Méditations du chemin de Croix

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Le Vendredi saint, 18 avril 2014, Mgr Jean-Pierre Ricard et Mgr Dognin ont participé au chemin de Croix de Bordeaux, au Jardin public. Retrouvez les méditations lues aux différentes stations, les photos et audio de ce chemin de Croix.

 

 

 Voir les photos sur Flickr

 

Station 1

Arrestation (Mt 26, 47-56)

Mgr Jean-Pierre Ricard

Au moment de son arrestation, ce qui me frappe, c’est la solitude extrême de Jésus.  Il avait appelé ses disciples « pour être avec lui » (Mc 3, 14). Il en avait fait ses amis, ses confidents, ses apôtres. Il leur avait demandé de monter avec lui à Jérusalem, de prendre leur croix et de le suivre. A Gethsémani, durant son agonie, il appelle Pierre, Jacques et Jean pour le soutenir par la prière dans son combat intérieur. Mais au moment de l’épreuve décisive, Jésus se retrouve seul.

Il est trahi par Judas. Jésus l’avait pourtant regardé. Il l’avait appelé. Il l’avait aimé. Il était un des Douze. Et celui-ci va le livrer. Il va guider la cohorte de soldats au milieu de cette foule compacte qui campait sur le Mont des oliviers dans l’attente de la Pâque. Et c’est par un baiser qu’il va désigner Jésus ! Douleur de tous ceux dont l’amour est bafoué et l’amitié trahie. Jésus ressent encore plus sa solitude.

Jésus se sent trahi. Mais il se sent aussi incompris par les siens. Un disciple  - Pierre selon les autres évangiles  - tire son épée et frappe. Il n’a pas compris vers quelle Pâque montait Jésus. Il n’a pas saisi comment devaient s’accomplir les Ecritures. Jésus souffre de sentir ses disciples loin de lui. Il leur dira : « Esprits sans intelligence, cœurs lents à croire tout ce qu’ont déclaré les prophètes ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrit pour entrer dans sa gloire ? » (Lc 24, 25-26).

Jésus est abandonné par les siens : « Alors tous les disciples l’abandonnèrent et s’enfuirent ». C’est la panique, c’est la peur de se faire arrêter, c’est le moment de la tentation, celle de douter de Dieu et de perdre la foi. Là aussi, Jésus est seul. S’accomplit alors en lui la Parole de l’Ecriture qui disait : « Je frapperai le pasteur et les brebis seront dispersées » (Mc  14, 27).

Il nous arrive, nous aussi, de laisser Jésus seul, de ne pas faire attention à sa présence et ses appels. Il frappe à la porte de nos vies mais nos esprits et nos cœurs sont ailleurs et nous faisons la sourde oreille. Sa Parole peut nous paraître dure et la conversion de nos vies exigeante. Nous n’avons pas envie de le suivre et nous le laissons seul. Nous préférons poursuivre notre chemin et mener nous-mêmes notre barque !

À certains jours, nous n’avons aucune envie de prendre notre croix et de suivre le Christ. Ce que nous avons à vivre nous paraît trop dur. Nous préférons nous éloigner du Seigneur.

Laissons-nous pourtant regarder par le Christ, appeler de nouveau par lui. Recevons son pardon et son amitié. Acceptons d’aider Jésus à porter sa croix comme Simon de Cyrène, d’être auprès de la Croix comme Marie, comme le disciple bien aimé et comme ces femmes qui n’ont pas vraiment abandonné le maître.

Seigneur, prends pitié de nous. Pardonne-nous nos lâchetés, nos surdités, nos abandons et nos manques d’amour. Donne-nous de résister à la tentation et fais que jamais nous ne soyons séparés de toi.

Station 2

Pierre et Judas (Mt 26,62 - 27,10)

Mgr Laurent Dognin

Devant les faux témoins qui l’accusent, Jésus garde le silence. Comme l’avait annoncé le prophète Isaïe : « Maltraité il n’ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche 1». Que pourrait-il dire d’ailleurs face à tous ces mensonges ? Pourtant, lorsque le Grand Prêtre lui demande s’il est vraiment le Christ, le Fils du Dieu vivant, il ne peut pas se taire même s’il sait que sa parole le condamnera. Il prend ce risque mortel car la vérité ne doit pas rester cachée. Oui, il est bien le Messie, celui qui était annoncé comme le Fils de l’Homme dans le livre de Daniel. Celui qui siégera à la Droite du Tout-Puissant.

