“ Soyez des témoins de la joie, de la fraternité, de la miséricorde de Dieu ”

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Homélie du cardinal Jean-Pierre Ricard prononcée lors de la messe de clôture de l'Année de la Vie consacrée, le 2 février 2016, en la cathédrale Saint-André de Bordeaux.

Chers frères et sœurs,

Nous avons acclamé le Christ, celui qui est la lumière des nations et la gloire d’Israël son peuple. Et nous savons bien que c’est tout baptisé qui doit rayonner cette lumière autour de lui. Pourtant, vous les consacrés, qui avaient entendu cet appel à témoigner de l’Évangile par un choix radical de vie, vous êtes invités à témoigner du Seigneur et de sa présence d’une manière tout à fait particulière et originale.

Permettez-moi ce soir, en m’appuyant sur le témoignage qui doit être le vôtre, de vous lancer, à la suite du pape François, un triple appel :

Soyez des témoins de la joie

Nous sommes dans un monde dur, violent, où l’angoisse, l’inquiétude pour le lendemain, la peur du terrorisme sont des réalités marquantes. Pour beaucoup de nos contemporains, la joie n’est pas toujours au rendez-vous. Or, un des signes que le Ressuscité est présent, c’est qu’il communique sa joie. La joie est bien un don de Dieu : « Je vous ai dit cela, dit Jésus, pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite » (Jn 15, 11). Le Christ manifeste sa présence dans le croyant par cette joie : « vous êtes maintenant dans l’affliction ; mais je vous verrai à nouveau, votre cœur alors se réjouira et cette joie nul ne vous la ravira » (Jn 16, 22). Cette joie selon l’Évangile n’est ni l’euphorie ni l’optimisme facile. Elle n’est ni une question de tempérament ni le signe d’une nature heureuse mais un fruit de l’Esprit Saint. Elle résulte de cette expérience que nous faisons dans la foi d’être aimés par Dieu, appelés par le Christ à être ses disciples, ses témoins, ses amis. La joie est un fruit de cette amitié. Cette joie se renouvelle tout au long de notre existence dans l’expérience que nous faisons du compagnonnage du Christ, de la fidélité de sa présence, de son aide, de son pardon. Beaucoup d’hommes et de femmes, d’enfants et de jeunes sont à la recherche d’un sens à donner à leur vie. Où trouver une boussole pour s’orienter dans l’existence ? Cette boussole, vous l’avez, frères et sœurs, c’est la joie, une joie qui conduit  mystérieusement à sa source, c’est-à-dire au Christ. N’hésitez pas à rayonner cette joie par toute votre vie. Le pape François écrit dans sa Lettre à tous les consacrés : « 1. Que soit toujours vrai ce que j’ai dit un jour : « Là où il y a les religieux il y a la joie ». Que nous soyons appelés à expérimenter et à montrer que Dieu est capable de combler notre cœur et de nous rendre heureux, sans avoir besoin de chercher ailleurs notre bonheur ; que l’authentique fraternité vécue dans nos communautés alimente notre joie ; que notre don total dans le service de l’Église, des familles, des jeunes, des personnes âgées, des pauvres, nous réalise comme personnes et donne plénitude à notre vie.

Que ne se voient pas parmi nous des visages tristes, des personnes mécontentes et insatisfaites, parce qu’« une sequela triste est une triste sequela ». Nous aussi, comme tous les autres hommes et femmes, nous avons des difficultés : nuits de l’esprit, déceptions, maladies, déclin des forces dû à la vieillesse. C’est précisément en cela que nous devrions trouver la « joie parfaite », apprendre à reconnaître le visage du Christ qui s’est fait en tout semblable à nous, et donc éprouver la joie de nous savoir semblables à lui qui, par amour  pour nous, n’a pas refusé de subir la croix »(II, 1). Demandons au Seigneur cette grâce d’être habités par la joie pour pouvoir la rayonner autour de nous.

