“ Vivre le ministère apostolique est une véritable aventure spirituelle ”

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Homélie de Mgr Ricard prononcée lors de la messe des ordinations presbytérales et diaconales, le dimanche 29 juin 2014, en la cathédrale Saint-André à Bordeaux.

 

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Chers frères et sœurs en Christ,

Chers ordinands,

Célébrer des ordinations le jour de la fête des saints apôtres Pierre et Paul est l’occasion de recevoir d’eux une lumière sur la dynamique même du ministère apostolique, ce ministère auquel participent les évêques, les prêtres et les diacres. A partir de leur propre expérience, Pierre et Paul viennent nous rappeler trois choses fondamentales :

ÊTRE APÔTRE, C’EST VIVRE UNE UNION PROFONDE AU CHRIST

La vie de Pierre et de Paul a été bouleversée, marquée à jamais, par leur rencontre avec Jésus. Pierre se rappellera que la première et la dernière parole que le Christ lui a adressée est « Viens, suis-moi ». Et sur le chemin de Damas, Paul sera littéralement renversé par cette voix qui lui dit : «Je suis Jésus, que tu persécutes ». Tous les deux ont découvert qu’ils étaient appelés à changer de vie, à tout quitter, pour suivre Jésus, pour entrer dans son amitié, pour se mettre à son service. Ils ont entendu Jésus leur dire : « Vous êtes mes amis…Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et institués pour que vous alliez, que vous produisiez du fruit et que votre fruit demeure » (Jn 15, 14, 16). Vivre aujourd’hui le ministère des apôtres, c’est d’abord vivre une amitié avec le Seigneur, c’est être près de lui, à son écoute, à son service, disponible à son Esprit. C’est lui qui nous donne la joie d’être évêque, d’être prêtre, d’être diacre. Je reverrai toujours le visage de ces vieux prêtres de mon enfance qui, au début de la messe, récitaient les prières au bas de l’autel et disaient qu’ils allaient vers Dieu, ce Dieu qui « réjouissait leur jeunesse». Oui, il est là question de jeunesse, de jeunesse du cœur, de jeunesse du cœur de l’apôtre, qui se laisse habiter jusque dans le grand âge par la joie de Dieu. C’est de cette amitié avec le Christ que naît la fécondité apostolique, l’ardeur toujours nouvelle à annoncer l’Evangile. Quand on s’éloigne du brasier de cette amitié avec le Seigneur, le dynamisme se refroidit. L’apôtre risque de se laisser gagner par l’activisme, par l’habitude, par la lassitude, ou, à certains jours, par la déception et le à quoi bon ?

“C’est de cette amitié avec le Christ que naît la fécondité apostolique, l’ardeur toujours nouvelle à annoncer l’Evangile.”

Cet appel du Seigneur à être avec lui implique toujours une mise à part, un arrachement, une consécration. Thierry a quitté la gestion de sa propriété agricole pour répondre à l’appel du Seigneur. Avec Jean-Paul, il va s’engager dans le célibat consacré. Tous les ordinands vont faire promesse d’obéissance à l’évêque : ils renoncent à mener seuls la barque de leur vie mais acceptent de recevoir de l’Eglise leur mission et la détermination concrète de leur ministère. Mais, me direz-vous : n’est-ce pas différent pour le diacre permanent, pour Hervé ? Détrompez-vous. Certes, Hervé doit être attentif à vivre pleinement sa vie conjugale, familiale et professionnelle, mais lui et Marik savent qu’ils se sont mis au service du Seigneur, que le ministère d’Hervé est pour la vie et que servir le Seigneur implique toujours un moment où on se dessaisit de sa propre vie et où on dit au Seigneur : « Seigneur, que veux-tu que je fasse. Seigneur, non pas ma volonté mais la tienne ». Le diaconat permanent n’est pas la légion d’honneur du militant ou du paroissien engagé. Il est don de tout soi-même au Seigneur pour un service de son peuple. Finalement, nous découvrons qu’il n’y a pas de ministère apostolique sans une véritable remise de sa vie entre les mains du Seigneur, une remise que l’on a toujours à réactualiser dans la confiance et dans la joie du don de soi.