Tout près de là, dans la cour, Pierre se retrouve confronté au même danger. On lui demande de se prononcer sur son lien avec Jésus. Mais Pierre sait qu’en disant la vérité il risque d’être condamné lui aussi. Il a peur et préfère protéger sa vie en reniant Jésus.

Jésus lui avait dit pourtant : « Celui qui se sera prononcé pour moi devant les hommes, le Fils de Dieu se prononcera aussi pour lui devant les anges de Dieu. Mais celui qui m’aura renié en face des hommes sera renié à son tour en face des anges de Dieu.2 ».

Il est parfois bien difficile voire même dangereux de se prononcer pour Jésus, car se prononcer pour lui c’est aussi se prononcer pour l’Evangile et ses implications dans notre vie personnelle et sociale. Aujourd’hui encore, dans de nombreux pays, des prêtres et des fidèles sont violentés ou tués pour cela. Ici en France, les risques ne sont pas les mêmes, pourtant il nous arrive bien souvent de rester trop discret sur notre appartenance à Jésus devant des personnes qui ne partagent pas notre foi ou qui sont hostiles. Que ce soit en famille, dans notre vie professionnelle, dans nos relations, nous préférons ne pas être reconnus comme chrétiens pour ne pas susciter de débat ou pour ne pas avoir à nous expliquer.

Contrairement à Judas, Pierre a pleuré mais n’a pas désespéré de la Miséricorde de Dieu. Plus tard, il suivra fidèlement le Christ jusqu’au don du sang. C’est en connaissance de cause qu’il nous dira dans sa Première lettre : « Soyez prêts à tout moment à présenter une défense devant quiconque vous demande de rendre raison de l’espérance qui est en vous ; mais faites-le avec douceur et respect. Ayez une conscience droite, afin que vos adversaires soient pris de honte sur le point même où ils disent du mal de vous pour la bonne conduite que vous avez dans le Christ.3 ».

Seigneur Jésus, prends pitié de nous, aide-nous à surmonter nos peurs ou nos réticences, donne-nous la force de nous prononcer pour toi devant les hommes.

Donne-nous le courage de témoigner de notre foi et de notre amour sans craindre les conséquences.

Enracine-nous dans la confiance en toi et la joie d’être chrétien.

1 Is 53, 7

2 Lc 12,8

3 1 P 3,15-16

 

Station 3

Condamnation à mort (Mt 27, 20-30)

Mgr Jean-Pierre Ricard

D’où vient cette violence qui, à certains jours, saisit le cœur de l’homme :

Violence gratuite du fort contre le faible : les soldats s’acharnent sur Jésus avec un raffinement de cruauté et de dérision.

Violence idéologique implacable des grands prêtres et des anciens qui  ont condamné Jésus comme blasphémateur et veulent la mort de Jésus.

Violence aveugle de la foule qui se laisse manipuler et hurle qu’on crucifie Jésus.

Violence froide de Pilate qui, par ambition, sacrifie tout à sa carrière et ne reculera pas devant la condamnation d’un innocent.

“D’où vient cette violence qui, à certains jours, saisit le cœur de l’homme”

D’où vient cette violence qui, à certains jours, saisit le cœur de l’homme :

Violence de la torture qui broie les corps et les esprits.

Violence de la guerre et des attentats terroristes qui font tant de victimes. Je pense à la Syrie, à l’Irak, à l’Afghanistan, au Centrafrique, au Nigeria.

Violence de ceux qui, de par le monde, déversent dans les médias  des flots de haine et attisent les peurs.

Violence exercée sur ceux qu’on persécute pour leur foi.

Violence économique où la soif de rentabilité financière immédiate met à la rue des centaines de salariés.

Violence de la drogue, des agressions pour un téléphone portable (ici à Bordeaux), d’une conduite meurtrière en état d’ivresse.

Violence contre la vie naissante : 220.000 avortements en France par an.

Violences au sein du couple ou au sein des familles.

Violence en nous, dans nos cœurs ou dans nos esprits, à certains jours.

Jésus volontairement affronte cette violence des hommes. Il lui livre un combat singulier, à mains nues, avec les seules forces de son amour. Il l’affronte pour la vaincre, pour libérer le cœur de l’homme. C’est pour cela que le Ressuscité va offrir aux hommes ces dons que sont la paix, la réconciliation, l’amour et le pardon.  Jésus par son Esprit fait de nous des êtres renouvelés : « Je vous enlèverai vos cœurs de pierre, dit le Seigneur, pour vous donner des cœurs de chair, des cœurs capables d’aimer ».

