Serviteur du Christ et intendant des mystères de Dieu

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Homélie de l’ordination épiscopale de Mgr Laurent Dognin en la cathédrale Saint André de Bordeaux, le dimanche 27 février 2011.

« Il faut que l’on nous regarde seulement comme les serviteurs du Christ et les intendants des mystères de Dieu ». Cette affirmation de Paul, chers frères et sœurs dans le Christ, a une résonance toute particulière ce soir, au cœur de cette ordination épiscopale. L’apôtre vient nous rappeler deux choses fondamentales : que le Christ a besoin des hommes pour communiquer à tous son salut et que ces hommes sont serviteurs d’une action qui les dépasse, qui vient de plus loin qu’eux, qui est celle même de Dieu.

 


Ordonné sous l’Evangile

C’est le Christ lui-même qui a suscité le ministère apostolique. Comme dit Saint Marc, il appelle les Douze : « pour être avec lui et pour les envoyer prêcher avec pouvoir de chasser les démons (Mc 3, 14). Il va leur confier, à eux et à leurs successeurs, les évêques, avec leurs collaborateurs les prêtres et les diacres, ce qu’il a de plus précieux, l’Evangile comme Parole vivante de Dieu et puissance de transformation intérieure des êtres. Tout à l’heure, Laurent, avant la prière d’ordination je vais ouvrir le grand livre de l’Evangéliaire et deux diacres vont le garder ouvert sur toi pendant toute la prière. Tu vas être ordonné sous l’Evangile, manifestant par là que celui-ci doit être ton point de référence, ta boussole, ta lumière, ta force, la raison même de ton ministère. Oui, ordonné sous l’Evangile, tu seras le serviteur de cette Bonne Nouvelle d’un amour déconcertant de Dieu pour chaque homme et pour tous les hommes. Tu seras l’intendant des mystères de Dieu, c’est-à-dire d’une Bonne Nouvelle, consignée dans les Ecritures, manifestée dans les sacrements, rendue signifiante par notre communion ecclésiale et notre témoignage auprès de tous. Tu auras, par ta vie et ton ministère, à donner visage au Christ, Pasteur de son peuple, un pasteur soucieux de tous et de chacun. Il te sera dit tout à l’heure : « Prenez soin de tout le troupeau du Seigneur, dans lequel l’Esprit Saint vous a établi comme évêque pour gouverner l’Eglise de Dieu ». Oui, Laurent, le Seigneur te demande aujourd’hui comme à Pierre autrefois « M’aimes-tu ? » mais il te dit aussi : « Sois le pasteur de mes brebis » (Jn 21, 17).

On comprend que cette mission puisse faire peur à tous ceux qui sont appelés au ministère apostolique, tant elle dépasse nos propres forces. Elle peut nous angoisser, surtout quand nous prenons conscience de nos limites, de nos faiblesses, de notre péché. On comprend que, devant cet appel du Seigneur, le mouvement spontané de prophètes ou d’apôtres, comme Simon-Pierre, ait été de s’écrier : « Ecarte-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur ». Saint Paul lui-même a bien conscience que ce trésor de l’Evangile, c’est dans des vases d’argile que nous le portons (cf. 2 Cor. 4, 7). Oui, cette mission que le Christ veut nous confier ne sera-t-elle pas toujours un vêtement trop grand pour nous ? Un prêtre appelé à l’épiscopat peut se sentir écrasé. Des jeunes appelés au ministère presbytéral peuvent hésiter devant l’engagement : pourrai-je y répondre ? Serai-je fidèle ?