ÊTRE APÔTRE, C’EST SERVIR ET AIMER UN PEUPLE

Si le Seigneur met à part celui qu’il appelle à le suivre, ce n’est pas pour le garder jalousement pour lui, c’est pour l’envoyer au service de son peuple, c’est pour l’associer plus profondément encore à son action de Pasteur et de Serviteur.  Les apôtres Pierre et Paul viennent d’ailleurs nous révéler que, plus nous nous approchons du cœur de Dieu, plus nous sommes proches du cœur des hommes. Plus la consécration est forte, plus la proximité va être profonde. Rien n’est pire que d’en rester à mi-chemin : se préserver et ne pas vraiment se donner ni au Seigneur ni aux autres. Pierre et Paul ont été totalement donnés aux communautés qu’ils ont servies. Ils les ont vraiment aimées dans le Seigneur. Au cœur de leur ministère d’apôtre, nous ressentons combien est forte leur charité pastorale, combien est vive leur attention à chacun. Ils exercent une véritable paternité ou maternité spirituelle. Saint Paul ne dit-il pas aux Thessaloniciens : « Nous avons été au milieu de vous, comme une mère réchauffe sur son sein les enfants qu’elle nourrit. Nous avions pour vous une telle affection que nous étions prêts à vous donner non seulement l’Evangile de Dieu, mais même notre propre vie, tant vous nous étiez devenus chers » (1 Th 2, 7-8) ? On sent chez Pierre également une grande affection pour ceux qu’il nomme dans son épître ses « bien-aimés » (1 Pi 2, 11 ; 4, 12). Je relisais récemment sa première épître et j’étais  frappé de voir avec quelle attention et quelle délicatesse l’apôtre guide ceux à qui il s’adresse dans la découverte de toutes les harmoniques de l’expérience chrétienne.  Oui, être apôtre, c’est vraiment apprendre au jour le jour à servir et à aimer ce peuple auquel on est envoyé. C’est justement par ce service et par cet amour que le Seigneur vient révéler à son peuple sa tendresse et sa miséricorde. Que le Seigneur nous donne de grandir dans l’amour de son peuple, et tout particulièrement l’amour des pauvres, des cœurs blessés, des malades et de tous ceux qui sont loin.

ÊTRE APÔTRE, C’EST VIVRE FRATERNELLEMENT NOTRE MINISTERE

Pierre et Paul n’ont pas été des solitaires. Ils ont eu des compagnons de route. Ce n’est pas pour rien d’ailleurs que le Seigneur a envoyé en mission ses disciples deux par deux. Partager avec d’autres l’exercice du ministère apostolique permet de ne pas se prendre pour l’origine ou le centre de la mission. Vivre cette fraternité apostolique renvoie plus facilement à un autre, le Christ, qui est le vrai maître de la moisson. La tentation dans le ministère apostolique, c’est de parfois vouloir le vivre tout seul, sans grande relation avec les autres, que ce soit dans le Presbyterium ou dans le cadre de la Fraternité diaconale. Lors d’une allocution aux prêtres dans la cathédrale de Cassano, en Calabre, le 21 juin dernier, le pape François disait : « La deuxième chose que je voudrais partager avec vous est la beauté de la fraternité: d’être prêtres ensemble, de suivre le Seigneur non pas seul, non pas un par un, mais ensemble, même dans la grande variété des dons et des personnalités; c’est même précisément cela qui enrichit le sacerdoce, cette variété de provenance, d’âge, de talents... Et le tout vécu dans la communion, dans la fraternité.

Cela non plus n’est pas facile, ce n’est pas immédiat, ni automatique. Avant tout parce que nous aussi, prêtres, sommes plongés dans la culture subjectiviste d’aujourd’hui, cette culture qui exalte le moi jusqu’à l’idolâtrie. Puis à cause d’un certain individualisme pastoral qui est malheureusement répandu dans nos diocèses. C’est pourquoi nous devons réagir à cela par le choix de la fraternité. Je parle intentionnellement de «choix». Ce ne peut être uniquement une chose laissée au hasard, aux circonstances favorables... Non, c’est un choix, qui correspond à la réalité qui nous constitue, au don que nous avons reçu mais qui doit toujours être écouté et cultivé: la communion dans le Christ dans le presbytérat, autour de l’évêque. Cette communion demande à être vécue en cherchant des formes concrètes adaptées aux temps et à la réalité du territoire, mais toujours dans une perspective apostolique, avec un style missionnaire, avec fraternité et simplicité de vie ». Au cours de cette ordination, demandons au Seigneur de faire grandir en nous ce choix de la fraternité.

Frères et sœurs, vivre le ministère apostolique est une véritable aventure spirituelle. Les ordinands, qui se présentent ce soir, viennent nous rappeler que Dieu appelle aujourd’hui comme hier. Certains parmi vous s’interrogent. Si vous sentez que Dieu peut-être vous appelle à devenir prêtre ou à devenir diacre, n’ayez pas peur d’avancer vers lui. Il vous donnera sa lumière pour éclairer votre route et sa force pour avoir le courage de faire les choix que cet appel entraînera. Dites-vous que le Seigneur vous accompagnera, vous soutiendra et vous donnera sa joie. Amen.

 

† Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux

Évêque de Bazas

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