Mener à la suite du Christ un vrai combat spirituel.

L’évangélisation implique aussi un lent compagnonnage avec les hommes et les femmes de notre temps, surtout avec ceux qui sont en difficulté ou en souffrance, qui traversent une épreuve ou sont accablés par la dureté de la vie.

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Homélie prononcée par le cardinal Ricard, lors de la messe célébrée lors de l'adoubement de chevaliers dans l'ordre du Saint-Sépulcre de Jérusalem.

 

Eminence,

Excellences,

Chers Pères,

Chers frères et sœurs dans le Christ,

 

Tout à l’heure, lors de la cérémonie des adoubements, je pensais aux paroles de Saint Paul dans l’épître aux Éphésiens que vous avez entendues au cours de votre veillée de prière, lorsque l’Apôtre dit : « Armez-vous de force dans le Seigneur, de sa force toute puissante. Revêtez l’armure de Dieu pour être en état de tenir face aux manœuvres du diable…Saisissez donc l’armure de Dieu, afin qu’au jour mauvais, vous puissiez résister et demeurer debout, ayant tout mis en œuvre. Debout donc ! à la taille, la vérité pour ceinturon, avec la justice pour cuirasse, et comme chaussures aux pieds, l’élan pour annoncer l’Évangile. Prenez surtout le bouclier de la foi, il vous permettra d’éteindre tous les projectiles enflammés du Malin. Recevez enfin le casque du salut et le glaive de l’Esprit, c’est-à-dire la Parole de Dieu » (Ep. 6, 10-17). Voilà un langage martial, qui s’adresse, bien sûr, à tous les disciples du Christ, mais qui peut être très évocateur pour de nouveaux chevaliers.

 

Paul nous rappelle que la vie chrétienne nous invite à mener à la suite du Christ un vrai combat spirituel. Il nous dit d’ailleurs que s’opposent au dessein d’amour universel de Dieu des forces du mal, une action du Malin qui poursuit dans le monde son travail de sape et de destruction. La violence, la haine, la détérioration des relations entre les êtres et l’atteinte à la dignité humaine sont malheureusement très présentes dans notre monde. Je pars dans quelques jours au Rwanda, invité à présider l’anniversaire du centenaire de l’ordination des deux premiers prêtres rwandais. Je ne pourrai pas ne pas penser au génocide qui a fait un million de victimes. Combiens de tutsis ont été tués par leurs voisins les plus proches, des voisins avec lesquels ils avaient noués des liens de famille, de compagnonnage ou de proximité ! Qu’est-ce qui se joue dans le cœur de l’homme pour céder à une telle violence, pour se laisser habiter ainsi par les forces du mal…. ? Ces forces, présentes dans le monde, peuvent aussi trouver une complicité en nous. Nous pouvons être tentés par l’amour de l’argent, la volonté de réussite à tout prix, le mensonge ou le désir de paraître, la jalousie, l’esprit de division, l’indifférence ou la peur de l’autre. C’est contre tout cela que nous avons à livrer un vrai combat spirituel, en nous et autour de nous. « Combats le beau combat de la foi » (1 Ti 6, 12). Cette parole de l’apôtre Paul à Timothée, c’est à chacun de nous que ce soir elle s’adresse.

 

Et pour cela, le Seigneur nous équipe de pied en cap. Il ne nous livre pas à nos seules forces. Il nous soutient par son Esprit et nous donne la grâce de la foi. La foi n’est pas une simple croyance. C’est une relation personnelle avec Dieu, c’est une amitié avec le Christ qui aura à s’approfondir tout au long de notre vie. Le pape François écrit : « La foi signifie croire en lui, croire qu’il nous aime vraiment, qu’il est vivant, qu’il est capable d’intervenir mystérieusement, qu’il ne nous abandonne pas, qu’il tire le bien du mal par sa puissance et sa créativité infinie » (Evangelii gaudium, n° 278). Dans une société fortement sécularisée, nous sommes invités à être de plus en plus des contemplatifs, des hommes et des femmes qui contemplent le visage du Seigneur, qui se laissent toucher par sa tendresse et sa miséricorde. Disciples du Christ, nous nous mettons à l’écoute de sa Parole et nous nous laissons habiter et transformer par elle. Chers amis chevaliers, et vous tous et toutes qui appartenez à l’Ordre du Saint-Sépulcre, soyez des passionnés de la lecture et de la méditation des Écritures. Rappelez-vous cette parole de Saint Jérôme : « Ignorer les Écritures, c’est ignorer le Christ ». Oui, n’oubliez pas, comme dit Saint Paul, que vous avez reçu « le glaive de l’Esprit, c’est-à-dire la Parole de Dieu ».

