L’Eglise - Quel peuple pour Dieu ? Quels signes pour les hommes ?

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Première Grandes Catéchèses : conférence donnée par le Père Christoph THEOBALD, à Langon et Bordeaux les 16 et 17 octobre 2007

Une Eglise pour la gloire de Dieu et le salut du monde

On n’a jamais autant parlé de l’Eglise ! Pendant presque deux mille ans, les chrétiens ont vécu en Eglise, sans s’interroger réellement sur ce que leur rassemblement signifiait dans et pour le monde. La chrétienté s’est d’abord constituée autour de la méditerranée, laissant aux juifs des ghettos et s’opposant plus tard à la conquête musulmane. Ce n’est qu’au début des temps modernes qu’elle s’est implantée en dehors de la sphère méditerranéenne, comme s’il lui fallait compenser les pertes subies lors des grandes divisions en son sein : entre orientaux et occidentaux au début du deuxième millénaire et entre catholiques romains et protestants au 16e siècle.

Or, au 20e siècle l’Eglise est vraiment devenue mondiale, dispersée sur la totalité du globe, mais divisée en son sein et située face à des puissances religieuses et profanes de toutes sortes. Désormais il ne suffit plus de vivre simplement en Eglise ; le moment est venu pour l’Eglise de s’interroger sur elle-même. C’est ce que le concile Vatican II a fait. Selon les paroles du Pape Paul VI qui, en 1963, apris le relais de Jean XXIII, ce Concile est « un concile de l’Eglise sur l’Eglise ». Il a marqué une « nouvelle époque » puisqu’il a eu le mérite « d’avoir fait découvrir, avec plus de clarté, son vrai visage ».

Mon but est de vous montrer ce soir ce visage, à partir du travail du Concile, et de me demander avec vous ce que sont devenues aujourd’hui les avancées de Vatican II : des questions se posent en effet, des contestations se font jour, des inadaptations se manifestent… mais nous percevons aussi des germes de vie, des raisons d’espérer, parce que nous ne cessons de parler et d’échanger les uns avec les autres. Je vais, certes, vous introduire dans les documents du Concile ; mais rassurez-vous, les textes ne sont jamais autre chose que l’expression d’une vie qu’ils veulent orienter ; l’heureuse métaphore de la « boussole » proposée par Jean-Paul II l’évoque. Au début du troisième millénaire, il a présenté le Concile comme la grande grâce dont l’Eglise a bénéficié au 20e siècle et invité les fidèles à s’interroger sur sa réception : « il nous offre une boussole fiable pour nous orienter sur le chemin du siècle qui commence ».

Je vais donc d’abord indiquer l’orientation principale du Concile, à partir de la Constitution sur l’Eglise Lumen gentium, et traiter ensuite de quelques aspects plus particuliers ; le titre les annonce : quel peuple pour Dieu ? Quels signes pour les hommes d’aujourd’hui ? Et je terminerai par une réflexion plus exposée sur la situation actuelle de l’Eglise dans le sillon de Vatican II.

I. La constitution dogmatique sur l’Eglise - fruit d’une conversion et grand récit

1. Le prologue de la Constitution sur l’Eglise

Il n’y a pas meilleure manière de comprendre l’orientation principale du Concile que de lire ensemble le prologue de la constitution sur l’Eglise : « Le Christ est la lumière des peuples ; réuni dans l’Esprit Saint, le saint Concile souhaite donc ardemment, en annonçant à toutes les créatures la bonne nouvelle de l’Evangile répandre sur tous les hommes la clarté du Christ qui resplendit sur le visage de l’Eglise » (LG 1). Réalisons bien ce qui nous est dit ici : c’est l’Eglise représentée par le Concile qui parle ici d’elle-même ; mais la première chose qu’elle a à dire est celle-ci : Attention ! Je ne suis pas le centre ; je n’existe qu’en étant décentrée : décentrée vers le Christ et décentrée vers les hommes ; je ne suis que le reflet de la lumière qui vient de lui et que je renvoie sur tous les hommes. Et cette lumière, c’est l’Evangile, Nouvelle d’une bonté radicale toujours nouvelle, qui a illuminé le Christ quand il l’a annoncée et qui illumine maintenant le visage de l’Eglise si, à sa suite, elle l’annonce à toute créature. D’autres textes conciliaires portent sur cet Evangile ; Véronique Magron en parlera au mois de janvier. En tout cas, avec cette toute première phrase la tonalité du Concile est donnée.


