Que fêtons-nous à la Toussaint ?

Après cela je vis : C’était une foule immense que nul ne pouvait dénombrer…
Ils viennent de la grande épreuve… Ils n’auront
plus faim, ils n’auront plus soif…
car l’agneau sera leur berger,
il les conduira vers des sources d’eaux vives.  Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux.
 Ap 7, 9ss.

À l'occasion de la Toussaint fêtée le 1er novembre, Jean-Luc Amiet, diacre et responsable de la Pastorale des funérailles et des familles en deuil nous propose une réflexion sur le sens de cette fête.

Peut-être vous demandez-vous ce que nous fêtons le jour de la Toussaint ? Tous les Saints, tous saints ? Pourquoi cette solennité inscrite dans notre calendrier liturgique, presque à la fin de l’année ? Ce que nous savons tous et toutes, c’est que cette fête nous vaut un jour férié et que la tradition nous conduit sur les tombes de nos chers disparus.

Remontons un peu le temps pour comprendre. Au VIIème siècle, plus exactement le 13 mai 610, le pape Boniface IV transforme le Panthéon, à Rome, dédié jusqu’à cette date au culte de « tous les dieux » en église consacrée à Marie et à tous les martyrs des premiers siècles de notre ère. Ce culte des martyrs sera célébré à cette date jusqu’en 835 où le pape Grégoire IV demandera à l’empereur d’Occident, Louis le Pieux, de fixer cette fête le 1er novembre. Celle-ci s’enracine donc dans la célébration des chrétiens, hommes et femmes, qui n’hésitèrent pas à donner leur vie pour le Seigneur Jésus, parce que leur espérance en la vie éternelle était plus forte que la mort, que toute mort.

Fêter tous les saints est bien plus que célébrer les personnes canonisées par l’Église depuis le premier siècle. C’est entrer dans cette communion des vivants qui cherchent Dieu, qui l’ont cherché et sont aujourd’hui face à Lui. Nous avons besoin de la prière, de l’intercession de celles et ceux qui sont passés sur l’autre rive et que nous espérons retrouver un jour. Nous avons besoin de sentir cette communauté des vivants, qui ne s’arrête pas avec la mort. La Toussaint est donc la fête de la joie, de l’espérance qui ne trompe pas, comme le dit saint Paul.

Jésus, avant sa mort sur la croix, prie son Père : « Père je veux que là où je suis, ceux que tu m’as donnés soient aussi avec moi et qu’ils contemplent la gloire que tu m’as donnée. » Jn 17,24.

Jésus donne sa vie par amour, sur la Croix et son Père ne l’abandonne pas, il le ressuscite et veut que nous ressuscitions avec Lui.

Cette fête est celle de tous ces chrétiens anonymes, de tous ces chercheurs de Dieu, qui ont marché et qui marchent encore aujourd’hui à la suite de Jésus ; mais aussi de toutes ces femmes et de tous ces hommes qui ne savent pas trop où aller et qui regardent vers Jésus, dans la confiance et la paix malgré les turbulences, les épreuves de la vie, les maladies, les échecs, et qui découvrent qu’il est possible de traverser tout cela et de vivre avec Jésus le bonheur éternel.

Nous avons besoin de cette communion des vivants d’ici-bas et des vivants déjà auprès du Père, pour témoigner, jour après jour de l’espérance qui est en nous. Lorsque la vie d’un de nos proches s’arrête sur cette terre, autrement dit qu’il ou elle rend l’esprit au Père, nous célébrons des obsèques en Église. Ce n’est pas la mort que nous célébrons, mais un hommage à la vie qui a habité ce corps aujourd’hui sans vie. Nous demandons à Dieu d’ouvrir un avenir au défunt, de lui donner une place au sein de la Trinité. Le 2 novembre, jour des défunts est un jour de mémoire. Gardons-nous d’oublier nos frères et nos sœurs qui sont partis avant nous, non pour nous enfoncer dans la peine, le regret, la douleur du manque, mais dans l’espérance que notre condition humaine a un avenir. Alors cette célébration des défunts prend tout son sens dans la dynamique de la communion des Saints, à la suite de la fête de la Toussaint.