“ Soyons témoins et serviteurs de la Miséricorde ! ”

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Homélie de la célébration d'entrée dans l'année de la Miséricorde, prononcée par le cardinal Jean-Pierre Ricard en la cathédrale Saint-André de Bordeaux, dimanche 13 décembre 2015.

Chers frères et sœurs dans le Christ,

Le rituel d’une année jubilaire comporte le passage par une porte que l’on qualifie de « porte sainte ». Que signifie un tel passage ? Nous pressentons qu’il ne s’agit pas simplement de franchir un seuil pour entrer dans une église puis en sortir. Cette démarche a une signification symbolique, spirituelle. De fait, elle prend tout son sens quand nous lisons dans l’évangile de Saint Jean que Jésus, lui-même, s’identifie à la porte : « Amen, amen, je vous le dis : Moi, je suis la porte des brebis…Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer ; il pourra sortir et trouver un pâturage…Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance » (Jn 10, 7, 9-10). Méditant sur ces paroles de Jésus, il m’est apparu que cette porte à laquelle il s’identifiait, c’était son propre cœur, un cœur ouvert sur le cœur du Père et un cœur ouvert sur le cœur et sur la vie des hommes.

 

Un cœur ouvert sur le cœur du Père

Vous vous rappelez de cette réponse de Jésus à Philippe : « Philippe, …Qui m’a vu a vu le Père » (Jn 14, 8). En regardant Jésus, nous découvrons le vrai visage du Père. Jésus, qui frémit aux plus profond de lui-même (littéralement, touché aux entrailles), à la vue des foules harassées et prostrées comme des brebis sans berger, Jésus, qui est bouleversé par la détresse et la souffrance des hommes, vient nous révéler le visage d’un Père, miséricordieux et compatissant. Son cœur est une porte ouverte sur le cœur du Père. Notre Dieu n’est pas un Dieu indifférent ou lointain, mais un Père qui a des entrailles de mère. Il vient à la rencontre de l’homme, se laisse toucher par lui et veut lui communiquer sa vie. Il est ce père de la parabole, qui court au devant du fils prodigue qui revient vers lui. Il est ce bon berger, qui part à la recherche de la brebis qui s’est égarée. Il est celui qui offre gratuitement son pardon, nous ouvre un avenir et nous donne son amitié. Profitons de cette année de la miséricorde pour nous approcher avec le Christ du cœur du Père, pour accueillir son amour, dans la prière, la lecture de l’Écriture, la célébration du sacrement de pénitence ou de l’eucharistie. Comme le dit le prophète Isaïe : « C’est une année de grâce accordée par le Seigneur » (Is. 61, 2). Oui, Dieu vient à notre rencontre. Il nous ouvre ses bras et nous communique son amour. Accueillons sa miséricorde.

Un cœur ouvert sur le cœur et la vie des hommes

Mais on ne peut s’approcher du cœur du Christ, découvrir l’amour du Père pour tous les hommes, sans qu’il nous tourne vers ces hommes qu’il aime. Le pape François écrit : « Quand nous nous arrêtons devant Jésus crucifié, nous reconnaissons tout son amour qui nous rend dignes et nous soutient, mais, en même temps, si nous ne sommes pas aveugles, nous commençons à percevoir que ce regard de Jésus s’élargit et se dirige, plein d’affection et d’ardeur, vers tout son peuple. Ainsi nous redécouvrons qu’il veut se servir de nous pour devenir toujours plus proche de son peuple aimé » (Evangelii gaudium, n° 268). Le cœur du Christ est cette porte qui ouvre sur le cœur et la vie des hommes. C’est au sein de cette vie quotidienne que le Christ nous invite à être miséricordieux comme le Père : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (Lc 6, 36).

Soyons témoins et serviteurs de la miséricorde.

Nous sommes appelés à être témoins et serviteurs de cette miséricorde. Tout d’abord témoins de cette compassion, de cette tendresse de Dieu. A une époque, où un certain nombre de nos contemporains ont peur d’une violence liée aux religions, il est vital de révéler le vrai visage de Dieu, d’un Dieu qui se veut l’ami de l’homme, l’ami de tous les hommes. Il y a aussi aujourd’hui un grand besoin d’être aimé, de sentir que l’on compte pour quelqu’un, d’être accueilli tel que l’on est. Inviter à s’approcher de Dieu miséricordieux peut être l’occasion pour beaucoup de vivre une rencontre avec Dieu qui va bouleverser leur vie. Soyons témoins de la miséricorde !