« Par nature, l’Eglise, durant son pèlerinage sur terre est missionnaire » (Ad gentes, 2)

Mais écoutons la phrase suivante qui introduit maintenant deux nouveaux mots, un peu plus techniques : « L’Eglise étant dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain, elle se propose de mettre dans une plus vive lumière, pour ses fidèles et pour le monde entier, en se rattachant à l’enseignement des précédents conciles, sa propre nature et sa mission universelle ». D’abord le mot « sacrement ». Nous ne sommes pas habitués à le voir appliqué à l’Eglise tout entière ; et pourtant il est bienvenu dans ce contexte : l’Eglise fait signe, non pas à la manière d’une enseigne qui incite le chaland à entrer mais comme invitation à aller plus loin ; parce qu’elle ne centre pas les croyants sur elle-même mais les renvoie au Christ pour que le Christ les envoie à toutes les créatures. En ce sens, la « mission » - deuxième mot technique – est constitutive de l’Eglise. Sur ce point, le décret de Vatican II sur l’activité missionnaire de l’Eglise est encore plus clair que le texte qu’on vient de lire : « Par nature, l’Eglise, durant son pèlerinage sur terre est missionnaire » (Ad gentes, 2). Dans le texte national pour l’orientation de la catéchèse en France, nos évêques citent ce passage en rappelant la belle définition de l’Eglise comme « communion missionnaire ».

Une dernière phrase reste à entendre : « A ce devoir de l’Eglise – qui est de mettre dans une plus vive lumière sa propre nature et sa mission – les conditions présentes ajoutent une nouvelle urgence : il faut que tous les hommes, désormais plus étroitement unis entre eux par les liens sociaux, techniques, culturels, réalisent également leur pleine unité dans le Christ ». Le texte revient ici à ce que j’ai suggéré tout au début : la mondialisation fait que l’Eglise prend d’avantage conscience de ce qu’elle est au sein d’une humanité qui a fait désormais le tour du globe et s’apprête à explorer l’espace.

"Au cœur du Concile, il y une expérience de conversion, au sens fort du terme"

Vous comprenez dès maintenant, je l’espère, qu’au cœur du Concile, il y une expérience de conversion, au sens fort du terme ; expérience vécue d’abord dans cette assemblée de 2000 et quelques évêques réunis autour du pape. Il s’agissait d’entrer réellement dans l’identité du Christ, de se décentrer donc, de sortir de tout regard inquiet sur soi et de se tourner vers le Christ et vers le monde auquel il faut annoncer l’Evangile. Deux mots indiquent la portée de cette expérience : « rénovation » et « réforme », utilisés par tous les textes du Concile. La rénovation concerne la fidélité de chaque chrétien et des communautés à leur mission ; c’est une démarche intérieure. La réforme concerne les structures, sans cesse à adapter à la mission. On le pressent, cette expérience de conversion nous concerne encore aujourd’hui : situés au cœur de la société et des préoccupations élémentaires de nos contemporains, avons-nous la force intérieure de nous décentrer vers le Christ, pour devenir des « présences » de son Evangile dans notre environnement quotidien ? Ou vivons nous « en Eglise » sous le mode d’un repli frileux, au risque de nous tromper sur son identité ? « L’ardeur » dont parle le prologue de Lumen Gentium – « réuni dans l’Esprit Saint, le saint Concilesouhaite donc ardemment, en annonçant à toutes les créatures la bonne nouvelle de l’Evangile répandre sur tous les hommes la clarté du Christ » - cette ardeur, nous ne pouvons pas la produire ; elle est le travail de l’Esprit en nous, à condition de lui ouvrir nos portes intérieures et extérieures. Tout le reste en découle, et d’abord le chemin proposé par la suite du texte.

2. Un grand récit

Prenons donc rapidement connaissance du plan de la Constitution :


I. Le mystère de l'Eglise
II. Le peuple de Dieu
III. La constitution hiérarchique de l'Eglise et spécialement l’épiscopat
IV. Les laïcs
V. L'appel universel à la sainteté dans l'Eglise
VI. Les religieux
VII. Le caractère eschatologique de l'Eglise en marche et son union avec l'Eglise du ciel
VIII. La bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu, dans le mystère du Christ et de l'Eglise


Ce beau texte est en réalité un itinéraire ou un récit. Le sujet de ce récit - vous l'avez entendu dans le Prologue – c’est « le saint concile réuni dans l'Esprit saint ». Mais au chapitre VII le sujet change ; ou disons mieux : il s’élargit. Ce chapitre commence par les mots : « L'Eglise à laquellenous sommes tous appelés ... ». Ce sujet - le concile d'abord et nous tous ensuite - raconte donc son itinéraire depuis son origine ; il raconte sa genèse, son histoire de famille. L’Eglise est enracinée dans le mystère de la Trinité et sans cesse appelée à se laisser décentrer vers ce mystère (I) ; elle vit en même temps dans l’histoire comme une portion de l'humanité consciente d'elle-même, consciente de son origine et de sa mission, sans cesse appelée à se laisser décentrer vers l’humanité tout entière. Bref, l’Eglise existe comme peuple de Dieu (II). A ce titre, elle est en marche vers sonaccomplissement dont il est question dans le chapitre VII, bien que cette orientation s’annonce déjà dès la fin des chapitres V et VI qui traitent, eux aussi, de la finalité de l’Eglise : la sainteté de tous et les chemins particuliers de certains, appelés religieux. Là encore, l’enjeu est la conversion, à savoir la capacité de l’Eglise et la nôtre à ne pas nous détourner de la mort mais à faire confiance en l’avenir de Dieu. Marie qui est au cœur du dernier chapitre de la Constitution est la figure achevée de cette conversion.

