Trois cailloux dans la poche pour la nouvelle année

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Homélie de la messe de sainte Marie, mère de Dieu, prononcée par Mgr Jean-Pierre Ricard, au carmel de Talence, le 31 décembre 2013.

Je vous propose d’entrer dans cette nouvelle année qui s’ouvre devant nous avec trois mots de l’Évangile d’aujourd’hui, trois verbes qui sont comme autant d’invitations que le Seigneur nous adresse aujourd’hui : se souvenir, louer Dieu et témoigner.

 

1) Tout d’abord : se souvenir

 

« Marie retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur ».Marie se souvient de tout ce qui lui a été donné de vivre depuis l’annonciation par l’ange Gabriel : la visitation, la descente à Bethléem, la naissance de Jésus, l’adoration des bergers. Elle médite tous ces événements, toutes ces paroles qui lui ont été dites. Elle pénètre leur signification profonde. Elle entre, émerveillée, dans la compréhension du dessein de Dieu. Son magnificat est déjà un fruit de cette méditation.

La Vierge nous invite à faire comme elle et à entrer dans une compréhension de plus en plus émerveillée du don de Dieu, ce don qui va, comme le dit un cantique de Noël : « de la crèche au crucifiement »,  du nouveau-né emmailloté dans une mangeoire à celui qui donne sa vie pour ses amis. De l’enfant de la crèche à l’eucharistie, c’est le même visage de l’amour qui nous est manifesté. Nous avons à revenir sans cesse à ces événements fondateurs, non pas pour cultiver nostalgiquement le passé mais pour nourrir notre foi. Toute la révélation biblique est tissée par cette relecture, par cette mémoire vivante. Jésus lui-même n’a-t-il pas dit à ses disciples lors du dernier repas : « Vous ferez cela en mémoire de moi » (cf. 1 Cor 1, 25) ? A travers cette mémoire, c’est l’acte sauveur de Dieu qui nous rejoint, nous, aujourd’hui, c’est la force transformante de son amour qui s’offre à nous aujourd’hui. Cette année, ayons à cœur de renouveler notre amour de l’Écriture, notre méditation des merveilles de Dieu pour nous, notre participation à l’Eucharistie, notre accueil de celui qui frappe à notre porte, le Christ ressuscité, celui qui nous dit dans l’Apocalypse de Jean : « Voici que je suis à la porte et je frappe. Chez celui qui entend ma voix et qui m’ouvre, j’entrerai et nous mangerons en tête-à-tête, lui avec moi et moi avec lui » (Ap. 3, 20)

 

2) Ensuite : louer Dieu

 

Luc nous dit : «Les bergers repartirent et louaient Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu selon ce qui leur avait été annoncé ». Les bergers ont été touchés par cet amour de Dieu qui les a rejoints dans cette nuit de Noël. Ces hommes dont beaucoup étaient considérés comme des gens pas toujours recommandables, à la moralité et à l’honnêteté douteuses et assez peu observants sur le plan religieux sont conduits à la crèche et découvrent cet enfant qui vient leur dire l’amour du Père pour tous les hommes. Déjà s’annonce ce qui sera si présent dans le ministère public de Jésus : sa communion de table avec les pécheurs. Se sentant aimés, ils rendent grâce à Dieu pour cet amour. Touchés par la grâce de Dieu, à leur tour, ils rendent à Dieu sa grâce. Et ils la lui rendent gracieusement, gratuitement, par un mouvement spontané de leur cœur. L’action de grâce est gratuite. Rien ne vous y oblige. Personne n’est obligé de dire merci, sauf bien sûr les lois de politesse ! La prière de demande peut être intéressée, mais la prière d’action de grâce est plus gratuite. Rappelez-vous cette scène de l’Évangile où dix lépreux ont été guéris par Jésus. Un seul est venu dire merci et c’était un samaritain. « Prenant la parole, nous dit saint Luc, Jésus dit: "Est-ce que les dix n'ont pas été purifiés? Les neuf autres, où sont-ils? Il ne s'est trouvé, pour revenir rendre gloire à Dieu, que cet étranger!" Et il lui dit: "Relève-toi, va; ta foi t'a sauvé. » (cf.Lc 17, 17-19).

Que cette nouvelle année nous fasse entrer plus avant dans la louange, dans ce retournement du cœur où on prend du temps pour contempler Dieu

Dans cet Évangile de Noël, beaucoup louent Dieu et rendent grâce : Zacharie, Élisabeth, Marie, les bergers, le vieillard Syméon, la prophétesse Anne. Tous sont touchés au plus profond d’eux-mêmes par cet amour qui les rejoint, par cet acte de salut que Dieu manifeste pour son peuple. Mais la louange vient les décentrer d’eux-mêmes. Ils se tournent vers Dieu et le contemplent émerveillés. Que cette nouvelle année nous fasse entrer plus avant dans la louange, dans ce retournement du cœur où on prend du temps pour contempler Dieu, pour lui dire qu’on l’aime et qu’on veut le servir.

 

3) Enfin : témoigner

 

Les bergers « racontèrent ce qui leur avait été annoncé au sujet de cet enfant ». Ils vont parler de « tout ce qu’ils avaient entendu et vu selon ce qui leur avait été annoncé ». Ils ne peuvent garder pour eux ce qui les a bouleversés. Ils sont les premiers évangélistes. Cette première évangélisation n’est pas du prosélytisme. Elle n’est pas liée à une volonté d’imposer aux autres ses idées ou ses propres convictions. Elle vient du cœur. Elle est une invitation à partager une joie, à entrer librement dans l’expérience du salut. Elle est un témoignage.

Nous sommes invités, nous aussi, à être les témoins de ce Dieu qui, en Jésus Christ, vient sauver les hommes. Nous ne sommes pas les témoins d’idées abstraites, ni même de valeurs. Nous sommes invités à témoigner d’une expérience, l’expérience chrétienne, à savoir comment se transforme une existence quand, au jour le jour, elle s’ouvre à l’amour du Seigneur pour elle. Notre témoignage ne nous place pas en position de supériorité, sur un piédestal où nous nous poserions en exemple. Nous savons que nous restons faibles et pécheurs. Mais nous témoignons que Dieu met à l’œuvre dans nos vies une force vitale, une puissance de transformation qui nous renouvelle au plus profond. Nous avons à dire comme le prophète Isaïe : « Voilà ce que fait l’amour invincible du Seigneur de l’Univers » (Is. 9, 6).

Nous avons à témoigner du Christ, chacun personnellement, mais aussi en Église. Dans son message pour la Journée de la paix 2014, le pape François rappelle combien le témoignage de la fraternité est important pour signifier cette puissance transformante de Dieu à l’œuvre dans le cœur des hommes. Il écrit : « La racine de la fraternité est contenue dans la paternité de Dieu…Il s’agit d’une paternité efficacement génératrice de fraternité, parce que l’amour de Dieu, quand il est accueilli, devient le plus formidable agent de transformation de l’existence et des relations avec l’autre, ouvrant les hommes à la solidarité et au partage agissant » (n° 3). Cette année, notre projet missionnaire diocésain, qui est entré dans sa dernière étape, devrait nous aider à entrer plus avant encore dans cette dynamique missionnaire, dans cette exigence vitale du témoignage et de l’évangélisation.

Je crois qu’avec ces trois cailloux en poche : mémoire, louange et témoignage, nous ne nous perdrons pas en cours de route tout au long de cette nouvelle année. Ils seront comme la boussole qui guidera sûrement notre marche. Alors, avec ces points de repère donnés par l’Évangile, bonne et sainte année à tous. Amen.

 

†  Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux.
 

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