Appelé à la confiance

Et c’est là que, ce soir, le Christ vient à nous et nous invite à la confiance. Avez-vous remarqué que le passage de l’évangile de ce dimanche est scandé par cette recommandation du Christ à ses apôtres : ne vous faites pas de souci ?  « Ne vous faites pas tant de souci pour votre vie, …Au sujet des vêtements pourquoi se faire tant de souci…Ne vous faites donc pas tant de souci ; ne dites-pas qu’allons-nous manger ?...Ne vous faites pas tant de souci pour demain… ». Comprenons bien ce texte. Jésus n’invite pas à l’insouciance irresponsable. Il ne fait pas l’apologie de la cigale contre celle de la fourmi. En fait, il remet en question l’attitude   qui tente les disciples, celle de vouloir maîtriser l’avenir avant de s’engager à la suite de Jésus, de partir avec des sécurités, de compter sur ses propres forces et d’éviter ainsi de faire le saut dans l’inconnu en se livrant à Dieu. Jésus invite ses apôtres à la confiance, non pas à une confiance en eux mais à une confiance en Dieu, en un Dieu qui est présent dans l’histoire des hommes, en un Père qui sait ce dont ont besoin ses enfants, en un Maître qui est attentif à la vie et à la mission de ses serviteurs. D’où ce cri du cœur de la part du Christ ; « N’ayez pas peur, le Père est là. Il vous aime et sera toujours avec vous ». Le Christ invite ses disciples à entrer dans sa confiance de Fils qui sait, jusque dans l’épreuve ultime du mystère pascal, que le Père ne l’abandonnera pas : « Père, entre tes mains, je remets mon esprit » (Lc 23, 46). L’apôtre ne devra jamais oublier dans l’action apostolique qu’il n’est pas seul, livré à ses seules forces, mais qu’en lui, c’est Dieu qui agit. Paul le rappellera avec force aux Corinthiens : «  Qu'est-ce donc qu'Apollos? Et qu'est-ce que Paul? Des serviteurs par qui vous avez embrassé la foi, et chacun d'eux selon ce que le Seigneur lui a donné. Moi, j'ai planté, Apollos a arrosé; mais c'est Dieu qui donnait la croissance. Ainsi donc, ni celui qui plante n'est quelque chose, ni celui qui arrose, mais celui qui donne la croissance: Dieu…Car nous sommes les coopérateurs de Dieu; vous êtes le champ que Dieu cultive, la maison que Dieu construit » (1 Cor. 3, 5-9). 

Invité à vivre la disponibilité et l’abandon à Dieu

La seule chose que le Christ demande à ses disciples, à ses apôtres, c’est de s’ouvrir  généreusement à l’action de son Esprit, de respirer à pleins poumons son souffle de Ressuscité. Tout à l’heure, celui qui va recevoir l’ordination va se prosterner de tout son long devant le Seigneur. Ce geste ne signifie ni l’écrasement ni la soumission servile mais la volonté de totale disponibilité à l’action de l’Esprit. Nous prierons pour le nouvel évêque en communion avec tous les saints du ciel pour que, dans toute sa vie et dans son ministère, il s’abandonne au Seigneur. Nous prierons en particulier dans la litanie des saints le bienheureux Charles de Foucauld, dont nous connaissons bien la prière d’abandon, si chère à Mgr Laurent Dognin et que nous chanterons pendant la communion.

Les champs sont blancs pour la moisson

Frères et sœurs, ce sont cette confiance et cet abandon à l’action de Dieu qui nous libèrent de la peur ou de la morosité devant le monde tel qu’il est. Ce sont eux qui nous donnent la paix intérieure et l’amour des hommes et des femmes auxquels nous sommes envoyés. C’est cette foi dans la présence et l’action de Dieu qui fait naître en nous l’espérance et la joie de la mission. Laurent,  réjouis-toi de venir servir le Seigneur et son Peuple, ici en Gironde. Le Seigneur nous dit aujourd’hui à Bordeaux comme à Nanterre : « Levez les yeux et regardez ; déjà les champs sont blancs pour la moisson » (Jn 4, 35). Amen.

                                

Jean-Pierre cardinal RICARD
Archevêque de Bordeaux
Evêque de Bazas

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