Je n’ai pas encore parlé des chapitres III et IV qui traitent de la structure hiérarchique de l’Eglise et de la différence entre clercs et laïcs. Ces deux chapitres occupent trop souvent le devant de la scène ecclésiale et d’âpres débats, encore ces derniers temps. Or, ils s’inscrivent merveilleusement dans le mouvement global de la Constitution, introduisant l’expérience de conversion jusque dans les structures concrètes de l’Eglise : conversion du ministère apostolique à ce qu’il est, un service à la suite du Serviteur ; conversion du laïcat à ce qu’il est, présence du Christ serviteur dans la société.

Jetons un dernier regard sur l’ensemble du parcours pour mieux saisir le grand mouvement du texte :

I & II « Ce qui concerne à titre égal laïcs, clercset religieux » (N° 30)
III & IV Structure hiérarchique:différenciation entre apôtres et disciples
V & VI La finalité de l’Eglise : la sainteté de tous et le chemin de certains
VII & VIII L'Eglise en route vers sa demeure ultime – Marie

Ce texte est donc un beau récit qui, comme le récit total de la Bible, part de Dieu (La Genèse) et retourne à Dieu (L’Apocalypse). Dans la dernière partie de mon intervention, je reviendrai à ce type de récit pour le relire avec vous à partir de notre situation actuelle. Il donne, en tout cas, des précieuses balises pour une conversion permanente de l’Eglise ; il peut les donner parce qu’il est déjà le résultat d’une telle conversion au sein même de l’assemblée conciliaire. C’est ce que je voudrais encore monter avant d’aborder quelques questions plus particulières.

3. Le fruit d’une conversion et d’une série de décisions

En effet, la Constitution sur l’Eglise a été adoptée à la fin de la troisième période du Concile, en novembre 1964. Elle est le fruit d'un certain nombre de décisions, prises en 1963 (pendant la deuxième période). Il suffit de comparer la version définitive et le plan de la version de 1963 (colonne de gauche) pour comprendre immédiatement la conversion de la figure d'Eglise qui s'est opérée à ce moment là :


I. Le mystère de l’Eglise I. Le mystère de l'Eglise
II. La constitution hiérarchique de l’Eglise et
spécialement l’épiscopat
II. Le peuple de Dieu
  III. La constitution hiérarchique de l'Eglise et
spécialement l’épiscopat
III. Le peuple de Dieu et spécialement les laïcs IV. Les laïcs
IV. L’appel à la sainteté dans l’Eglise V. L'appel universel à la sainteté dans l'Eglise
  VI. Les religieux
  VII. Le caractère eschatologique de l'Eglise en
marche et son union avec l'Eglise du ciel
  VIII. La bienheureuse vierge Marie, Mère de
Dieu, dans le mystère du Christ et de l'Eglise


1. La première nouveauté, facile à repérer, est le chapitre II sur le peuple de Dieu. Quel est l’enjeu de ce déplacement ? Avant de parler de la hiérarchie ecclésiale qui en aucun cas ne peut être considérée comme la source de l’Eglise, le Concile tient d’abord à traiter de la vocation communede tous les chrétiens et de l’Eglise au sein de notre histoire : en référence au Christ, il parle donc du sacerdoce commun des fidèles (Nos 10 et 11), de leur fonction prophétique ou de leur « sens de la foi » (N° 12) et de leur fonction royale ou de la catholicité du peuple tout entier (Nos 13 à 17). L’enjeu est de taille, du côté des images que la société se fait de nous, mais aussi d’un point de vue œcuménique et interreligieux ; nous risquons et ceux qui nous regardent risquent sans cesse de réduire l’Eglise à sa tête et d’occulter ce qui se passe réellement sur le terrain.

2. La seconde nouveauté, plus difficile à repérer, concerne la suite des chapitres II, III et IV de l’ancienne version du texte (à gauche) : cette suite développe la tripartition hiérarchique de l’Eglise en clercs, laïcs et « spécialistes » de la sainteté, religieux et religieuses. Or, la version définitive (à droite) nous offre, avec les chapitres III, IV, V et VI, une vision passablement différente : le texte distingue d’abord les apôtres du Christ ou leurs successeurs (chapitre III) et les disciples du Christ au sein du monde (chapitre IV) et introduit ensuite différentes manières de vivre l’unique appel à la sainteté (chapitre V et VI).

