S’approcher du cœur du Christ et participer à sa mission

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Homélie de la messe chrismale, Cathédrale Saint André –Lundi 18 avril 2011

 

S’approcher du cœur du Christ


Chaque année, au cœur de la Messe chrismale, la proclamation de l’Évangile de Luc nous invite à nous unir toujours plus profondément au Christ et à porter avec lui sa mission. En effet, cet Esprit qui est sur lui, comme l’affirme le Prophète Isaïe, Jésus n’a pas voulu le garder pour lui tout seul mais il l’a communiqué aux siens dans l’événement de Pentecôte. Cette onction dont il parle : « Le Seigneur m’a consacré par l’onction », il a désiré y associer ses disciples, ses amis, ses témoins. C’est cette onction que vont recevoir tous ceux et celles qui par le signe de l’huile parfumée vont  accueillir le dynamisme de l’Esprit : les futurs baptisés, les confirmés, ceux qui vont être ordonnés évêques ou prêtres. Cette onction nous unit au Christ, nous configure à lui, nous invite à partager tout ce dont son cœur est porteur. Comme dit Saint Paul aux Philippiens : « Ayez entre vous les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus » (Phil. 2, 5). Nous avons sans cesse à nous approcher du cœur du Christ, à entrer dans son amour, à habiter son regard.

 

Serviteurs d’un Dieu serviteur des hommes

Avec le Christ, nous sommes invités à nous décentrer de nous-mêmes, de nos intérêts immédiats, de nos états d’âme, de nos souhaits. Quand elle s’approche du Christ, l'Église est appelée par lui à ne pas trop s’attarder aux questions, nécessaires mais secondes, de son fonctionnement interne mais à prendre la route des hommes, à rejoindre tous ces pauvres, ces prisonniers, ces aveugles dont parle Jésus dans la synagogue de Nazareth. Jésus est venu pour eux, pour leur annoncer cette Bonne nouvelle d’un Dieu qui les aime et les appelle à entrer dans son  amour. Et il le fait, en se mettant à leur service. Il va vers eux, les rencontre sur la route, s’invite à leur table. Il se présente ainsi vraiment comme le Serviteur qui lave les pieds des siens et invite ses disciples à faire de même auprès de tout homme : « Comprenez-vous ce que je vous ai fait? – dit Jésus - Vous m'appelez Maître et Seigneur, et vous dites bien, car je le suis. Si donc je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. Car c'est un exemple que je vous ai donné, pour que vous fassiez, vous aussi, comme moi j'ai fait pour vous. » (Jn 13, 12-15). Lors de la Messe de la Cène du Seigneur, jeudi prochain, nous contemplerons le Christ Serviteur. A travers lui, c’est Dieu lui-même qui se met à genoux devant l’homme et le sert. Le vieux débat entre verticalisme et horizontalisme est un faux débat. Nous n’avons pas à choisir entre service de Dieu et service de l’homme car nous sommes les disciples d’un Dieu qui se met lui-même dans le Christ au service de l’homme. C’est d’ailleurs tout l’enjeu de notre parcours missionnaire diocésain. Que le Seigneur nous donne de pressentir comme lui toutes les attentes des hommes, leur besoin de sens, d’amour, de dignité, de pardon. Qu’il nous donne de percevoir les blessures secrètes, cette quête de l’eau vive, seule capable de désaltérer le cœur de l’homme.

Nous allons bénir l’huile des malades.


Cette prière nous engage à donner toute leur place dans notre vie ecclésiale, dans notre ministère d’évêques, de prêtres et de diacres, dans notre vie chrétienne, aux malades, à ceux qui souffrent dans leur corps et dans leur esprit. Regardez la place que tiennent toutes ces personnes dans la vie quotidienne du Christ et dans sa mission.  Les malades ont besoin de sentir, aujourd’hui aussi, que Dieu ne les abandonne pas mais les rencontre et les soutient de la force de son amour. Le sacrement des malades vient signifier tout cela. Mais il ne prend vraiment toute sa signification que s’il s’accompagne d’une présence fraternelle et amicale. Je pense ici, tout particulièrement aux personnes âgées dont le grand âge entraîne souvent une terrible solitude.  Malades, personnes déprimées, personnes âgées sont présents ce soir à notre prière et à cette mission que le Seigneur nous confie.

Nous allons bénir l’huile des catéchumènes.


Dans l’action de grâce, nous remercions le Seigneur pour tous ces hommes, ces femmes et ces jeunes qui ont entendu son appel et se sont mis en route vers le baptême. Ils découvrent combien cette rencontre avec le Christ est Lumière, Vie, Amour, force de transformation de tout leur être. Mais ils perçoivent aussi que la vie selon l’Évangile est un combat spirituel à mener, combat contre la tentation d’abandonner le Seigneur et d’arrêter la marche à sa suite, combat contre l’égoïsme et le repliement sur soi. Que le Seigneur leur donne la force dans le combat. Qu’ils trouvent dans nos communautés chrétiennes cet accompagnement fraternel qui leur permette de passer plus  aisément des caps difficiles.

Nous allons bénir le Saint Chrême.

Des baptisés, des confirmés, des ordonnés vont en être marqués pour toute leur vie. Cette onction vient dire la fidélité du don de l’Esprit, la permanence de l’amour du Seigneur qui nous accompagne. Nous ne sommes pas seuls, livrés à nos seules forces ou à nos fragilités. Le Seigneur est là avec nous. Il nous soutient de son amour. Il est fidèle. Il est ce roc sur lequel nous pouvons bâtir la maison de notre vie. C’est d’ailleurs en nous appuyant sur cette conviction que, prêtres et diacres, nous renouvellerons ce soir les promesses de notre ordination. Cette onction de l’Esprit nous donne à tous aussi la joie d’annoncer l’Évangile, de témoigner de notre foi, même dans un contexte difficile. Avec l’Esprit du Seigneur, nous pouvons mettre en pratique la recommandation de l’apôtre Pierre qui nous demande « de toujours être prêts à rendre compte à quiconque nous le demande de l’espérance qui est en nous » (1 Pi 3, 15). N’hésitons pas à appeler largement au baptême, à la confirmation, au sacrement de l’Ordre dans le ministère apostolique. Autrefois, on attendait que les candidats à ces différents sacrements se manifestent et viennent nous dire leur désir. Ne faut-il pas aujourd’hui inviter, susciter le désir, appeler et manifester combien ces rencontres avec le Seigneur sont sources profondes de joie et de grâce ?

Frères et sœurs, nous percevons davantage aujourd’hui sur le plan humain la fragilité de notre vie ecclésiale, les difficultés de nos rassemblements réguliers, la petitesse des effectifs de certains de nos mouvements ou de nos aumôneries. Mais la Messe chrismale est là pour soutenir notre foi, notre espérance ou pour reprendre les termes de l’apôtre Paul notre assurance et notre persévérance. Elle nous fait contempler le Christ présent parmi nous et nous fait accueillir cette puissance de Résurrection qu’il communique à son Église. La source est là. Elle est abondante. Elle est source de vie. « De son sein couleront des fleuves d’eau vive » (Jn 7, 38) avait promis l’Évangéliste. La promesse est réalisée. Dans cette eucharistie rendons grâce au Seigneur ! Amen.
 

†  Jean-Pierre cardinal RICARD
Archevêque de Bordeaux
Evêque de Bazas

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