A Bordeaux les religions s'invitent au G8 et G20

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Des représentants des Eglises chrétiennes et des religions du monde entier se sont réunis à Bordeaux les 23 et 24 mai, en vue d’adresser aux chefs d’Etat du G8 et du G 20 un certain nombre de recommandations touchant les questions de justice, de solidarité, de liberté religieuse et de gouvernance mondiale.

 

Cette rencontre s’inscrit dans la suite de celles qui ont eu lieu en Grande-Bretagne (2005), en Russie (2006), en Allemagne (2007), au Japon (2008), en Italie (2009) et au Canada (2010).


A l’issue de la rencontre, un message a été rédigé pour être transmis le 25 mai aux chefs d’Etat concernés. (Lire le message ici ) 

Le cardinal Jean-Pierre RICARD a été invité à accueillir les participants et à conclure la rencontre. Voici le texte de ses deux allocutions. 

 


Message d’ouverture

MESSAGE AUX  RESPONSABLES  RELIGIEUX PRESENTS A BORDEAUX

LES 23 ET 24 MAI 2011 


 

Eminences, Excellences,
Chers Pères,
Mesdames et Messieurs les représentants des Eglises et des différentes Religions,

Permettez-moi, en tant qu’archevêque catholique de Bordeaux, de vous accueillir très chaleureusement dans cette ville. Bordeaux a toujours été une ville ouverte sur son environnement et depuis longtemps son port lui a donné les autres continents comme horizon familier. Votre présence nous honore comme elle honore notre pays qui assure actuellement la présidence du G 8 et du G 20.


Nous vivons dans un monde où toutes les religions ont quitté l’aire géographique qui les avait vues naître et ont pris une dimension mondiale. Beaucoup de nos sociétés sont ainsi devenues pluralistes. Les croyants des différentes religions sont amenés à se rencontrer et à vivre ensemble. Certains s’interrogent sur les chances de ce vivre ensemble : les religions sont-elles facteurs de guerre, en absolutisant les conflits, ou au contraire facteurs de paix, en favorisant le rapprochement et la compréhension entre les hommes ? Par sa tenue elle-même, notre rencontre  donne à cette question une réponse sans équivoque : nous voulons faire œuvre de paix. Nous voulons apporter notre contribution à la paix et à la solidarité entre tous les hommes, à partir de la foi et des valeurs spirituelles qui nous animent.

Certes, nous souhaitons que ces valeurs spirituelles soient accueillies et que la liberté religieuse, qui est un des droits fondamentaux de la personne humaine, soit respectée dans tous les pays du monde. Mais notre rencontre n’a pas pour but premier de promouvoir un front des religions visant à défendre leurs propres intérêts. Elle est habitée par le souci du bien de l’humanité toute entière. Comment promouvoir une plus grande justice et une plus grande solidarité entre les peuples est bien notre préoccupation première. En effet, nous savons que le combat pour la justice, pour le développement, pour une économie plus solidaire est vital pour le maintien et la promotion de la paix dans le monde. Nous constatons que les différents déséquilibres mondiaux favorisent les disparités, les différences de richesse et les inégalités, entrainant des problèmes de justice et de distribution équitable des ressources, souvent au détriment des plus pauvres. Le changement climatique dont nous constatons les effets risque d’aggraver la situation. Si nous n’y prêtons pas attention, ce sont la violence et la multiplication des conflits qui risquent d’en résulter. Ceci rend plus urgent que jamais la mise en place d’une Autorité politique mondiale, s’engageant pour la promotion d’un authentique développement humain intégral. La mondialisation demande à être régulée. Dans son encyclique Caritas in Veritate le pape Benoît XVI attire sur ce point notre attention : « Les processus de mondialisation, convenablement conçus et gérés, offrent la possibilité d’une grande redistribution de la richesse au niveau planétaire comme cela ne s’était jamais présenté auparavant; s’ils sont mal gérés, ils peuvent au contraire faire croître la pauvreté et les inégalités, et contaminer le monde entier par une crise. Il faut en corriger les dysfonctionnements, dont certains sont graves, qui introduisent de nouvelles divisions entre les peuples et au sein des peuples, et faire en sorte que la redistribution de la richesse n’entraîne pas une redistribution de la pauvreté ou même son accentuation, comme une mauvaise gestion de la situation actuelle pourrait nous le faire craindre » (n° 42).

Certes, comme leaders religieux, nous ne sommes pas des experts économiques, des décideurs financiers ni des responsables politiques. Mais nous sommes convaincus que les décisions que les chefs d’Etat sont invités à prendre demandent de la part de tous nos concitoyens ouverture aux autres, sens du partage et solidarité. Cela implique une vraie conversion et un véritable engagement pour refuser le repli sur soi et la seule défense de ses intérêts catégoriels ou nationaux. Les forces spirituelles ne seront pas de trop pour contrer les tentations de cynisme ou de fatalisme que peut engendrer dans l’opinion publique de nos pays une situation de la mondialisation encore marquée par la crise. En nous adressant à nos différents chefs d’Etat qui composent le G 8 et le G 20, et en leur faisant part de nos préoccupations et de nos souhaits, nous n’oublions pas notre propre responsabilité. Notre réflexion nous engage. Nous en sommes conscients.