Soyez des témoins de la fraternité chrétienne

C’est la révélation de la paternité de Dieu qui nous fait découvrir que nous sommes frères les uns des autres et appelés à vivre une véritable fraternité, c’est-à-dire un sens de l’autre, un accueil de l’autre, une communion avec l’autre et les autres. Nous sommes dans une société où on choisit ses relations, ses réseaux, ses amis. Or, dans la vie communautaire, on ne se choisit pas mais on s’accueille les uns les autres comme des frères et sœurs qui nous sont donnés par le Seigneur. Il est important que la vie consacrée, et tout particulièrement la vie religieuse, donne le témoignage de ce qu’est une fraternité en acte. Cela appelle une qualité de cœur, une vigilance, et à certains jours aussi un combat spirituel, car ce n’est pas si facile que cela de donner sa confiance fraternelle à des personnes dont nous avons du mal parfois à accueillir les différences. Cela demande de la bienveillance, de la retenue, pour éviter tout ce qui peut miner de l’intérieur une vie communautaire. Ecoutons ce que dit le pape François : « je ne cesse pas de répéter que les critiques, les bavardages, les envies, les jalousies, les antagonismes, sont des attitudes qui n’ont pas le droit d’habiter dans nos maisons. Mais, ceci étant dit, le chemin de la charité qui s’ouvre devant nous est presque infini, parce qu’il s’agit de poursuivre l’accueil et l’attention réciproque, de pratiquer la communion des biens matériels et spirituels, la correction fraternelle, le respect des personnes les plus faibles… C’est « la ‘mystique’ du vivre ensemble », qui fait de notre vie un « saint pèlerinage »[6] » (II, 3). Les communautés religieuses deviennent de plus en plus internationales et le témoignage de la fraternité assume cette dimension par l’accueil fraternel de cultures, d’enracinements humains et de sensibilités religieuses différents. Le pape François écrit : « Dans une société de l’affrontement, de la cohabitation difficile entre des cultures différentes, du mépris des plus faibles, des inégalités, nous sommes appelés à offrir un modèle concret de communauté qui, à travers la reconnaissance de la dignité de chaque personne et du partage du don dont chacun est porteur, permette de vivre des relations fraternelles » (Lettre aux consacrés, I, 2).

Notre Église et notre monde ont besoin du témoignage de votre fraternité tant dans sa dimension personnelle et que dans sa dimension communautaire. La fraternité rayonne, attire, fait signe. Et le pape François, à la suite de Benoît XVI rappelle que l’Évangile se diffuse plus par attraction que par prosélytisme. La fraternité est le premier évangile et le plus crédible que nous puissions raconter. Soyons des êtres de communion et de fraternité !

Soyez des témoins de la miséricorde de Dieu

Si nous suivons le Christ, il nous fera sortir avec lui à la rencontre des hommes, des femmes, des pauvres, qui souffrent, cherchent, questionnent et espèrent. Le Christ nous invite à vivre un compagnonnage dans le quotidien, une proximité, une écoute. Il nous appelle à donner visage, par tout ce que nous sommes, disons et faisons, à la miséricorde de Dieu. Le pape François nous lance cet appel fort : « Vous êtes un levain qui peut produire un pain bon pour beaucoup de monde, ce  pain dont on a tant faim : l'écoute des besoins, des désirs, des désillusions et de l'espérance. Comme ceux qui vous ont précédés dans votre vocation, vous pouvez redonner espérance aux jeunes, aider les aînés, ouvrir la voie du futur, répandre l'amour en tous lieux et situations. S'il n'en est pas ainsi, si votre vie ordinaire ne témoigne pas et n'est pas prophétique, alors, je vous le répète, la conversion est urgente ! » (Discours, 10 mai 2014). Que le Seigneur nous donne cet œil qui sait voir, cette oreille qui sait écouter, ce cœur compatissant qui sait aimer !

S’il y en a une qui peut intercéder pour nous sur ce chemin de la joie, de la fraternité et de la miséricorde, c’est bien la Vierge Marie. Confions-lui ce soir, nos communautés, nos congrégations, nos instituts, nos familles spirituelles. Qu’elle nous aide tous et toutes à accueillir et à rayonner la joie de l’Évangile. Amen.

 

+ Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux

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