La miséricorde comme face de carême !

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Édito du P. Jean Rouet, vicaire général du diocèse de Bordeaux, paru dans le numéro de février 2016 d'Eglise catholique en Gironde.

Dans la bulle d’indiction pour le jubilé le pape François parle ainsi du carême 2016 : « Puisse le Carême de cette Année Jubilaire être vécu plus intensément comme un temps fort pour célébrer et expérimenter la miséricorde de Dieu. Combien de pages de l’Ecriture peuvent être méditées pendant les semaines du Carême, pour redécouvrir le visage miséricordieux du Père ! Nous pouvons nous aussi répéter avec Michée : Toi, Seigneur, tu es un Dieu qui efface l’iniquité et pardonne le péché. De nouveau, tu nous montreras ta miséricorde, tu fouleras aux pieds nos crimes, tu jetteras au fond de la mer tous nos péchés ! (cf. 7, 18-19) », n°17.

« Dans tous nos projets pour vivre le jubilé quelle place faisons-nous aux œuvres concrètes de miséricorde ? »

CÉLÉBRER LA MISÉRICORDE DE DIEU

Le livre des Écritures n’est pas un prêt à penser. Il nous raconte les traces de l’œuvre de Dieu dans l’histoire des hommes. Dieu ne fait pas que dire ! Dès le départ sa parole est acte créateur. Son cœur est touché aux entrailles par la misère de celles et ceux auxquels il donne la vie. Le prophète Isaïe le décrit avec des images puissantes : « Maintenant, ainsi parle le Seigneur, lui qui t’a créé, Jacob, et t’a façonné, Israël : Ne crains pas, car je t’ai racheté, je t’ai appelé par ton nom, tu es à moi. Quand tu traverseras les eaux, je serai avec toi, les fleuves ne te submergeront pas. Quand tu marcheras au milieu du feu, tu ne te brûleras pas, la flamme ne te consumera pas. Car je suis le Seigneur ton Dieu, le Saint d’Israël, ton Sauveur. Pour payer ta rançon, j’ai donné l’Égypte, en échange de toi, l’Éthiopie et Seba. Parce que tu as du prix à mes yeux, que tu as de la valeur et que je t’aime, je donne des humains en échange de toi, des peuples en échange de ta vie. » (Isaïe 43, 1-4). Dieu est fou d’amour pour chaque être en ce monde et ce n’est pas de la littérature. Celui ou celle qui  traverse la haine, l’abandon, le mépris, la déchéance sociale, la maladie incurable, sait, parce qu’il est toujours en vie, que l’intime de Dieu en lui le tient vivant et entend en lui ce murmure de l’amoureux qu’est Dieu : « Jérusalem disait : “ Le Seigneur m’a abandonnée, mon Seigneur m’a oubliée. ” Une femme peut-elle oublier son nourrisson, ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles ? Même si elle l’oubliait, moi, je ne t’oublierai pas. Car je t’ai gravée sur les paumes de mes mains, j’ai toujours tes remparts devant les yeux. Ils accourent, tes bâtisseurs ; tes démolisseurs, tes dévastateurs, ils s’éloignent de toi. » (Isaïe 49 14-17).

Célébrer la miséricorde commence en son cœur. Il s’agit d’accueillir pour soi cette attitude de Dieu envers tous. C’est parce que j’expérimente que je suis aimé pour moi-même, au delà de tout ce que je peux imaginer, que je puis aimer à mon tour puisque là est la vie. La contemplation de la croix du Christ et de son chemin de la crèche au Golgotha donne la visée ultime : la participation à l’être même de Dieu.

« Soyez miséricordieux comme votre père des cieux est miséricordieux. » (Luc 6, 36)

EXPÉRIMENTER LA MISÉRICORDE DE DIEU

Cette parole de Jésus fait écho à l’ancien commandement : « Soyez saints comme moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint » (Lévitique 19, 2). « Par la miséricorde envers le prochain tu ressembles à Dieu » (Basile le Grand).  À la sainteté, Jésus a donné le visage de la miséricorde. Et la sainteté est l’enjeu de tout jubilé. Il s’agit donc de faire miséricorde.

Le cardinal Walter Kasper, dans un livre qui a beaucoup inspiré le pape François - La Miséricorde, notion fondamentale de l’Evangile, clé de la vie chrétienne - développe la double catégorie des œuvres de miséricorde spirituelles et corporelles, en insistant de manière éclairante sur ce qu’elles mettent en lumière des formes de pauvreté. La pauvreté matérielle est la plus urgente ! Avoir un toit, manger à sa faim, avoir accès à l’eau potable, se vêtir, avoir un travail autant de nécessités auxquelles tous doivent travailler. La France comptait fin 2015 deux millions de personnes vivant avec moins de 667€ par mois, 3,5 millions de mal-logés et 3,9 millions de bénéficiaires de l’aide alimentaire. Pendant ce temps on calcule que 1% des habitants de la planète possèdent plus de 51% des richesses !

La pauvreté culturelle n’en est pas moins importante. L’échec scolaire, le manque de formation professionnelle aggravent profondément l’avenir pour de nombreux jeunes. La pauvreté des relations met de nombreuses personnes dans la solitude. Elle progresse en France. Un Français sur huit est seul : en 2014, la solitude touche désormais 5 millions de personnes, un phénomène qui s’est surtout aggravé chez les plus âgés, même s’il n’épargne plus les jeunes.

Enfin il faut évoquer la pauvreté spirituelle. C’est peut-être le phénomène le plus massif  avec la perte du sens de la vie qui habite tant et tant de nos contemporains englués dans les choses et la consommation des choses. Le suicide en France fait trois fois plus de morts que les accidents de la circulation. Près de 200 000 tentatives sont prises en charge chaque année.

« Être miséricordieux comme le Père des cieux » nous appelle à agir concrètement. Si nous voulons que nos communautés chrétiennes soient significatives de leur Sauveur, il y faudra plus qu’un passage de porte. Il y faudra des bras, de l’imagination et du cœur.

Dans tous nos projets pour vivre le jubilé quelle place faisons-nous aux œuvres concrètes de miséricorde ?

LE PARDON COMME UNE FÊTE

S’il est un lieu où célébration et expérimentation se conjuguent c’est bien le sacrement de pénitence et de réconciliation. Il est le sacrement du pardon qui nous remet en capacité d’aimer à la manière de Jésus. Trop souvent nous y allons pour régler nos comptes. Nous le trouvons difficile parce que nous ne sommes pas assurés de la miséricorde de Dieu. Il n’est pas suffisamment le temps où je laisse le Seigneur me retrouver, me prendre sur ses épaules pour aller faire la fête. Ça ne sent pas assez le veau gras ! Confus peut-être mais porté !

« Les 24h pour le Seigneur » que le pape propose à tous les diocèses du vendredi 4 au samedi 5 mars de cette année nous invite à remettre au centre ce sacrement comme source d’une véritable paix intérieure. Soyez attentifs à toutes les initiatives qui seront prises dans vos secteurs pour ce temps fort ecclésial.  Au terme de la rencontre « va » nous dit Jésus. Ainsi libéré, va pour libérer, soigner, guérir, accompagner, nourrir, vêtir… ceux et celles que la grâce de Dieu met sur ton chemin et tu seras de la fête avec Dieu.

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