3. C'est précisément l'enjeu de la troisième décision conciliaire, à savoir l’introduction du mot « universel » dans le titre du chapitre V : l'appel universel à la sainteté. Cela signifie la fin d'une organisation séculaire des états de vie : il y aurait ceux qui sont appelés à la sainteté, les prêtres et les religieux, et il y aurait ceux et celles qui doivent s'occuper du monde, les laïcs dont la tâche première est de relayer l’œuvre du Créateur. Dire que tous les chrétiens sont appelés à la sainteté et que cet appel rejoint même tout être humain, c’est une petite révolution « évangélique » qui invite toute la vie religieuse à se repositionner et à situer sa propre spécificité par rapport cet appel universel.

4. La dernière nouveauté porte sur les chapitres VII et VIII qui n’existent pas encore dans la version de 1963. Le chapitre VII a été introduit sur la demande de Jean XXIII, très sensible au statut de pèlerin du chrétien et de l’Eglise. Le chapitre VIII est le résultat d’un très difficile débat en présence de nos frères séparés. Le concile a voulu sortir la figure de Marie d’un isolement dans laquelle une certaine dévotion l’avait mise et lui donner toute sa place comme croyante au milieu de nous, dans le mystère du Christ et de l'Eglise.

 

Je ne sais pas si vous mesurez la transformation de la figure d'Eglise, amorcée ici ; conversion dont le texte final est le fruit. Il ne faut pas l’oublier aujourd’hui. Il va de soi que l’Eglise de Vatican II estla même en tous ses conciles oecuméniques. Mais c’est une Eglise située dans l’histoire et donc appelée à entendre sans cesse, et chaque fois de manière nouvelle, l’appel à une plus grande fidélité au Christ ; appel qui retentit dans l’Ecriture et la tradition mais qui résonne aussi dans la culture d’une époque donnée. Le résultat final du texte – le grand récit que je viens de présenter – a été difficile à obtenir en raison des conflits entre majorité et minorité conciliaire ; mais la quasi-unanimité du vote final est un signe de l’Esprit.

II. Quel peuple pour Dieu – quels signes pour l’homme d’aujourd’hui ?

Après avoir orienté la boussole conciliaire, nous allons maintenant engager notre route et aborder deux questions plus particulières : le rapport de l’Eglise à Celui que nous appelons « Dieu », à une époque et dans un pays où cette référence semble avoir disparu du paysage culturel ; et, intimement lié au point précédent, le rapport de l’Eglise à la société, quand la vie ecclésiale semble être devenue insignifiante pour beaucoup de nos contemporains. Quel peuple pour Dieu – quels signes pour les hommes d’aujourd’hui ?

1. L’Evangile de Dieu dans l’histoire

Pour aborder la première des deux questions, il faut se rappeler que le Concile a opéré une étonnante concentration sur l’unique nécessaire : « annoncer l’Evangile à toutes les créatures », comme nous l’avons entendu dès le prologue de la Constitution sur l’Eglise. C’est l’Evangile qui fonde l’Eglise et celle-ci est pour toujours entièrement ordonnée à sa transmission, rien de plus rien de moins. Mais que veut dire Evangile, terme utilisé souvent de manière rapide et distraite, et quel est son lien avec la question de « Dieu » qui nous préoccupe ?


Evangile : un simple regard sur l’étymologie du mot nous en montre sa force humaine et spirituelle. L’Evangile (eu-aggélion) est une nouvelle (-aggélion) qui s’avère absolument nouvelle, chaque fois qu’on l’entend réellement ; une nouvelle de bonté radicale (eu-) toujours nouvelle. Or, cette nouvelle de bonté ne va nullement de soi parce que l’état de la planète et le mal, qui sévit sous toutes ses formes (mal-adie, mal-heur, mal-veillance, etc.) dans notre histoire et dans nos vies, semblent la démentir quotidiennement. C’est donc une nouvelle exorbitante ; seul Celui que nous appelons « Dieu » peut en être garant. C’est la raison pour laquelle le Nouveau Testament la relie toujours à « Dieu » : l’Evangile ne peut qu’être « de Dieu » (Mc 1, 14) ; formule qu’on pourrait aussi traduire en parlant de « Dieu » comme Nouvelle de bonté inouïe. Certes, le mot « Dieu » a très largement disparu de notre culture ; et s’il est utilisé, il l’est si diversement par les humains et honni par certains d’entre eux comme trop chargé de connotations inacceptables qu’il faut bien veiller à ne pas provoquer des malentendus terribles quand on a « Dieu » à la bouche. Le Dieu chrétien ne peut qu’être une Bonne nouvelle qui rencontre quelque part le désir de vivre de tout homme. Tout être humain vit au jour le jour comme si sa vie valait la peine d’être vécue, comme si au moins elle valait la peine d’être poursuivie. Ne réserve-t-elle pas des surprises, et pas seulement de mauvaises ? Personne ne peut avancer dans l’existence sans le désir de la réussir même s’il est incapable de dire avec précision et une fois pour toutes ce que « réussir » veut dire pour lui : sa vie est traversée et aimantée par une nouvelle de bonté qui la conduit toujours plus loin.