 

Le Seigneur nous équipe aussi pour le combat en nous fournissant comme chaussures aux pieds « l’élan pour annoncer l’Évangile ». C’est la mission qui nous tire en avant et qui nous pousse à faire émerger en nous toutes nos énergies spirituelles. La mission n’est pas du prosélytisme. Elle n’est pas non plus le produit d’une simple campagne de marketing. Elle nait de la foi. Elle est une conséquence naturelle de notre expérience croyante. C’est parce que nous avons le cœur touché par le Christ que nous souhaitons le faire connaître et le faire aimer. Tout disciple sent en lui cet appel à devenir apôtre. Le pape François écrit : « Tout chrétien est missionnaire dans la mesure où il a rencontré l’amour de Dieu en Jésus Christ ; nous ne disons plus que nous sommes « disciples » et « missionnaires » mais toujours que nous sommes des disciples missionnaires » (Evangelii gaudium, n° 120). Disciples missionnaires, nous avons de plus en plus aujourd’hui à nous risquer à une première annonce de la foi, à rendre compte de l’espérance qui est en nous. Cela commence souvent dans nos familles, dans notre milieu professionnel, dans le tissu de toutes nos relations. Nous avons également à témoigner de notre foi par toute notre vie, par les engagements qui sont les nôtres.

 

L’évangélisation implique aussi un lent compagnonnage avec les hommes et les femmes de notre temps, surtout avec ceux qui sont en difficulté ou en souffrance, qui traversent une épreuve ou sont accablés par la dureté de la vie. Le pape François nous interpelle avec force : « Parfois, nous sommes tentés d’être des chrétiens qui se maintiennent à une prudente distance des plaies du Seigneur. Pourtant, Jésus veut que nous touchions la misère humaine, la chair souffrante des autres. Il attend que nous renoncions à chercher ces abris personnels ou communautaires qui nous permettent de nous garder distants du cœur des drames humains, afin d’accepter vraiment d’entrer en contact avec l’existence concrète des autres et de connaître la force de la tendresse. Quand nous le faisons, notre vie devient toujours merveilleuse et nous vivons l’expérience intense d’être un peuple, l’expérience d’appartenir à un peuple. » (Evangelii gaudium, n°270). Que le Seigneur ouvre nos yeux et éclaire notre regard pour que nous puissions être attentifs aux appels de tous ceux qui autour de nous attendent une écoute, une présence, une aide, un secours.

 

Je sais que, comme chevaliers du Saint-Sépulcre, vous portez tout particulièrement le souci de la Terre Sainte. Priez pour ceux qui y habitent ; priez pour la paix entre les peuples qui habitent cette terre. Je sais que vous portez à cœur d’être proches d’eux et tout particulièrement de nos frères chrétiens. Je trouve très beau qu’à cette célébration des adoubements et des investitures vous joigniez cette mobilisation et cette solidarité financière avec la Terre Sainte.

 

Prier pour la paix nous engage nous-mêmes. Le Christ nous invite à être des acteurs de paix : « Heureux les artisans de paix, dit Jésus, ils seront appelés fils de Dieu » (Mt 5, 9). Chers amis chevaliers, menez le bon combat de la paix. Soyez des pacifiques, des bâtisseurs de ponts et de réconciliation, des artisans de communion. Saint Paul nous lance ce vibrant appel : « Puisque vous êtes élus, sanctifiés, aimés par Dieu, revêtez donc des sentiments de compassion, de bienveillance, d’humilité, de douceur, de patience. Supportez-vous les uns les autres, et si l’un a un grief contre l’autre, pardonnez-vous mutuellement ; comme le Seigneur vous a pardonnés, faites de même vous aussi. Et par dessus tout revêtez l’amour : c’est le lien parfait » (Col. 3, 12-14). Cette attitude de fond que décrit Saint Paul par petites touches doit non seulement être le fait de chacun mais aussi être le témoignage communautaire de votre Ordre. N’oubliez pas que Jésus rappelle aux siens que c’est à l’amour qu’ils auront les uns pour les autres qu’ils témoigneront que c’est Lui qui les a envoyés. Plus que jamais, soyez aujourd’hui témoins de bienveillance et acteurs de réconciliation !

 

Frères et sœurs, que la Vierge Marie, notre Mère, qui nous soutient dans notre combat spirituel, nous aide à vraiment nous mettre au service du Seigneur et de son Evangile. Qu’elle intercède pour nous auprès du Père afin que nous soyons ces disciples et ces apôtres que le Christ appelle et envoie. Amen.

 

 

 

+ Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux

Évêque de Bazas

 

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