“ Soyons aujourd’hui solidement attachés au Christ ”

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Homélie du cardinal Jean-Pierre Ricard, prononcée lors de la messe chrismale, le Lundi saint 21 mars 2016, en la cathédrale Saint-André à Bordeaux.

Chers frères et sœurs,

Je suis frappé de l’importance des mains de Jésus dans l’évangile. Ce sont des mains qui accueillent, qui touchent, qui bénissent, qui relèvent, qui guérissent, qui pardonnent. Ce sont des mains qui partagent le pain et font circuler la coupe. Ce sont ces mains, clouées sur la croix, qui porteront les marques de la passion. Ces mains, qui touchent les corps, veulent exprimer cette miséricorde de Dieu qui vient à la rencontre de l’homme et s’offre à lui. Elles sont le signe très concret de cette tendresse de Dieu qui guérit, qui libère, qui éclaire, qui fortifie et met au large. Je pense à cette parole que Jésus adresse au possédé qu’il a guéri : « Va dans ta maison auprès des tiens et rapporte-leur tout ce que le Seigneur a fait pour toi dans sa miséricorde » (Mc 5, 19). Oui, Jésus réalise ainsi la mission qu’il avait annoncée en ouvrant le livre du prophète Isaïe : « annoncer la bonne nouvelle aux humbles, guérir ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs leur délivrance…. et annoncer une année de bienfaits accordée par le Seigneur » (Is. 61, 1-2).

 

 

Ce ministère de Jésus se poursuit et s’actualise aujourd’hui par le ministère de l’Église. À travers les mains de ces serviteurs qu’il envoie, le Christ Ressuscité, vient signifier à chacun sa présence et communiquer la force de son amour. Les onctions d’huile qui touchent les corps viennent manifester la tendresse du Christ qui veut nous faire vivre du souffle de son Esprit. Lui, qui a reçu l’onction du Seigneur Dieu, il veut répandre sur tous l’huile de joie. Cette « huile de joie » dont parle Isaïe prend visage ce soir à travers ces huiles qui sont bénies au cours de cette messe chrismale.

Sommes-nous vecteurs ou écrans ? Ouvrons-nous aux hommes l’accès à Dieu ou la cachons-nous ?

À travers l’huile des catéchumènes, le Seigneur vient révéler sa présence à ceux qui se sont mis en route vers le baptême. Il leur dit que c’est lui qui est venu les chercher, qui leur a fait signe, qui a mis dans leur cœur ce désir de Dieu. Au moment où ces catéchumènes découvrent l’Evangile et ses exigences, le Seigneur, à travers l’onction d’huile, veut leur dire, qu’ils ne sont pas tout seuls, livrés à leur seules forces, mais qu’ils pourront compter sur la force du Saint Esprit. Dieu nous équipe toujours pour le combat spirituel !

À travers l’huile des malades, le Seigneur vient à la rencontre de tous ceux et celles qui sont déstabilisés ou inquiétés par une sérieuse épreuve de santé ou par une maladie grave. Par le geste de l’imposition des mains et l’onction d’huile, le Christ leur révèle sa présence, leur dit qu’ils ne sont pas abandonnés et qu’ils peuvent remettre leur vie avec confiance entre les mains aimantes du Père. Comme dit Saint Paul : « Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu » (Rm 8, 28).

À travers le Saint Chrême, cette huile mélangée avec un parfum précieux, le Seigneur communique à tous ceux qui sont baptisés puis confirmés le souffle de son Esprit. Cette onction, qui nous fait participer à l’onction même du Christ, nous invite chacun à être un membre actif du corps du Christ, à être un témoin du Seigneur. L’onction avec l’huile parfumée nous appelle à faire sentir autour de nous la bonne odeur du Christ, le parfum de l’Évangile. Saint Paul n’écrit-il pas aux Corinthiens : « Grâce soit à Dieu qui, par le Christ, nous emmène en tout temps dans son triomphe et qui par nous, répand en tout lieu le parfum de sa connaissance. De fait, nous sommes pour Dieu la bonne odeur du Christ » (2 Cor. 2, 14-15) ? Comme baptisés, nous sommes invités à rendre visible pour le monde le Dieu vivant, à en témoigner et à conduire à lui. Sommes-nous vecteurs ou écrans ? Ouvrons-nous aux hommes l’accès à Dieu ou la cachons-nous ? Les baptisés ont-ils suffisamment conscience de leur mission ? N’avons-nous pas pendant cette semaine sainte  à nous laisser renouveler par le Seigneur dans la conscience de cette mission ?