“Le cœur du Christ est cette porte qui ouvre sur le cœur et la vie des hommes”

 

Mais, soyons-en aussi les serviteurs. Il y a de multiples façons de donner visage à la miséricorde de Dieu. Le pape François parle des « œuvres de la miséricorde ». Il en détaille quatorze facettes. Parmi celles-ci : accueillir les étrangers, visiter les malades, consoler les affligés, soutenir dans la foi, prier pour les autres, pardonner à un proche qui nous a blessés ou fait du tort.

Tout au long de cette année jubilaire, bien des démarches vous seront proposées pour vivre dans la dynamique de cette miséricorde. Un petit fascicule vous sera distribué qui vous donnera de multiples suggestions pour entrer dans ce Jubilé de la Miséricorde. Des pèlerinages seront possibles pour franchir la porte sainte, ici, à la cathédrale, à la basilique Notre-Dame de Verdelais, à l’église Notre-Dame de Talence, à l’église Saint Jean-Baptiste de Libourne, à la basilique Notre-Dame de la Fin-des-Terres de Soulac et à l’ermitage Lamourous, au Pian-Médoc, où on garde le souvenir de Marie-Thérèse Charlotte de Lamourous, fondatrice des Sœurs de la Miséricorde de Bordeaux. Faire une démarche spirituelle dans un de ces lieux, c’est s’approcher du cœur du Christ pour qu’il convertisse nos cœurs et les rende semblables au sien. Que le Seigneur change nos cœurs de pierre en cœurs de chair, bienveillants et compatissants. C’est d’ailleurs ce que Saint Paul demande aux chrétiens de Colosses: « Puisque vous êtes élus, sanctifiés, aimés par Dieu, revêtez donc des sentiments de compassion, de bienveillance, d’humilité, de douceur, de patience. Supportez-vous les uns les autres, et si l’un a un grief contre l’autre, pardonnez-vous mutuellement ; comme le Seigneur vous a pardonné, faites de même, vous aussi. Et par-dessus tout, revêtez l’amour : c’est le lien parfait » (Col. 3, 12-14).

“Quel plus beau symbole pour une marche synodale que de franchir la porte pour sortir et aller à la rencontre des hommes et des femmes de notre temps ?”

Vivons pleinement cette Année de la Miséricorde. Le pape François nous y invite avec la flamme qui est la sienne : « Qu’en cette Année Jubilaire l’Eglise fasse écho à la Parole de Dieu qui résonne, forte et convaincante, comme une parole et un geste de pardon, de soutien, d’aide, d’amour. Qu’elle ne se lasse jamais d’offrir la miséricorde et soit toujours patiente pour encourager et pardonner. Que l’Eglise se fasse la voix de tout homme et de toute femme, et répète avec confiance et sans relâche : « Rappelle-toi, Seigneur, ta tendresse, ton amour qui est de toujours » (Ps 25, 6) » (Bulle d’indiction, n° 25).

 

Un synode diocésain pour donner un visage ecclésial à cette miséricorde

C’est pour que cette année de la miséricorde ne soit pas une parenthèse, aussi vite refermée qu’elle a été ouverte, mais bien un tremplin pour notre vie ecclésiale que j’ai pris la décision de convoquer un synode diocésain. Celui-ci se tiendra en janvier 2018 et sera préparé pendant deux ans (en 2016 et 2017). L’objectif de ce synode concerne la vie et la mission de nos communautés chrétiennes. La question posée est celle-ci : comment nos communautés sont-elles des lieux de ressourcement où on se laisse toucher par la miséricorde de Dieu, des lieux de formation où on apprend à en témoigner, où on apprend à être disciples et à être missionnaires, des lieux où on donne un visage à la miséricorde par l’expérience d’une véritable fraternité ? Pour que notre Église soit plus vivante, plus fidèle à la mission que le Seigneur lui confie, Il y a dans sa vie, dans son animation et dans son organisation, des choses à changer, d’autres à soutenir, d’autres encore à impulser. Nous avons besoin de faire ensemble cette révision de vie ecclésiale, de vivre ensemble ce temps de discernement spirituel et pastoral. Tous les baptisés sont invités à participer à cette démarche car tous ont quelque chose à dire, à apporter, à suggérer. Nous avons aussi beaucoup à partager les uns avec les autres. Le mot « synode » exprime d’ailleurs bien cette conviction. Etymologiquement, il signifie « marcher ensemble », « prendre ensemble le même chemin ».

Des propositions vous seront faites dans quelques semaines par l’équipe synodale et le conseil synodal pour commencer cette réflexion et ce partage, mais aujourd’hui s’ouvre officiellement notre démarche synodale. Et quel plus beau symbole pour une marche synodale que de franchir la porte pour sortir et aller à la rencontre des hommes et des femmes de notre temps ? Le Seigneur nous envoie en mission. Il nous précède et c’est là qu’il nous attend. Amen.

 

+ Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux

Évêque de Bazas

 

 

 

 

 

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