"Prier dans sa langue et sa culture"

Une fois tous les deux ans, la messe des peuples réunit toutes les communautés d’origine étrangère et des paroissiens girondins autour de leur évêque. Mais cette expérience de l’Église, à travers une double culture, a lieu aussi tout au long de l’année. Témoignages.

Une petite statue de la vierge de Guadalupe, une médaille de celle de Fatima, un boubou coloré, des bâtons d’encens ou des tenus traditionnelles d’Europe de l’Est... Au-delà du folklore, les messes, pour la plupart mensuelle, dans chaque langue des communautés chrétiennes d’origine étrangère sont pour les fidèles plus qu’un rendez-vous : un repère.

« À mon arrivée en France, les premières semaines étaient difficiles, je sentais le dépaysement, et même un déracinement. C’est ma rencontre avec une communauté catholique Malgache qui a donné une nouvelle lumière à ma vie », se rappelle Zohasina. Comme elle, nombreux sont les libanais, vietnamien, portugais ou africains à vivre ce double enracinement à la fois dans une communauté d’origine et dans une paroisse girondine. « C’est un service que l’Église catholique en Gironde doit assurer, explique le Père Francis Bacqueyrisses, en charge de la pastorale des migrants pour le diocèse de Bordeaux. À la fois respecter et favoriser l’expression de la prière et de l’annonce de la parole de Dieu dans la langue maternelle, mais aussi permettre de prendre conscience qu’on appartient à une Église qui est en France et dans laquelle chacun d’eux doit s’enraciner. » « Le fait de pouvoir vivre pleinement la pratique cultuelle et culturelle de mon “pays d’origine“ et partager celles de mon “pays d’accueil“ est une richesse, une grâce », témoigne Zohasina.

Enrichissement mutuel

« Ces célébrations sont utiles pour les jeunes, cela leur permet de garder un lien avec la langue et les traditions vietnamienne, estime Hélène Tong,  membre de l’équipe d’animation de la communauté vietnamienne, mais cela apporte surtout aux personnes âgées. La messe en vietnamien leur permet de vivre plus profondément leur foi. » « Je crois que c’est capital de pouvoir prier dans sa langue maternelle, souligne Francis Bacqueyrisses. Le rapport à Dieu s’instaure souvent dans l’enfance. J’ai vu des personnes très cultivés avoir du mal à prier ou à recevoir le sacrement du pardon dans une autre langue que la leur. Il faut respecter cet enracinement. »

L'interview complète du Père Bacqueyrisses :