Dans l'attente de la fumée blanche

Au deuxième jour du conclave, le Père Jean Rouet revient sur l'ambiance palpable à la fois parmi les 6000 journalistes et parmi la foule de fidèles venant place Saint Pierre...


Me voici en pleine conférence du P. Lombardi dans le Média Center installé dans l'espace de la salle des audiences construites par Paul VI. Nous sommes plus de 5600 journalistes accrédités !

C'est une belle expérience que de se retrouver au milieu de cet aréopage. Une magnifique entrée dans le renouveau de notre communication diocésaine !

Les analyses sont nombreuses et chacun parle du pape qu'il souhaite, celui qui lui correspondrait le mieux... "Sera-t-il le bon ?", s'interrogent les plus inquiètes.

Je constate en moi de l'impatience bien sûr, mais aussi un sentiment de joie qui commence à prendre de la place.

 

Quelle joie ?

Une joie tranquille d'être au cœur d'un beau moment d'Église, une Église de toutes les couleurs, une Église de toutes les langues, une Église de tous les réseaux... Sans oublier l'Eglise des rumeurs, des carriéristes, des magouilleurs. Humaine si humaine notre Église ! Humaine par sa beauté, humaine par son péché ... J'en vois la preuve avec ces romains rencontrés ce matin qui, entre deux courses en ville, deux machines à laver, deux pauses au bureau sont venus place Saint Pierre pour voir la fumée qui doit leur annoncer l'élection de leur nouvel évêque. Et la place est pleine de parapluie qui bougent sans cesse...

 

Qui sera-t-il cet homme qui aura dit "oui" ?

Une homme de carrière, un pasteur, un bureaucrate, un diplomate, un progressiste ou un conservateur ? Si j'en crois le travail de l'Esprit avec Jean XXIII, Paul VI, Jean Paul II, Benoît XVI, je n'ai aucune inquiétude a priori.

Je lui donne ma confiance comme en un homme que le Christ nous donne pour que nous soyons confirmés dans la même foi et pour vivre avec les plus lointains un lien fraternel...

Je renonce à ce qu'il soit de mon avis, je renonce à ce qu'il soit de ma couleur ou de ma langue, je renonce à toutes ces particularités qui feraient qu'il soit "mon pape" parce qu'il me ressemblerait.

Je veux regarder avec lui le cœur du Christ et la multitude qui se reflète en Lui, c'est de ce cœur que jaillit l'amour du Père pour le monde.

Je veux le regarder comme le premier parmi ses égaux, comme celui qui nous tiens unis au Christ. Je veux lui donner ma confiance a priori sur la foi au Christ qui lui confie ses brebis.

Spiritualité éthérée ? Oui si elle est aveugle des choses de la terre, non si elle puisse dans la complexité de l'histoire la vision de Dieu qui aime l'homme.

 

P. Jean Rouet