25 mars : fête de l'Annonciation

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Ding – Dong – Ding – Dong… c’est l’angelus qui sonne !En effet, depuis un décret du roi Louis XI en 1472, cette prière qui rappelle la visite de l’ange à la Vierge Marie est récitée trois fois par jour, à l’aube, à midi et le soir, au son des cloches de nos église. Grand mystère que cet événement biblique, qu’il nous est bon maintenant de contempler.

Un mystère joyeux : Dieu vient jusqu’à nous pour nous sauver !

L’Annonciation est le premier des mystères du rosaire. Mystère joyeux où l’évangéliste saint Luc relate l’annonce de l’archange Gabriel à la Vierge Marie (Lc 1, 26-38) : choisie entre toutes les femmes, elle est appelée à enfanter, dans notre humanité, la deuxième personne de la Sainte Trinité : le Fils, le « Verbe de Dieu », venu nous sauver. Par son « oui », Marie ouvre à Dieu, la voie inédite de l’union des deux natures – divine et humaine – en la conception de Jésus, son fils, et en même temps le « Fils du Très-Haut ».

Ce récit est finement rapporté par st Luc, et, comme souvent dans les récits bibliques, il comporte une structure concentrique. Nous retrouvons ainsi au centre le caractère absolument nouveau et unique de l’événement qui est sur le point d’advenir : ce n’est pas dans une relation avec un homme que Marie est appelée à devenir mère, mais sous l’action de l’Esprit Saint, puissance du Très-Haut.

Marie dit à l’ange : « Comment cela va-t-il se faire,
puisque je ne connais pas d’homme ? »
  L’ange lui répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi,
et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre
(v.34 - 35)

Ainsi Jésus, dont le nom signifie « le Seigneur-sauve » (cf Mt 1, 21), sera à la fois vrai homme et vrai Dieu. Ce n’est pas "de loin" que Dieu nous sauve, mais tel un bon Père, il nous rejoint "sur place", de l’intérieur. En Jésus, Dieu se fait tout proche, il devient l’un de nous, « Emmanuel », littéralement « Dieu-avec-nous », comme l’annonçait déjà le prophète Isaïe quelques siècles auparavant, et reprit plus tard par saint Matthieu : « Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils, qu’elle appellera Emmanuel (c’est-à-dire : Dieu-avec-nous) » (Is 7, 14 ; Mt 1, 23).

En ce mystère de l’Incarnation, Dieu revêt notre humanité pour que du sein de celle-ci, soit réouvert pour nous le chemin et la communion avec Lui. C’est ce qu’exprime le geste du prêtre, à la messe, lorsqu’au moment de présenter le vin qui deviendra le sang du Christ, il y verse aussi une goutte d’eau accompagnée de cette belle prière silencieuse : « Comme cette eau se mêle au vin pour le sacrement de l’alliance, puissions-nous être unis à la divinité de celui qui a pris notre humanité. » C’est pourquoi Jésus dira aussi de lui-même : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. » (Jn 14, 6).

Par le oui de Marie, Dieu nous a rejoint et ne nous abandonnera plus jamais : demandons à Dieu cette Joie de la Confiance.

Un mystère d’accomplissement : Dieu est fidèle à ses promesses !

Encadrant cette révélation centrale de la conception de Jésus par l’Esprit-Saint, nous retrouvons les titres que l’ange attribue au futur fils de Marie :

tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; 
le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père;    
il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. » (v.31-33)

et encore : « c’est pourquoi celui qui va naître sera saint,
il sera appelé Fils de Dieu. » (v.35)

Aux titres divins, dont on a déjà dit quelques mots plus haut s’ajoute ici le titre royal. Ce dernier peut parfois passer inaperçu, mais il est en fait crucial, car il en va de la fidélité de Dieu a sa promesse !

Pour bien comprendre cela, il faut retourner un millénaire en arrière, entre 1040 et 1000 avant Jésus-Christ, lorsque le roi David, qui régnait sur tout le peuple d’Israël, avait voulu construire à Dieu une demeure digne de ce nom. Concrètement il s’agissait d’installer « l’arche de Dieu » – qui contenait notamment les tables de la loi et manifestait la présence puissante de Dieu parmi son peuple – dans un beau palais et non plus dans une tente (tente dite de la Rencontre, héritage des 40 années d’exode au désert du temps de Moïse).