C’est à cet endroit qu’intervient la figure du Christ et l’Eglise. L’Evangile n’existe dans la société qu’en étant annoncé et rendu effectivement présent, ici et maintenant, dans une proximité qui peut convaincre autrui de sa crédibilité, sans aucunement s’imposer à lui. Certes, Jésus n’annonce jamais l’Evangile en son propre nom – comment pourrait-il annoncer une nouvelle de bonté aussi exorbitante en son propre nom ! -, comme nous ne pouvons l’annoncer qu’en son nom à lui. Mais Jésus rend l’Evangile présent et crédible dans de multiples rencontres avec ses contemporains en mettant en jeu, chaque fois, toute son existence. C’est pour cette raison que les siens le reconnaissent comme étant Christ et Saint de Dieu : « A qui irions-nous ?, dit Pierre à Jésus après le discours des pains : tu as des paroles de vie éternelle. Et nous, nous avons cru, nous avons connu que tu es le Saint de Dieu » (Jn 6, 68sv). Et si lui rend la Nouvelle crédible par sa manière d’engager toute sa vie, il confie et livre à l’Eglise le même Evangile de Dieu, à rendre présent et crédible par sa manière d’être dans l’histoire : c’est ce que signifie « l’appel universel à la sainteté » dont il est question au cœur dela Constitution Lumen gentium, au chapitre V.

Vous avez dit « sainteté » ? La fiche de préparation pose cette question sans ambages : « une espèce d’idéal de perfection atteint seulement par quelques privilégiés ?... Et parler de l’Eglise des saints serait-ce de l’orgueil ? Une manière de dire qu’elle ne contiendrait que des purs ? » Essayons de regarder de plus près et sans préjugé ce mot, devenu peut-être désuet. La sainteté de Jésus de Nazareth est quelque chose de très simple ; elle comporte trois facettes.

Ce qui se manifeste en premier c’est « l’autorité » (Mc 1, 21, 27, etc. et //) de celui qui rayonne par sa simple présence parce qu’en lui pensées, paroles et actes concordent absolument dans une sorte de simplicité de conscience immédiatement accessible à autrui : Jésus dit ce qu’il pense et fait ce qu’il dit ; rien de plus, rien de moins. Or, cette concordance avec soi-même ou cette vérité sont menacées, chaque fois qu’elles doivent affronter les intérêts, voire l’hostilité d’autrui. C’est ici qu’intervient une deuxième facette de la sainteté de Jésus qui a trouvé sa formulation dans la Règle d’or : « Tout ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux ! ». Il ne s’agit de rien de moins et de rien de plus : savoir « se mettre à la place d’autrui », par sympathie et compassion, sans jamais quitter sa propre place. Où cette manière d’être peut mener, face à la violence, surtout face à la violence la plus grande qui surgit dans l’espace d’intimité, l’itinéraire du Christ nous le montre. C’est sur ce chemin que paraît la troisième facette de la sainteté : un nouveau rapport à la mort, rapport libre, qui nous vient de la foi en la Résurrection et qui conduit la Nouvelle toujours nouvelle dune bonté radicale jusqu’au bout. Avec beaucoup de concision, l’Apocalypse dit l’enjeu de cette troisième facette: « Les saints, ce sont ceux qui n’ont pas aimé la vie au point de craindre la mort » (Ap 12, 11).

Cette manière d’être, le Christ nous la communique ; il la communique à son Eglise, sans en faire une loi ; j’insiste : sans en faire une loi ! Il ne nous propose pas un moule dans lequel il faut se couler ou un modèle auquel il faut correspondre. Au contraire, chaque itinéraire humain est unique et en chacun de nous la « sainteté » advient presque à son insu, à travers de multiples situations quotidiennes, plus ou moins difficiles, plus ou moins heureuses ; événements qui suscitent notre capacité d’être vrai avec nous-mêmes et avec autrui et qui nous apprennent progressivement à apprivoiser la mort. L’Eglise est cette « espace » où la sainteté du Christ passe en chacun de nous - c’est le sens le plus profond des sacrements, de l’Eucharistie en particulier -. L’Eglise, c’est aussi l’espace où nous apprenons à partager entre nous cette « sainteté », unique pour chacun de nous, et surtout à l’admirer chez autrui. L’Eglise, c’est enfin un espace d’hospitalité pour quiconque parce que rien ne serait plus contraire à la sainteté du Nazaréen que la fermeture sectaire, parfois très subtile quand elle consiste à élever des murs culturels invisibles ou des barrière sociales.

