"Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix"

Dans son homélie de la messe pour la paix, célébrée au Carmel de Talence le 31 décembre 2012, Mgr Ricard présente le message de Benoît XVI pour la Journée mondiale de la Paix.

Mes sœurs,

Chers frères et sœurs dans le Christ,

Chaque année, le pape nous invite à entrer dans la nouvelle année en priant pour la paix et en renouvelant notre engagement à être artisans de paix autour de nous. Pour cela, il publie un message qui est sa contribution à la célébration de la Journée mondiale de la Paix qui a lieu  chaque 1e janvier. Ces messages sont riches, denses et méritent vraiment d’être écoutés et médités.

Cette année, le message s’intitule : Heureux les artisans de Paix. Il s’inspire de la parole de Jésus dans les Béatitudes : « Heureux les artisans de paix, parce qu’ils seront appelés fils de Dieu » (Mt 5, 9). Le pape souligne que la béatitude dont parle Jésus ne sera pas simplement une récompense dans l’au-delà pour ceux qui sont artisans de paix mais qu’elle sera un bonheur ressenti dès ici-bas, car ceux qui s’engagent pour la paix feront l’expérience que Dieu les prend comme ses fils bien aimés et leur communique la joie de sa présence. Le pape nous dit : « Ils comprendront qu’ils ne sont pas seuls parce qu’Il (Dieu) est du côté de ceux qui s’engagent en faveur de la vérité, de la justice et de l’amour. Jésus, révélation de l’amour du Père, n’hésite pas à s’offrir lui-même en sacrifice. Quand on accueille Jésus-Christ, Homme-Dieu, on vit la joyeuse expérience d’un don immense : le partage de la vie même de Dieu, ou encore la vie de la grâce, prémisse d’une existence pleinement heureuse. Jésus-Christ nous donne en particulier la paix véritable qui naît de la rencontre confiante de l’homme avec Dieu » (n° 2). Cette paix, si elle est un don de Dieu, elle est aussi une tâche à réaliser. Elle est une énergie à mettre en œuvre pour promouvoir une plus grande communion avec les autres, avec Dieu et avec soi-même : « L’éthique de la paix est une éthique de la communion et du partage ». La paix a une dimension personnelle qui concerne notre façon de vivre nos relations avec les autres. Mais, elle a aussi une dimension sociale. Elle est la participation à « la construction d’un vivre-ensemble fondé sur la vérité, sur la liberté, sur l’amour et sur la justice » (n° 3).

“ la paix ne peut s’instaurer que si la personne humaine est respectée ”

Le pape constate que c’est une véritable aspiration de tous les hommes que de vivre dans une société pacifique mais sa conviction profonde est qu’une société n’est pacifique que si elle est attentive à mettre en œuvre les conditions qui rendent cette paix possible : défendre la dignité de la personne humaine, promouvoir des relations de justice et de partage et éduquer à la paix. Dans son message, le pape développe ces trois points.
Il souligne tout d’abord que la paix ne peut s’instaurer que si la personne humaine est respectée : « Le chemin de réalisation du bien commun et de la paix est avant tout le respect pour la vie humaine, considérée dans la variété de ses aspects, à commencer par sa conception, dans son développement, et jusqu’à son terme naturel. Les vrais artisans de paix sont alors ceux qui aiment, défendent et promeuvent la vie humaine en toutes ses dimensions : personnelle, communautaire et transcendante. La vie en plénitude est le sommet de la paix. Qui veut la paix ne peut tolérer des atteintes ou des crimes contre la vie. » (n° 4). Et le pape d’énumérer parmi ces atteintes à la vie la libéralisation de l’avortement et de l’euthanasie, la remise en question de la structure naturelle du mariage comme l’union d’un homme et d’une femme, l’attitude agressive contre la liberté religieuse et la conscience des croyants, la menace contre le droit au travail et le fatalisme de beaucoup vis-à-vis de l’augmentation du chômage. Le pape souligne que ce sont là – même si on n’en a pas toujours conscience – des toxines qui minent le vivre-ensemble d’une société et sont génératrices de violence. Souvent, on accepte ces atteintes et on s’étonne ensuite de formes de violence qui apparaissent chez les jeunes et dont on ne comprend pas la cause.