Néanmoins, Dieu répondit à David, par l’intermédiaire du prophète Nathan : « Ainsi parle le Seigneur : Est-ce toi qui me bâtiras une maison pour que j’y habite ? [...] Le Seigneur t’annonce qu’il te fera lui-même une maison. Quand tes jours seront accomplis et que tu reposeras auprès de tes pères, je te susciterai dans ta descendance un successeur, qui naîtra de toi, et je rendrai stable sa royauté. C’est lui qui bâtira une maison pour mon nom, et je rendrai stable pour toujours son trône royal […]  Ta maison et ta royauté subsisteront toujours devant moi, ton trône sera stable pour toujours. » (2 Sm 7, 4-16). Outre le temple que construira Salomon, fils de David, Dieu annonce ici qu’il bâtira lui-même une maison à David – c’est-à-dire une descendance – et plus important encore qu’en elle cette royauté serait « stable pour toujours » (et Dieu insiste par trois fois sur ce point !).

Or, moins de 500 ans plus tard, la royauté davidique tombera et le peuple sera déporté à Babylone. Même s’il pourra retourner en Terre Sainte quelques décennies plus tard, le peuple restera sous occupation étrangère… Dieu aurait-il menti ? Le peuple fut en attente, dès lors, du Messie qui restaurerait la royauté davidique perdue, et permettrait à la promesse faite par Dieu à David de s’accomplir.

Relisons maintenant l’annonce de l’ange à Marie : « … le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. » On comprend la puissance que cette parole a pu revêtir pour les juifs de l’époque : Jésus est annoncé comme le Messie tant attendu. Il sera bien le « roi des juifs », même si cette royauté d’amour, stable pour toujours, ne viendra pas de ce monde, comme le rappellera Jésus à Pilate (cf Jn 18, 36)

Dans nos vies aussi, Dieu peut sembler tarder à accomplir ses promesses, mais il est fidèle. Demandons à Dieu patience et Confiance.

 Un mystère d’alliance : la place unique de la Vierge Marie

Dans la tradition chrétienne, l’annonciation de l’ange à Marie et l’acquiescement de celle-ci à ce projet divin marquent le moment de la conception de Jésus en elle sous l’action de l’Esprit Saint. Ainsi, à partir du 25 mars (Annonciation), et jusqu’au 25 décembre (Noël), 9 mois vont s’écouler, temps de la grossesse virginale de Marie.

Comme toute rencontre d’Alliance, l’origine de cette fécondité de salut a nécessité le oui des deux parties. « Dieu s’est penché sur son humble servante » et celle-ci a dit oui. Pour acquiescer à ce projet de Dieu, la Sainte Vierge a dû cheminer en elle-même. Elle a exercé sa liberté et son intelligence. D’abord légitimement « toute bouleversée » par la survenue du divin auprès d’elle, et interrogative sur le sens à donner à la salutation angélique, elle se rendit pleinement disponible au projet de Dieu à la fin de la rencontre : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole » (v.38). Entre temps, elle reçut les paroles rassurantes et éclairantes de l’ange de Dieu – « sois sans crainte Marie » (v.30) ; « rien n’est impossible à Dieu » (v.37) – ainsi que la lumière qui lui manquait pour donner son « oui » libre à Dieu : la nouveauté radicale de cette conception et de cet enfantement se ferait par la grâce de l’Esprit Saint. Sans tout comprendre, elle en savait assez sur ce qu’elle devrait faire pour sa part : laisser l’Esprit Saint faire son œuvre en elle. Accueillir de Dieu le nouveau nom qui lui était donné : la « pleine de grâce ».

Ding-Dong-Ding-Dong… Lorsque nous entendrons l’angelus prochainement, soyons attentifs à ce que Dieu peut nous dire en nos vies, que notre intelligence soit vive et confiante pour qu’à l’école de la Vierge Marie, nous sachions donner un vrai et beau « oui » à l’œuvre de l’Esprit Saint en nous !

 P. Cyril Ronchet
Prêtre du secteur pastoral Libourne-Fronssac