La liturgie de la Semaine sainte

Un linge, une vasque d’eau, une croix, un cierge pascal : quatre objets qui, au long des trois jours du Triduum pascal, nous introduisent au Mystère que nous célébrons.

Partager sur: Partager sur Twitter Partager sur Facebook Partager sur Google+

Présentation par Jean-Marie Despeyroux, responsable diocésain de la Pastorale liturgique et sacrementelle, de l'itinéraire liturgique que l'Église propose de suivre durant les différentes célébrations de la Semaine sainte.

Pendant la Semaine Sainte, nous parcourons en Église un magnifique itinéraire liturgique, matrice de toute liturgie sacramentelle et de la vie de l’Église. La célébration du mystère pascal fonde sacramentellement l’Église dans l’unique foi ; ensuite elle peut vivre la dispersion (cf Jean 16, 31-33).  

Un porche d’entrée : le dimanche des rameaux

D’abord dans la ville, à proximité de l’église mais hors d’elle, nous nous rassemblons. Nous avons des rameaux à la main. Bénis, ils nous rappelleront dans nos maisons la proximité du Christ « fils de l’homme » entrant chez nous « au nom du Père ».

C’est en effet par là où nous sommes en enfance que nous entrons dans la grande Semaine (cf Mat 21, 15-16).

Les répons processionnels le disent : 

À l’entrée du Seigneur dans la ville sainte,

les enfants, portant des palmes et des rameaux d’olivier,

annonçaient la résurrection…

(Missel p. 182)

Ou bien : 

Six jours avant la fête de la Pâque,

Lorsque le Seigneur fit son entrée à Jérusalem,

Les enfants allèrent à sa rencontre.

Ils tenaient en main des branches de palmier…

Portes, levez vos frontons, élevez-vous, portes éternelles :

qu’il entre, le roi de gloire !

Qui donc est ce roi de gloire ? C’est le Seigneur, Dieu de l’univers ;

C’est lui le roi de gloire.

(Missel p. 183)

 

C’est donc par là où nous sommes « en enfance du royaume », par le versant royal de notre baptême, que nous entrons dans cette grande semaine !

Le dimanche suivant, dimanche de Pâques, ressemble comme un frère à ce porche d’entrée : Christ est vraiment ressuscité !  (antienne d’ouverture du matin de Pâques)

Nouvelle blancheur…

Voilà ce que Dieu a fait (première lecture).

Le Triduum pascal

Les trois grandes célébrations de la Semaine Sainte font corps ensemble ; elles s’emboîtent l’une dans l’autre par le silence, et se déploient comme un unique itinéraire que nous faisons sur trois jours. Raison supplémentaire pour privilégier l’unité de lieu.

Le Jeudi Saint

Avec la séquence liturgique qui le caractérise : lavement des pieds / homélie / prière universelle / procession des dons pour les pauvres.
Corps servi, corps serviteur, corps soignant, corps soigné.
Et le silence qui suit la célébration, caractérisé par l’adoration se poursuivant dans la nuit (le reposoir). Une adoration inspirée de la veille à Gethsémani – le silence est celui de Gethsémani.
Silence aussi de l’espace : l’autel est vidé de tous les objets, même des nappes.

Le Vendredi saint

Qui commence par le silence, où l’on voit les ministres ordonnés se prosterner au nom de toute l’Église.
Voici le corps abandonné, totalement lâché, à la merci.
Et la séquence qui caractérise le Vendredi Saint : lecture de la Passion / prière universelle développée, avec sa structure qui est matrice de la prière universelle dominicale / vénération de la croix : « voici le bois de la croix qui a porté le salut du monde… C’est par le bois de la croix que la joie est entrée dans le monde » (invitation et antienne). Le ton est donné : la célébration du Vendredi Saint est bien dans la dynamique de la résurrection. Et c’est au bois de la croix que l’on s’intéresse à ce moment-là, non à l’effigie du corps du Seigneur (l’office du Vendredi Saint n’est pas le chemin de croix).
Après la communion, pour laquelle on a remis la nappe sur l’autel, tout est enlevé de nouveau. L’espace est complètement vide, sans objets. Le tabernacle reste ouvert.
Le silence dans lequel nous rentrons chez nous est caractérisé par la vacuité…

La veillée pascale

Elle commence par le silence autour du feu, dehors. Rappel du thème urbain du dimanche des Rameaux : ce qui se passe concerne l’ensemble du monde habité.
Le feu dans la nuit. Présence au monde créé. Le silence de l’assemblée autour, jusqu’à ce que le prêtre nous rejoigne pour nous dire : « frères bien-aimés, voilà ce que nous allons faire. »
Il bénit le feu, « frère feu ». Il prend le cierge pascal sur lequel il inscrit les signes de l’action de Dieu dans la création en la personne de son Fils. Nous restons silencieux, nous ne disons même pas « Amen ! », c’est lui qui le dit. Nous regardons ce qu’il fait, nous écoutons ce qu’il dit, jusqu’à ce qu’il allume ce cierge au grand feu : voici le cierge pascal, symbole du Christ lumière ! Et nous le suivons, tournant le dos au grand feu au profit d’une petite flamme fragile, tremblante dans le vent, portée en avant, à bout de bras, sur laquelle le diacre proclame : « lumière du Christ ! » Alors, pour la première fois, nous ouvrons la bouche et nous chantons : « nous rendons grâce à Dieu ! » Ainsi commence notre entrée dans l’église, à sa suite, de la même manière que « finissent » toutes nos assemblées dominicales…
Ô combien le monde où nous sommes envoyés tous les dimanches est concerné par le mystère pascal !

Cierge pascal, symbole du corps debout, auprès duquel jaillit l’annonce de la Pâque !
Ce cierge pascal qui sera en place significative pendant toute la durée du temps pascal, puis à chacun des baptêmes, puis à chacune des obsèques, durant toute l’année…

Veillée pascale qui déploie cette sublime conversation entre Dieu et nous, manifestée au long du parcours que constituent les sept lectures où alternent récits et prophéties… Jusqu’à ce qu’éclate l’hymne pascale reprise tous les dimanches : le Gloire à Dieu !
Suivent la liturgie baptismale et la liturgie eucharistique.

En vivant en un même lieu ces trois temps forts de la Semaine Sainte, nous pourrons mieux nous en imprégner, mieux les vivre dans leur continuité, mieux ressentir la grandeur et la force du Mystère Pascal qui constitue le socle de toute assemblée chrétienne, don de Dieu à son Église.

Un linge, une vasque d’eau, une croix, un cierge pascal : quatre objets qui, au long des trois jours, nous introduisent au Mystère que nous célébrons.
Quatre objets que, toute l’année, nous aurons sous les yeux…

Partager sur: Partager sur Twitter Partager sur Facebook Partager sur Google+