Quel peuple pour Dieu ? Un peuple saint… tout simplement. Non pas qu’il le soit déjà, mais en lui se trouve mystérieusement semé la capacité de se convertir, de se décentrer, vers le Saint de Dieu et avec lui vers toute la créature. Et c’est déjà une certaine réponse à la deuxième question : quels signes pour les hommes d’aujourd’hui ?

2. « Plus d’humanité dans les conditions d’existence »

Toujours dans l’étonnant chapitre sur l’appel universel à la sainteté, on lit la formule suivante : « Il est donc bien évident pour tous que l’appel à la plénitude de la vie chrétienne et à la perfection de la charité s’adresse à tous ceux qui croient au Christ, quels que soient leur état ou leur rang ; dans la société terrestre elle-même cette sainteté contribue à promouvoir plus d’humanité dans les conditions d’existence » (LG 40).

Ce petit passage annonce déjà la Constitution pastorale sur l’Eglise dans le monde de ce tempsGaudium et spes dont parlera Mgr Lalanne. Le texte identifie en quelque sorte un « plus de sainteté » à un « plus d’humanité ». C’est là où se situent les signes ou, comme nous l’avons déjà entendu dans le prologue, la désignation de l’Eglise comme sacrement. Oui ou non : par leur manière de vivre, une communauté chrétienne et ses membres font-ils signe en direction d’un plus d’humanité ? Parler de signe, suppose que l’interlocuteur ou le partenaire peut comprendre ce signe, peut se laisser toucher par le rayonnement d’une personne, d’un groupe ou encore par la présence publique de l’Eglise. Il y a des manifestations d’humanité qui touchent immédiatement : le soin apporté à un malade, l’accompagnement attentif et affectueux d’un couple de fiancés par des aînés, un rassemblement intergénérationnel où tous ont leur place, une cérémonie de deuil bien préparée et bien adaptée à la famille, etc. Mais souvent des barrières culturelles et un langage qui semble être d’un autre âge ferment des portes à peine entrouvertes à des personnes qui voudraient venir voir.

Je pense que le concile nous met aujourd’hui devant une double tâche, à peine commencée : il suscite notre capacité de traduire la foi en termes humains, sans occulter sa source en Dieu ; chaque fois que nous parlons à d’autres d’un des mystères de la foi, il faut montrer ce que cela implique au niveau de notre manière de vivre aujourd’hui. Nous découvrirons alors que ce que nous « montrons » peut non seulement trouver un écho en autrui mais est déjà à l’œuvre en lui, fût-ce sous la forme d’un désir enfoui. C’est l’autre tâche qui nous est confiée par le Concile : devenir sensible à la « foi », voire à l’humanité de ceux qui ne font pas partie de l’Eglise.

Dans son chapitre II, la Constitution sur l’Eglise donne une « définition » de ce qu’est un catholique incorporé pleinement à l’Eglise comme société visible. Mais il ajoute immédiatement un étonnant avertissement : « L’incorporation à l’Eglise, cependant, n’assurerait pas le salut pour celui qui, faute de persévérer dans la charité, reste bien "de corps" au sein de l’Eglise, mais pas "de cœur" » (LG 14). Le texte est d’une grande cohérence : si on peut être en Eglise « de corps » seulement, sans y être « de cœur », on peut aussi en être « de cœur » sans en être « de corps » ; c’est ce que montre la suite du chapitre en parlant d’abord des chrétiens non catholiques, liés à l’Eglise, et ensuite des juifs, des musulmans et de tous les autres, « ordonnés au peuple de Dieu », selon l’expression de la Constitution : « A ceux-là mêmes qui, sans faute de leur part, ne sont pas encore parvenus à une connaissance expresse de Dieu, mais travaillent, non sans la grâce divine, à avoir une vie droite, la divine Providence ne refuse pas les secours nécessaires à leur salut » (LG 16). La véritable frontière de l’Eglise, si je peux parler ainsi, traverse donc tout être humain, à l’endroit du cœur ou de la « conscience ». Cette frontière traverse d’abord chacun de nous, nous rendant modeste parce que personne d’entre nous ne sait où il en est en vérité avec Dieu et avec les autres ; elle traverse ensuite tout être humain, ce qui est une invitation à rencontrer autrui, de quelque bord qu’il soit, à cette hauteur de conscience.

