la communauté des disciples missionnaires qui prennent l’initiative, qui s’impliquent, qui accompagnent, qui fructifient et qui fêtent, dit le pape François (Evangelii Gaudium, 24).

 

  1. Prendre l’initiative ( primerear )

  2. S’impliquer

  3. Accompagner

  4. Fructifier

  5. Fêter

 

  1. La communauté évangélisatrice expérimente que le Seigneur a pris l’initiative, il l’a précédée dans l’amour (cf. 1Jn 4, 10), et en raison de cela,

  •  Elle sait aller de l’avant, elle sait prendre l’initiative sans crainte,
  • Aller à la rencontre, chercher ceux qui sont loin et arriver aux croisées des chemins pour inviter les exclus.
  • Pour avoir expérimenté la miséricorde du Père et sa force de diffusion, elle vit un désir inépuisable d’offrir la miséricorde.

Osons un peu plus prendre l’initiative ! « Primerear – prendre l’initiative » : veuillez m’excuser pour ce néologisme.

 

 

  1. En conséquence, l’Église sait “s’impliquer”. Jésus a lavé les pieds de ses disciples.

  • Le Seigneur s’implique et implique les siens, en se mettant à genoux devant les autres pour les laver. Mais tout de suite après Il dit à ses disciples : « Heureux êtes-vous, si vous le faites » (Jn 13, 17).
  • La communauté évangélisatrice, par ses œuvres et ses gestes, se met dans la vie quotidienne des autres, elle raccourcit les distances, elle s’abaisse jusqu’à l’humiliation si c’est nécessaire, et assume la vie humaine, touchant la chair souffrante du Christ dans le peuple. Les évangélisateurs ont ainsi “l’odeur des brebis” et celles-ci écoutent leur voix.

 

  1. Ensuite, la communauté évangélisatrice se dispose à “accompagner”.

  • Elle accompagne l’humanité en tous ses processus, aussi durs et prolongés qu’ils puissent être.
  • Elle connaît les longues attentes et la patience apostolique. L’évangélisation a beaucoup de patience, et elle évite de ne pas tenir compte des limites.

 

  1. Fidèle au don du Seigneur, elle sait aussi “fructifier”.

  • La communauté évangélisatrice est toujours attentive aux fruits, parce que le Seigneur la veut féconde.
  • Il prend soin du grain et ne perd pas la paix à cause de l’ivraie. Le semeur, quand il voit poindre l’ivraie parmi le grain n’a pas de réactions plaintives ni alarmistes.
  • Il trouve le moyen pour faire en sorte que la Parole s’incarne dans une situation concrète et donne des fruits de vie nouvelle, bien qu’apparemment ceux-ci soient imparfaits et inachevés.
  • Le disciple sait offrir sa vie entière et la jouer jusqu’au martyre comme témoignage de Jésus-Christ ; son rêve n’est pas d’avoir beaucoup d’ennemis, mais plutôt que la Parole soit accueillie et manifeste sa puissance libératrice et rénovatrice.

 

  1. Enfin, la communauté évangélisatrice, joyeuse, sait toujours “fêter”.

  • Elle célèbre et fête chaque petite victoire, chaque pas en avant dans l’évangélisation.
  • L’évangélisation joyeuse se fait beauté dans la liturgie et dans l’exigence quotidienne de faire progresser le bien.

Il me semble qu’il faut sortir de l’identitarisme catholique et fonder l’amitié entre le peuple de Dieu et le monde. Évangéliser, c’est sortir de la confrontation.

Nous vivons une période de mutation des plus significative de l’histoire. Ne nous comportons donc pas comme si nous étions auprès d’un mourant, gisant dans un service de soins palliatifs.

Toutes nos douleurs, si rudes soient-elles, sont celles d’un enfantement et nous sommes au contraire dans la salle d’accouchement d’un monde nouveau…

Avançons au Large ! Benoît XVI nous dit aussi :

Nous ne contribuons à un monde meilleur qu’en faisant le bien, maintenant et personnellement, passionnément, partout où cela est possible… Le programme du chrétien – le programme du bon Samaritain, le programme de Jésus – est « un cœur qui voit ».

Ce cœur voit où l’amour est nécessaire et il agit en conséquence.

Cette attention au cri des pauvres et au cri de la terre, nous positionne sur une ligne de crête où nous pouvons entendre le « cri » même de Dieu, révélé par les battements d’amour du Cœur du Christ. Amour qu’Il manifeste à la création tout entière en lui redonnant définitivement sa dignité originelle, par sa mort et la victoire de sa résurrection.

