“ Merci, Saint Père ! ”

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À l'occasion du départ du désormais pape émérite Benoît XVI, le cardinal Jean-Pierre Ricard revient sur la dernière rencontre avec les cardinaux et livre une méditation sur le sens de ce renoncement au ministère pétrinien.

 

Départ du pape Benoit XVI et vacance du siège apostolique from cathobordeaux on Vimeo.

 

Catéchèse à paraître dans le numéro d'Église catholique en Gironde (mars 2013)

Le 11 février dernier, le pape Benoît XVI annonçait, à la surprise générale, qu’il allait renoncer au ministère pétrinien qui lui avait été confié le 19 avril 2005. Cette décision, le pape ne l’a pas prise à la légère, sous un coup de fatigue ou de découragement. Il l’a longuement mûrie et priée. Elle a été l’œuvre de sa raison et de sa foi.

De sa raison tout d’abord. Le pape a toujours vu son ministère comme un service. Il a parlé de lui-même comme « cet humble ouvrier dans la vigne du Seigneur ». Pour lui, la qualité du service rendu a toujours prévalu sur les états d’âme du serviteur. Il a pensé que, quand les forces physiques et l’énergie  n’étaient plus au rendez-vous pour assurer au mieux ce service, il fallait savoir remettre sa charge et permettre à un autre de l’exercer. Le pape a pesé tout cela.

Mais sa décision est aussi un fruit de sa foi : le pape sait que c’est Dieu qui édifie son Église et que les hommes n’en sont que les serviteurs (cf. 1 Cor 3, 5-9). Plus d’une fois, le pape a rappelé que c’est l’Esprit qui guide l’Église. La renonciation à son ministère n’a pas été un acte de faiblesse mais un acte fort de confiance en la présence du Ressuscité qui n’abandonne pas les siens. Au moment où il nous quitte, Benoît XVI nous dit comme Saint Paul aux anciens d’Ephèse : «Et maintenant, je vous remets à Dieu et à la parole de sa grâce » (Ac. 20, 32).

“Pour lui, la vérité n’a jamais été un système mais une personne, que l’on accueille, que l’on sert mais que l’on ne possède pas.”

Cette décision du pape jette une lumière toute particulière sur ce qu’a été la dynamique fondamentale de sa vie et de son ministère : être avant tout un serviteur. Il est d’ailleurs profondément significatif qu’il ait pris comme devise épiscopale : Coopérateurs de la Vérité. Pour lui, la vérité n’a jamais été un système mais une personne, que l’on accueille, que l’on sert mais que l’on ne possède pas. Elle a un visage : le Christ. Dans son Exhortation apostolique Ecclesia in Medio Oriente, le pape écrit : « Il ne convient pas d’affirmer de manière excluante : “ je possède la vérité ”. La vérité n’est possédée par personne, mais elle est toujours un don qui nous appelle à un cheminement d’assimilation toujours plus profonde à la vérité. La vérité ne peut être connue et vécue que dans la liberté, c’est pourquoi, nous ne pouvons pas imposer la vérité à l’autre ; la vérité se dévoile seulement dans la rencontre d’amour » (n° 27). Le pape Benoît XVI a vécu son ministère pontifical comme un service passionné du Christ : conduire au Christ, le faire connaître et inviter à l’aimer. Ce n’est pas un hasard s’il a consacré les quelques moments de temps libre et de vacances à rédiger ses trois tomes sur Jésus de Nazareth. Le pape a voulu conduire au Christ  et s’effacer devant lui. C’est Benoît XVI qui avait demandé, lors des Journées Mondiales de la Jeunesse à Cologne ou à Madrid, que la grande veillée de prière se termine par l’adoration eucharistique. Le pape n’était plus alors face aux jeunes. Il était avec eux, les invitant à se tourner avec lui vers le Christ pour le contempler et l’adorer.

Ce grand intellectuel, puissant dans sa capacité d’analyse et de synthèse, a toujours été un vrai théologien, c’est-à-dire un homme habité par le mystère de Dieu. La question fondamentale pour lui n’était pas d’abord celle de la réforme de l’Église mais celle de Dieu. Il a affirmé qu’elle était « la question des questions ». Dans son livre d’entretiens, publié sous le titre Lumière du monde, il écrit : « Aujourd’hui, la question est bien la suivante : comment s’en sortir dans un monde qui est lui-même sa propre menace, où le progrès devient un danger ? Pourquoi ne pas essayer de nouveau avec Dieu ? La question de Dieu se pose autrement pour la nouvelle génération. » (p. 107). Dieu est la vie de l’homme, tant dans sa dimension personnelle que dans sa vie sociale. Si Benoît XVI s’interroge sur nos sociétés sécularisées, ce n’est pas à cause d’une approche pessimiste de la modernité. C’est parce qu’il redoute que nos sociétés, si elles se coupent de Dieu, ne deviennent inhumaines et mortifères. Le pape n’a pas oublié ce passage du prophète Jérémie, où Dieu déclare : « Ils m’ont abandonné, moi la source d’eau vive, et ils se sont creusé des citernes, des citernes fissurées qui ne retiennent pas l’eau » (Jr 2, 13). Mais Benoît XVI ne s’est jamais complu dans la dénonciation. S’il a  désigné le danger, c’est toujours pour appeler à revenir à Dieu, à boire à la source d’eau vive. Il y a invité sans cesse dans ses homélies, dans ses discours, dans ses catéchèses du mercredi, dans ses trois grandes encycliques : Deus caritas est, Spes Salvi et Caritas in veritate. C’est cette passion pour Dieu et l’accueil de son mystère d’amour qui l’a amené à inviter toute l’Église à entrer dans la dynamique d’une nouvelle évangélisation. Le choix du thème du dernier synode romain sur « La nouvelle évangélisation » en est une éloquente expression. On peut dire que tout le pontificat de Benoît XVI a été un vrai service de Dieu et des hommes. A tous, il a voulu redire cette parole de Jésus à la Samaritaine : « Si tu savais le don de Dieu » (Jn 4, 10).

Le 28 février, le pape a quitté sa charge d’évêque de Rome. Mais, il n’a pas abandonné le service du Christ et de l’Église. Il va le vivre autrement. Lors de l’Angélus du dimanche 24 février, Benoît XVI confiait : « A ce moment de ma vie (…) le Seigneur m’appelle (…) à me consacrer davantage à la prière et à la méditation. Mais cela ne veut pas dire abandonner l’Église…Au contraire, si Dieu me demande cela c’est précisément pour que je puisse continuer à servir l’Église avec le même dévouement et le même amour que je l’ai fait jusqu’à présent, mais de façon plus adaptée à mon âge et à mes forces ».

Le pape Benoît XVI a été ce pasteur qui a conduit son peuple vers le Christ, «le grand Pasteur des brebis » (Heb 13, 20). Pour tout ce qu’il nous a apporté, nous pouvons lui dire du fond du cœur : Merci, Très Saint Père ! Nous vous confions à Dieu.

† Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux

Évêque de Bazas

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