Le pape souligne également que la recherche du profit maximum dans l’économie ou la spirale de la société de consommation, vécue dans une optique individualiste et égoïste, minent aussi nos sociétés et les rendent inhumaines. Dans son regard sur le monde, le pape dénonce également la crise alimentaire qui lui apparaît comme « plus grave que la crise financière » et le sort difficile fait souvent aux petits agriculteurs. Là aussi, seules les sociétés où la fraternité, le partage et l’attention aux autres sont soutenus sont des sociétés où la paix peut s’instaurer car le bien commun est sauvegardé : «  le succès véritable et durable s’obtient par le don de soi, de ses propres capacités intellectuelles, de son esprit d’initiative, parce que le développement économique vivable, c’est-à-dire authentiquement humain, a besoin du principe de gratuité comme expression de fraternité et de la logique du don. Concrètement, dans l’activité économique, l’artisan de paix se présente comme celui qui instaure avec ses collaborateurs et ses collègues, avec les commanditaires et les usagers, des relations de loyauté et de réciprocité. Il exerce l’activité économique pour le bien commun, vit son engagement comme quelque chose qui va au-delà de son intérêt propre, au bénéfice des générations présentes et futures. Et ainsi, il travaille non seulement pour lui, mais aussi pour donner aux autres un avenir et un travail décent » (n° 5).

On le voit : l’artisan de paix doit être lui-même habité par une conception de l’homme, une éthique et des valeurs qui l’appellent à s’engager personnellement dans l’édification d’une société plus respectueuse, plus fraternelle et plus solidaire. Le pape souligne l’importance en ce domaine de l’éducation à ce sens de l’homme, en particulier dans le cadre de la famille, de l’école et des différentes institutions de formation.

Cette dimension sociale de l’engagement pour la paix ne s’oppose pas à une dimension plus personnelle, plus intérieure. D’ailleurs, seul, celui qui est pacifique, c’est-à-dire pacifié intérieurement, peut être un artisan de paix. Il rayonne la paix. La paix n’est pas qu’une action. Elle est aussi un esprit. Elle est le fruit d’une vie intérieure. Dans la conclusion de son message, le pape revient sur ce point. Il écrit : « (la pédagogie de la paix) demande une vie intérieure riche, des références morales claires et valables, des attitudes et des manières de vivre appropriées…. Pensées, paroles et gestes de paix créent une mentalité et une culture de la paix, une atmosphère de respect, d’honnêteté et de cordialité. Il faut alors enseigner aux hommes à s’aimer et à s’éduquer à la paix, et à vivre avec bienveillance, plus que par simple tolérance. L’encouragement fondamental est celui de « dire non à la vengeance, de reconnaître ses torts, d’accepter les excuses sans les rechercher, et enfin de pardonner » Cela demande qu’une pédagogie du pardon se répande…. La pédagogie de la paix implique action, compassion, solidarité, courage et persévérance » (n° 7). Le pape nous invite, à la suite du Christ et avec l’esprit du Christ, à être ces promoteurs et ces artisans de la paix tout au long de cette nouvelle année qui s’ouvre devant nous. Il termine par cette prière de Saint François d’Assise que nous pouvons faire nôtre ce soir :

"Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix,

Là où est la haine, que je mette l'amour.

Là où est l'offense, que je mette le pardon.

Là où est la discorde, que je mette l'union.

Là où est l'erreur, que je mette la vérité.

Là où est le doute, que je mette la foi.

Là où est le désespoir, que je mette l'espérance.

Là où sont les ténèbres, que je mette la lumière.

Là où est la tristesse, que je mette la joie.

O Seigneur, que je ne cherche pas tant à être consolé qu'à consoler,

à être compris qu'à comprendre,

à être aimé qu'à aimer.

Car c'est en se donnant qu'on reçoit,

c'est en s'oubliant qu'on se retrouve,

c'est en pardonnant qu'on est pardonné

c'est en mourant qu'on ressuscite à l'éternelle vie."

       †  Jean-Pierre cardinal RICARD

             Archevêque de Bordeaux