Cette attention au cri des pauvres et au cri de la terre revêt ainsi une dimension eschatologique.

Dans l’évangile de Matthieu (25, 21-46), dans la perspective du jugement dernier, le Seigneur nous dit : « chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (v. 40).

C’est là notre chemin de Salut et c’est sur ce critère que nous serons jugés. « J’avais faim, j’avais soif, j’étais nu, malade, en prison, étranger… » énumère Jésus (v. 35).

Or, chacun de ces points peut être relu avec, en arrière-plan, cette écoute attentive du cri des pauvres et du cri de la terre.

Une lecture objective de ces différents éléments nous permettra de prendre la mesure de ce leitmotiv du pape François dans Laudato Si’ : « Tout est lié ! »

La souffrance et l’angoisse ouvrent les cœurs à la transcendance. N’attendons pas que le premier gourou qui passe rafle la mise, parce que nous aurons été absents.

À ce titre, j’ai vécu ces derniers mois des expériences de dialogue et d’annonce de l’Évangile telles que je ne l’aurais jamais imaginé.

Notre responsabilité est grande, car il y a en réalité plusieurs bascules à proposer : de l’émerveillement à la louange ; du respect de la nature à celui de la création; du sauvetage de la planète au salut du monde ; de l’angoisse de l’« apocalypse now» à la révélation chrétienne manifestée dans le livre de l’Apocalypse, etc.

Derrière cette planète à « sauver », nous le savons, se tient notre Créateur et Sauveur.

Comme nous le lisons la nuit de Pâques, l’histoire du salut commence par la création de toutes choses, et de l’homme en particulier (cf. Gn 1), pour finir par le triomphe de la vie sur la mort. Cette pédagogie de la liturgie nous fait comprendre, que dans ce contexte particulier, l’annonce de l’Évangile passe par une catéchèse intégrale sur le salut, de la création jusqu’à la rédemption. N’avons-nous pas trop oublié cette dimension de la création dans le témoignage de notre foi ? Elle est absolument nécessaire aujourd’hui, face à une génération particulièrement sensible aux questions liées au respect de la nature. Pour parler du salut, il faut d’abord raconter le début de « l’histoire » …

L’Église a le devoir de se mettre en chemin synodal, afin de comprendre les questions et d’y répondre avec un langage compréhensible, sans relativiser ou nuancer à aucun moment le contenu de la foi, de la Parole de Dieu et du magistère.

Le Seigneur m’a donné le langage d’un homme qui se laisse instruire pour réconforter à mon tour celui qui n’en peut plus IS 50 4,

Société de Consommation / Société de Consolation.

 

Conclusion

Et pour terminer je voudrais vous lire un texte d’un grand théologien du siècle dernier : le Cardinal Journet.

Il écrivait cela en 1936 :

« Aux moments décisifs de son histoire, le Saint-Esprit viendra au secours de son Église par des voies exceptionnelles. Il suscitera en elle des miracles de force, de lumière, de pureté. Dans la hiérarchie ou dans le peuple fidèle, des hommes et des femmes se lèveront, ils auront pour annoncer leur message tant de netteté dans la voix, tant de sainteté dans le cœur, que le monde croira réentendre les Apôtres.

Ils feront des miracles, discerneront les esprits, parleront en langues. Ils seront de vrais prophètes. Ils prophétiseront pour éclairer, à la lumière de la Révélation, le mouvement de leur époque et les besoins des hommes. En eux reparaîtront, sous une forme adaptée aux conditions nouvelles de l'Église, les grâces charismatiques qui furent élargies aux premiers chrétiens. »

C’est pour cela qu’il faut pour le monde, une nouvelle espérance portée par de nouveaux prophètes qui créeront des brèches pour laisser le Christ faire toute choses nouvelles.

Soyons confiants, car là où le péché abonde aujourd’hui, la grâce surabonde et nous aidera à aller de l’avant.

Si nous sommes à l’écoute du Seigneur, et si nous vivons comme des frères et sœurs, nous sortirons de nos églises et de nos maisons et nous ferons des choses même plus grandes encore que Corneille et Pierre !

Quoi qu’il en soit nous allons être surpris de ce que l’Esprit Saint nous réserve !

Continuons sans fléchir d’affermir notre espérance, car il est fidèle celui qui a promis. He 10, 23

[1] Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince, 1943.