Seigneur, touche nos cœurs, aide-nous à combattre la violence qui est en nous, la violence qui est autour de nous. Fais de nous des artisans de paix. Seigneur, nous pouvons être durs et tranchants dans nos paroles et nos jugements. Donne-nous d’être   habités par des sentiments de compassion, de bienveillance, d’humilité, de douceur et de patience. Apprends-nous à pardonner et à ancrer nos cœurs dans l’amour, à l’image de ton Fils. Amen.

 

Station 4

Chemin de croix et Crucifixion (Mt 27, 31-44)

Mgr Laurent Dognin

« Les passants injuriaient Jésus en hochant la tête ». D’où vient ce déchainement de violence ? Pourquoi tant de haine ?

Beaucoup de ceux qui injuriaient Jésus avaient mis leur espérance en lui, ils l’avaient acclamé dans sa montée à Jérusalem. Comme le diront les disciples d’Emmaüs : « Nous, nous espérions que c’était lui qui allait délivrer Israël.1 » ! Ils étaient certains que Jésus apporterait un Royaume de justice et de paix comme ses paroles et ses miracles le laisser entrevoir.

“La foi n’est pas une lumière qui dissiperait toutes nos ténèbres, mais la lampe qui guide nos pas dans la nuit, et cela suffit pour le chemin.”

Les injures adressées à Jésus expriment cette forte déception et portent sur son impuissance devant la souffrance et la mort. Son incapacité de se sauver lui-même et donc encore davantage de sauver les autres. Des injures qui mettent en doute son lien d’amour avec Dieu, sa filiation divine, car si Dieu l’a abandonné ainsi à son sort, n’est-ce pas la preuve que Dieu ne l’aimait pas ?

Dans les semaines de mission qui s’organisent dans les secteurs pastoraux, les personnes qui vont à la rencontre des gens se retrouvent souvent confrontés à ce genre de révolte vis-à-vis de Dieu : « Avec tout ce que j’ai vécu je ne peux pas croire que Dieu est bon »… « Si Dieu existait, il n’y aurait pas tout ça ! »… « Qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu pour qu’il m’arrive tous ces problèmes ! ». Beaucoup de gens aujourd’hui disent avoir perdu la foi devant les épreuves de leur existence ou celles de leurs proches : un deuil particulièrement douloureux, le chômage, les épreuves de santé… mais également devant les souffrances de l’humanité : les injustices, les guerres, les famines, les soulèvements, les cataclysmes.

Dans sa Passion, Jésus a partagé totalement par amour pour nous les souffrances de l’humanité : l’injustice, les pires violences, les humiliations. En étant maintenant injurié sur la croix, il prend aussi sur lui les révoltes, les cris des hommes blessés dans leur chair ou dans leur âme.

Comme le dit le pape François dans l’encylique Lumen Fidei (la Lumière de la foi) : « La foi n’est pas une lumière qui dissiperait toutes nos ténèbres, mais la lampe qui guide nos pas dans la nuit, et cela suffit pour le chemin. À l’homme qui souffre, Dieu ne donne pas un raisonnement qui explique tout, mais il offre sa réponse sous la forme d’une présence qui accompagne, d’une histoire de bien qui s’unit à chaque histoire de souffrance pour ouvrir en elle une trouée de lumière. Dans le Christ, Dieu a voulu partager avec nous cette route et nous offrir son regard pour y voir la lumière. 2»

Prends pitié de tous ceux qui perdent la foi devant les épreuves de ce monde.

Prends pitié de nous Seigneur lorsque nous nous révoltons contre toi alors que tu es là pour nous sauver.

1 Lc 24, 21

2 Lumen Fidei n°57

 

 

Station 5

Mort sur la croix (Mt 27, 45-56)

Mgr Jean-Pierre Ricard

Sans compter les femmes qui regardent de loin, il y a au moins deux groupes au pied de la croix : ceux qui se moquent de Jésus (« Attends ! Nous verrons bien si Elie vient le sauver ») et ceux qui vont confesser leur foi (« Vraiment celui-ci était Fils de Dieu »).