En souhaitant à chacun un bon séjour à Bordeaux, je demande à Dieu de bénir notre rencontre. Qu’elle soit aussi stimulante que féconde pour le bien de tous !
 

†  Jean-Pierre cardinal RICARD
Archevêque de Bordeaux


Message de conclusion


MESSAGE DE CONCLUSION AU SOMMET DES  RESPONSABLES RELIGIEUX

Bordeaux – le 24 mai 2011 
 

Chers amis,

Je me réjouis de ce qu’a permis notre rencontre, de la qualité de nos échanges et du fruit de notre réflexion, que résume bien le message qui va être transmis demain aux chefs d’Etat du G 8. Permettez au bordelais que je suis devenu, de dire que la vendange a été bonne et que le cru interreligieux « Bordeaux 2011 » est un bon millésime !

Je ne vais pas reprendre tous les points d’attention et les recommandations exprimés dans notre message. Je voudrais seulement en conclusion redire deux convictions que notre rencontre n’a fait que renforcer, deux convictions qui concernent l’importance du dialogue.

 

1)     Je crois à l’importance du dialogue entre les chefs d’Etats et les différentes religions. En France, mais aussi dans certains pays occidentaux, existent des courants  d’opinion qui pensent que les religions doivent être écartées de l’espace public pour être cantonnées dans le seul domaine du privé, des convictions personnelles et de l’intime. Je m’inscris en faux vis-à-vis de cette façon de voir. Tout ce qui est refoulé risque de ressurgir de façon violente, là où on ne l’attend pas. Certes, des forces extrémistes peuvent traverser le champ des différentes religions, mais ce n’est pas en refoulant celles-ci de l’espace social qu’on résoudra les problèmes. On ne progressera qu’en associant les croyants à la recherche d’un meilleur vivre-ensemble, en en faisant de véritables partenaires (le mot a plus d’une fois été employé dans notre rencontre) pour plus de justice, plus de fraternité, pour promouvoir la paix. De plus, la personne est un tout. La dimension religieuse fait aussi partie intégrante de son être. Il est donc important de veiller au développement intégral de chaque homme et de tous les hommes. Ceci implique le respect de la liberté de conscience, de la liberté religieuse, une liberté religieuse pour tous et pour toutes les religions, qu’elles soient majoritaires  numériquement ou pas. Ne dit-on pas d’ailleurs que la qualité de vie démocratique d’un pays dépend de la façon dont il traite ses minorités ? De plus, au moment où se cherche un visage fraternel à la mondialisation, où on a besoin de toutes les composantes de nos sociétés pour le promouvoir, la démarche fraternelle et concertée des responsables des grandes religions mondiales me paraît avoir une particulière résonance. J’ose espérer que nos responsables politiques en saisiront l’enjeu et la portée.



 

2)    Ceci me conduit à exprimer ma deuxième conviction : elle concerne l’importance du dialogue interreligieux au sein de nos différentes religions. Notre témoignage de fraternité ne sera crédible que si nous sommes promoteurs de relations fraternelles entre les religions au sein même de nos communautés religieuses. Le Rabbi Professeur Richard Marker nous a interpellés hier fort justement sur ce point. Nous savons bien que tout n’est pas joué au sein de chacune de nos Eglises ou au sein de chacune de nos  religions. Les peurs, les contentieux historiques, les préjugés restent encore présents dans un certain nombre de cœurs. Il nous faut toujours progresser dans la rencontre de l’autre, dans la connaissance des autres, dans le dialogue mutuel. Nous savons qu’il y a dans certains pays une poussée nouvelle d’un nationalisme ou d’un populisme  particulièrement agressifs. Et cela touche aussi certains de nos croyants. Le travail du dialogue est donc sans cesse à reprendre et à promouvoir. Il en va à la fois du témoignage que nous avons à rendre à Dieu, mais aussi  du service de tous les hommes. Je crois, en effet, que le dialogue interreligieux fraternel est au service d’une mondialisation de l’amour. Il est  d’une particulière importance pour que notre monde  ne soit pas une jungle mais un jardin où il fait bon vivre ensemble.


En terminant qu’il me soit permis de dire du fond du cœur un merci à vous tous, un merci à tous ceux et celles qui ont préparé, animé cette rencontre et tout particulièrement à son Eminence Mgr Emmanuel, sans la volonté et la diligence duquel cette rencontre n’aurait pas pu avoir lieu. A lui et à vous tous, un grand merci !

 

†  Jean-Pierre cardinal RICARD

Archevêque de Bordeaux

 

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