3. Le signe du ministère apostolique

Vous l’aurez compris, les signes qui parlent d’abord à l’homme d’aujourd’hui, ce sont des personnes : les baptisés dans leur manière de se rendre proche d’autrui mais aussi ceux qu’on appelle les « ministres », beau nom pour dire que le ministère ordonné sous ses différentes formes est avant tout « un service » : « Lequel est en effet le plus grand, celui qui est à table ou celui qui sert ? N’est-ce pas celui qui est à table ? Or, moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert », dit le Jésus de Luc aux Douze au moment de la cène.

Ce ministère est nécessaire à l’Eglise, non pas au sens sociologique où tout groupe humain aurait besoin d’un chef. Le concile nous propose ici une ultime conversion qui concerne toute l’Eglise : l’Evangile, Nouvelle de bonté radicale toujours nouvelle, ne peut pas venir de l’homme ; ce qui vaut à fortiori pour la sainteté qui rend crédible cette nouvelle ; je l’ai noté au début de cette partie. Sous ses différentes formes, le ministère apostolique est alors un « signe », signe difficile à poser et à comprendre aujourd’hui. Il manifeste au milieu de nous que l’Evangile ne peut être que de Dieu ; c’est son sens prophétique. Il rend visible que seule cette Bonté venant de Dieu peut rassembler tous les hommes en profondeur ; c’est son sens pastoral. Il rend enfin possible le dessaisissement de la communauté chrétienne par rapport à elle-même dans la liturgie, quand, dans la prière et la louange, elle désigne Dieu comme Origine et Avenir de notre planète perdu dans un univers infini ; c’est son sens sacerdotal. Mais laissons la question de la liturgie à Patrick Prétot.

Vous allez me dire : Vatican II nous a donné un beau visage de l’Eglise ; il en a dessiné une belle vision, une sorte d’utopie ecclésiale. Mais celle-ci est si éloignée de notre réalité quotidienne ! Je voudrais donc pour terminer proposer encore quelques réflexions plus exposées sur la situation de l’Eglise aujourd’hui.

III. « Des communautés petites et pauvres ou dispersées… »

Notons d’abord que le sentiment qui peut nous habiter après la lecture de la Constitution était déjà celui de quelques pères conciliaires avant l’ultime toilettage du texte. Ils ont donc obtenu que soit introduit une étonnante formule qui peut nous consoler : « L’Eglise du Christ est vraiment présente en toutes les légitimes assemblées locales de fidèles qui, unies à leur pasteurs, reçoivent, dans le Nouveau Testament, eux aussi, le nom d’Eglises. […] Dans ces communautés, si petites et pauvres qu’elles puissent être souvent ou dispersés, le Christ est présent par la vertu duquel se constitue l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique » (LG 26).


Ce passage annonce notre propre situation de petitesse, de pauvreté et de dispersion. Il nous fait comprendre d’avance que la perspective mondiale et globale sur l’Eglise est une chose, une autre est le regard que nous portons sur nos situations locales. Mais est-ce bien vrai ? Ne faut-il pas conjuguer ces deux types de regard. Le texte qu’on vient de lire ne nous invite-t-il pas plutôt à contempler dansla modestie et la précarité de la plupart de nos communautés les dimensions abyssales de l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique, à la manière de Jésus qui voyait le Royaume dans une graine de moutarde (Mc 4, 30-32) ? Une fois encore, il s’agit d’une conversion, jamais achevée et parfois difficile à vivre, surtout pour des responsables pastoraux, quand ils se trouvent affrontés à des situations de précarité grandissante. Mais c’est à des moments de grande perplexité qu’il faut réactiver notre regard contemplatif sur ce que Dieu ne cesse de nous donner.

La difficulté que nous pouvons éprouver avec la vision de Lumen gentium vient peut-être du fait que ce texte semble nous proposer l’idée d’une Eglise toute constituée, en quelque sorte inatteignable pour nous, alors que dans notre situation nous aurions plutôt besoin de la vision d’une Eglise en voie de constitution. C’est pour cette raison que beaucoup de diocèses de France se sont mis à lire en groupe les Actes des apôtres qui retracent la genèse de l’Eglise à partir de ce que le texte des évêques pour « l’orientation de la catéchèse en France » appelle « fondamentaux ». Il est possible et légitime de relire le grand récit de Lumen gentium, non pas à partir de l’enracinement trinitaire mais en partant du « nous ecclésial » qui n’apparaît qu’à la fin du texte : le « nous » qui, comme dit votre première fiche, est la modalité la plus appropriée pour parler de l’Eglise. Les chrétiens apprennent à passer du « elle » désignant une Eglise qui leur serait extérieure, à ce « nous » qui les rend participants à part entière de la vie et de la mission du Peuple de Dieu. Pour finir, je voudrais donc indiquer quelques étapes de cette genèse à partir des plus humbles ouvertures quotidiennes :