Dans le premier groupe, il y a tous les blasés, tous les satisfaits, tous les désespérés, tous les moqueurs et tous ceux qui se croient réalistes, tous ceux à qui on ne le fait pas !
Jésus, un crucifié de plus. On en a tant vus !
Lui qui se disait l’envoyé de Dieu, un imposteur ! Dieu n’a rien fait pour le sauver. Il n’était donc pas avec lui. On a eu bien raison de le condamner comme faux prophète.
Lui dont on affirme qu’il a tant fait de miracles pour les autres, il est incapable de se sauver lui-même.
On vous l’avez bien dit : dans le monde, les idéalistes finissent mal et souvent leurs rêves se fracassent sur la violence des hommes.
L’amour est une illusion et c’est toujours la mort qui a le dernier mot.
Avouons que ces affirmations devant la croix du Christ sont toujours d’une brûlante actualité. Nous pouvons les entendre autour de nous. Elles peuvent nous tenter à certains jours.

Mais il y a l’autre groupe : les gardes et le centurion romain qui sont saisis d’une grande crainte et disent : « Vraiment cet homme était Fils de Dieu ! ». Ils voient un homme qui vient de mourir après de terribles souffrances. Et pourtant ils discernent ce que les autres ne voient pas : la présence de Dieu dans ce prophète Jésus de Nazareth qui a été exécuté. Ils pressentent qu’en lui quelque chose de décisif a eu lieu. Un monde s’achève et un monde nouveau est né. C’est ce que Matthieu évoque de façon imagée en parlant du rideau du Sanctuaire du Temple qui se déchire en deux et des morts qui ressuscitent. Ceux qui sont là et contemplent le Christ sont touchés par cet amour qui est allé jusqu’au bout. Ils comprennent alors la parole de Jésus qui disait à ses disciples : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15, 13). La résurrection de Jésus viendra répondre à leur confiance. Elle mettra en pleine lumière la victoire de l’amour.

Nous sommes invités, nous aussi, à proclamer notre foi, à confesser avec Saint Paul cette victoire de l’amour : « Oui, j’en ai l’assurance : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni le présent ni l’avenir, ni les puissances, ni les forces des hauteurs ni celles des profondeurs, ni aucune créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ » (Rm 8, 38-39).

Seigneur, nous croyons en toi mais viens en aide à notre peu de foi. Dans les épreuves, dans les moments de nuit ou de tentation, ne nous abandonne pas. Donne-nous la force et le réconfort de ton Esprit. Seigneur, fais grandir en nous la foi.

 

Station 6

Au tombeau (Matthieu 27, 57-66)

Mgr Laurent Dognin

« Ils partirent donc et assurèrent la surveillance du sépulcre en mettant les scellés sur la pierre et en y plaçant la garde. » Tout paraît définitivement terminé. Jésus est mort et enterré.

Nous faisons cette expérience quand nous déposons nos proches dans la tombe. La pierre refermée et scellée marque une rupture douloureuse. Comme me le disait à la fin d’une célébration d’obsèques un monsieur qui venait de perdre sa fille : « nous avons eu une belle célébration, mais maintenant ma fille n’est plus là !».

C’est ce que devaient penser Marie-Madeleine et l’autre Marie qui étaient assises là, en face du sépulcre. Sans doute, comme Marthe au moment de la mort de son frère Lazare, elles aussi devaient croire que Jésus ressusciterait « au dernier jour, à la Résurrection ». Mais cela paraît si loin, au-delà de ce que nous pouvons percevoir humainement.
Il nous est difficile d’imaginer la résurrection de nos proches quand on scelle sur eux  la pierre de leur tombeau. Tant de questions surgissent : Allons-nous retrouver ceux qui nous ont précédés dans la mort ? Comment serons-nous ? Où serons-nous ? Avec quel corps ? Comment vivrons-nous ?
Nous nous accrochons aux souvenirs, aux photos, mais c’est dur ! Le silence de la tombe engendre parfois une nuit de la foi.

Mais ne fallait-il pas, qu’après avoir partagé notre existence humaine, Jésus partage aussi avec nous ce silence de la tombe ? 

Tout est fini, la pierre est scellée… et pourtant la peur commence à gagner ceux qui l’ont mis à mort. Ils se rappellent que Jésus a dit : « Trois jours après je ressusciterai ». Ils n’y croient pas. Ils soupçonnent même ses disciples de vouloir simuler une résurrection, mais leur peur annonce déjà leur impuissance devant l’événement qui se prépare dans le silence de la tombe. Même la garde ne pourra rien y faire !

Prends pitié Seigneur de tous ceux qui, devant la tombe de leurs proches, ne voient que le néant.

Prends pitié de notre manque d’Espérance devant la mort.

 

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