Qui nous roulera la pierre ?

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Ce 20 avril 2014, toutes les Eglises chrétiennes fêtaient Pâques le même jour. Retrouvez le reportage de France 3 Aquitaine et la méditation de Mgr Jean-Pierre Ricard lors de la célébration œcuménique qui a eu lieu à 7h08 au miroir d'eau à Bordeaux.

Reportage France 3 Aquitaine

Méditation de Mgr Jean-Pierre Ricard

Chers  frères et sœurs en Christ

Jésus a été mis au tombeau. La pierre du sépulcre a été roulée sur lui. L’aventure pour les disciples est terminée. Sur le chemin d’Emmaüs, deux d’entre eux reconnaîtront qu’avec le Christ, c’est bien leur propre foi, leur confiance, leur espérance qui ont été mises au tombeau,. Leur aventure avec Jésus de Nazareth a été un beau rêve. Mais celui-ci s’est fracassé sur la croix du Christ. La loi du péché, de la violence et de la mort semble avoir été la plus forte. C’est bien elle qui maintient l’homme sous son joug. C’est elle qui roule la pierre et enferme inexorablement l’homme dans un tombeau dont il ne peut sortir.

Ce tombeau prend aujourd’hui des visages divers : tombeau de la maladie qui attaque les forces vitales du malade et le conduit inéluctablement vers l’issue fatale ; tombeau de la dépression ou d’un passé dont on pense ne pas pouvoir sortir ; tombeau de la dépendance vis-à-vis de l’alcool ou de la drogue ; tombeau d’une violence, gratuite, aveugle, comme celle des attentats terroristes ; tombeau de conflits dont on ne voit pas l’issue comme celui de la guerre en Syrie ; tombeau d’une  mondialisation qui semble enfermer les nations dans les impératifs de lois économiques vis-à-vis desquels les plus faibles se sentent impuissants. Sommes-nous donc condamnés à vivre cet enfermement, dans un sentiment d’impuissance, de fatalité ou -pire encore- de résignation cynique ? La pierre du tombeau condamnera-t-elle pour toujours à l’enfermement ? Ou bien quelqu’un la brisera-t-elle ? La roulera-t-elle ? Qui nous roulera la pierre ? se demandent les femmes en allant au tombeau. Avouons que cette question est bien la nôtre aujourd’hui.

Et c’est là que nous rejoint au petit matin, comme les femmes qui vont au tombeau, la Bonne Nouvelle de Pâques. La pierre a été roulée. Le Christ a ressurgi d’entre les morts. Il nous communique la vie. Il vient nous faire sortir de nos tombeaux. Il nous rend l’espérance.

Cette résurrection du Christ, c’est d’abord la réponse du Père à la confiance du Fils. Jésus s‘était totalement remis entre les mains du Père. Or sa mort semble contredire cette confiance. Dieu s’est tu. Il semble n’avoir  rien fait pour  sauver son Fils. N’est-ce pas le signe que Dieu n’était pas avec lui et donc que Jésus était un faux prophète et qu’on a eu raison de le mettre à mort ? Le silence de Dieu semble donner raison aux adversaires de Jésus. Saint Paul d’ailleurs fait écho à cette opinion en rappelant cette affirmation  du Deutéronome : « Maudit soit celui qui pend sur le bois de la croix » (Gal 3, 13).

En relevant Jésus d’entre les morts, le Père se manifeste. Il répond à la confiance de son Fils. Il montre ainsi qu’il était  avec lui, que les paroles de celui-ci étaient bien ses propres paroles et que par lui, était communiquée aux hommes la vie, une vie nouvelle, une vie libérée et libératrice. 

Cette résurrection du Christ, nous le voyons bien dans la première prédication apostolique, ne concerne pas que la personne de Jésus de Nazareth. Cette élévation du Fils qui le fait Christ et Seigneur nous concerne tous. Elle est puissance de vie, puissance de transformation, puissance de recréation, offerte aux hommes. Dans la petite église byzantine de Karié Cami à Istanbul, nous pouvons admirer dans la coupole une fresque admirable où nous voyons le Christ dans la dynamique de sa résurrection fouler aux pieds les portes du tombeau et prendre par la main Adam et Eve, représentants de l’humanité, pour les libérer et les conduire au Père. On sent dans le geste du Christ beaucoup de tendresse et de force. Le Christ fait sortir du tombeau, il libère, il entraîne. Quelle merveilleuse traduction du message de Pâques ! A tous ceux qui vivent l’enfermement dans leur tombeau, dans leur prison, à tous ceux qui se disent « qui nous roulera la pierre ?  Qui nous fera voir la lumière ? », l’Evangile de Pâques vient dire :  «  Tends la main à celui qui te tend la sienne, marche avec le Christ et tu feras toi-même l’expérience de la force libératrice de l’amour du Seigneur ».

A tous ceux qui s’interrogent : « Qui  roulera la pierre de notre tombeau ?», n’hésitons pas à dire : « Ouvre ta porte au Christ. Il fera une brèche dans ton tombeau et par cette brèche, tu verras la lumière. » Amen.

 

† Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux

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