1. L’Eglise naît là où la foi s’engendre. Entendons-nous bien : « foi » ne désigne pas immédiatement foi en Dieu ou en Christ mais d’abord et avant tout la capacité mystérieuse d’un être à faire crédit à la vie, à rester debout, même dans les moments les plus difficiles, en espérant que la vie tient sa promesse. Personne ne peut poser cet acte à la place d’un autre. Pourtant cette foi s’engendre ; si fragile et cachée soit-elle, elle peut être ranimée par ceux qui la perçoivent et y croient. Il arrive que ceux qui ont bénéficié d’une telle présence mettent ces « croyants » en position de « témoins ». Ils les interrogent et donnent ainsi aux chrétiens l’occasion de révéler comment ils ont été eux-mêmes engendrés à la foi par d’autres et comment ces « relais » les ont mis en relation avec le Christ. L’Eglise naît en ces rencontres significatives où l’intérêt gratuit pour la « foi » d’autrui ouvre en même temps un espace où celui-ci peut découvrir le Christ. C’est sur ce « seuil » fondamental qu’est située la « prédication de l’Evangile », premier élément évoqué par le texte conciliaire.

2. Se présente ici un deuxième « seuil » : va-t-on décider ou non de lire les Ecritures ? Selon l’adage de S. Jérôme « l’ignorance des Ecritures est l’ignorance du Christ » (Dei Verbum, 25). Proposé, travaillé et médité en ses expressions multiples, ce texte permet aux chrétiens de découvrir l’itinéraire de Jésus et son identité messianique et comment leur propre foi au Christ  a pu naître au contact d’autres chrétiens, comment l’Eglise a pris forme sur ce chemin.

3. Un troisième « seuil » est passé quand la dimension corporelle de la foi est davantage perçue. C’est ici qu’interviennent les signes ou sacrements ; dans le texte conciliaire : le « mystère de la Cène du Seigneur » et la référence aux « pasteurs ». Si l’Eglise naît effectivement dans nos rencontres les plus élémentaires, on comprend le caractère relationnel des sacrements : ce sont toujours des personnes en relation qui font signe, et d’abord des chrétiens en relation avec des personnes autrement situées. Un geste spécifique, le baptême, marque le passage à la foi en Christ : ce geste est destiné à transformer progressivement la personne elle-même et ses liens en « signe » parlant. La Cène conduit cette transformation jusqu’au bout en introduisant dans le jeu relationnel ce qui fait le cœur de l’itinéraire du Christ : le don de soi au profit du tout venant, ultime geste capable de rendre crédible son Evangile. Chez certains naît ici le souci « pastoral » ; ils entendent l’appel à le signifier par toute leur existence.

4. Un quatrième « seuil » est franchi quand une communauté, « si petite et pauvre qu’elle soit », perçoit que la fraternité qui la constitue dépasse toutes les frontières d’espace et de temps et éprouve le désir d’un échange plus intense avec d’autres communautés. L’hospitalité prend alors figure, des visites mutuelles ont lieu, les engagements dans la société s’affermissent : la communauté devient « sacrement » d’une unité toujours plus catholique. En même temps grandit son sens de la tradition apostolique : gratitude envers les anciens qui nous ont communiqué leur foi à travers des écrits, des monuments et des institutions de toutes sortes.

5. La genèse de l’Eglise s’achève quand une communauté passe le « seuil » de la contemplation. La « moisson » est abondante pour ceux qui savent la voir : non seulement la fécondité de la foi des chrétiens, mais surtout le « simple faire crédit à la vie » que perçoivent et ravivent ceux qui sont proches d’autrui. Or, être « témoin » de ce qui se passe en quelqu’un ou dans les profondeurs de nos sociétés peut susciter l’action de grâce et la supplication, parfois seulement un gémissement ou l’adoration… Dans ces actes de prière, l’Eglise se dessaisit de ce qu’elle reçoit et découvre qu’au sein de l’humanité l’Esprit est en train de construire un « temple » qui n’est pas fait de mains d’hommes ; en admirant ce travail de l’Esprit elle devient « corps du Christ » et reconnaît que Dieu est l’origine abyssale d’un « peuple » aux dimensions mystérieuses et en attente d’une paix universelle (LG 17). Notre récit rejoint ici le début du texte de la Constitution.

Certes, le chemin que je viens de retracer connaît de multiples variantes, à inventer selon les lieux et les moments. Mais il indique peut-être une nouvelle perception, plus biblique, de l’Eglise : au lieu de nous laisser prendre par ce qui est en crise, nous sommes appelés à regarder et à accueillir ce qui est en train de naître : ce que Dieu fait aujourd’hui de neuf pour nous.

Christoph Theobald
 

 

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