Prêtres et évêques, nous avons reçu le jour de notre ordination, après l’imposition des mains et la prière consécratoire, une onction avec le Saint-Chrême, onction des mains pour le prêtre, onction de la tête pour l’évêque. Au moment de notre ordination sacerdotale, il nous a été dit : « Que le Seigneur Jésus Christ, lui que le Père a consacré par l’Esprit Saint et rempli de puissance vous fortifie pour sanctifier le peuple chrétien et pour offrir à Dieu le sacrifice eucharistique ». Et lors de l’ordination épiscopale, il a été dit à l’évêque : « Dieu lui-même vous a associé au Christ souverain prêtre : Qu’il vous pénètre de sa grâce comme d’une onction spirituelle et rende fécond votre ministère par la bénédiction de l’Esprit Saint ». Ces deux prières nous rappellent que c’est dans le Christ seul que se trouve la fécondité de notre ministère. Celle-ci ne repose pas sur nos seules qualités, nos idées, nos projets, nos actions, nos stratégies pastorales mais sur notre disponibilité à laisser le Seigneur agir en nous et par nous. Cela appelle une vraie vie de prière et une consécration de notre cœur et de toute notre vie au Seigneur. C’est bien la question qui nous sera posée tout à l’heure dans la rénovation des promesses sacerdotales quand je vous demanderai, chers frères prêtres : « Voulez-vous vivre toujours plus unis au Seigneur Jésus et chercher à lui ressembler, en renonçant à vous-mêmes, en étant fidèles aux engagements attachés à la charge ministérielle que vous avez reçue par amour du Christ et pour le service de son Église, au jour de votre ordination sacerdotale ? ». Quand au cœur de chaque eucharistie nos mains tiennent le corps du Christ et la coupe du salut, nous savons bien que le Seigneur lui-même nous invite à vivre notre vie comme une vie donnée, livrée, en communion profonde avec lui qui se donne et se livre lui-même pour le salut de la multitude.

Chers frères diacres, vous qui avez été ordonnés pour le service, rappelez-nous que servir le Christ Serviteur nous demande d’aimer ce peuple auquel il nous envoie, d’ accueillir et d’écouter chacun, dans la singularité de sa vie et de son histoire, même ceux qui nous irritent, nous fatiguent ou nous déconcertent. N’oublions pas que l’accueil des gens ennuyeux ou désagréables est une des œuvres de miséricorde !

Frères et sœurs, soyons aujourd’hui solidement attachés au Christ. La barque de l’Eglise, ces derniers jours, a été violemment secouée. Il peut y avoir aussi des tempêtes médiatiques ! Nous sommes appelés à vivre dans une toujours plus grande vérité. Si des personnes ont été victimes de comportements coupables de prêtres ou d’agents pastoraux, elles doivent se sentir accueillies et écoutées et les responsables sanctionnés. La Conférence épiscopale s’est donnée des points de repère extrêmement clairs en ce domaine. Mais le discrédit, liés aux comportements de quelques-uns, ne doit pas rejaillir sur l’ensemble des prêtres à qui je dis, ce soir, mon estime et, en votre nom, notre reconnaissance pour leur disponibilité et l’engagement de leur vie au service du peuple de Dieu.

Il est sans doute dans la nature de la barque ecclésiale d’affronter à certains jours la violence des flots. N’oublions pourtant pas que le Christ ressuscité est avec nous et qu’il nous dit comme aux disciples autrefois : « Hommes de peu de foi, pourquoi avez-vous peur ? »  (Mt 8, 26). La bénédiction des huiles à laquelle nous allons procéder maintenant  vient nous redire la présence du Seigneur parmi nous. Oui, le Ressuscité nous donne son Esprit. Il nous communique son Amour. Comme dit Saint Paul : « Si Dieu est pour nous qui sera contre nous ? » (Rm 8, 31). Que nos cœurs, ce soir, s’établissent dans la confiance et l’action de grâce ! Amen.

+ Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux

Évêque de Bazas

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