Redécouvrir la grâce de Notre Dame de Verdelais

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Homélie de la messe d’ouverture de l’année du 9ème centenaire du Sanctuaire de Verdelais Basilique de Verdelais – Jeudi 2 février 2012

Chers frères et sœurs dans le Christ,

 


Le Concile Vatican II affirme plus d’une fois que l’Esprit Saint équipe l’Eglise de « dons hiérarchiques et charismatiques » (cf.Lumen Gentium, n° 4). Parmi les dons hiérarchiques, il y a les ministères ordonnés, l’organisation des diocèses et celle des paroisses qui doivent offrir à tous les moyens nécessaires pour vivre leur vie chrétienne. Parmi les dons charismatiques, il y a tout ce que l’Esprit Saint suscite gratuitement comme générosité et formes de sainteté dans la vie des baptisés, les différentes formes de la vie consacrée mais aussi les sanctuaires que la piété du peuple chrétien a fait fleurir au long des siècles. Le sanctuaire de Verdelais est un de ces dons, un de ces dons gratuits suscités par l’Esprit. Depuis 9 siècles, il a nourri la foi de nos pères. Il nourrit notre foi aujourd’hui et je crois fermement qu’il est promis à un bel avenir spirituel et pastoral dans les années qui viennent. En effet, je pense que la nouvelle évangélisation qui se présente à nous comme une impérieuse exigence va particulièrement mettre en valeur l’importance missionnaire des sanctuaires et des lieux de pèlerinage. C’est d’ailleurs là une des principales raisons qui ont amené le diocèse de Bordeaux à s’investir humainement et financièrement dans le développement du pèlerinage à Notre Dame de Verdelais.

Loin de n’être que des vestiges d’un passé révolu, des sanctuaires comme ceux de Verdelais me paraissent avoir devant eux un avenir de belle fécondité missionnaire, et ceci pour trois raisons.

 

  1. Ils sont adaptés à la mobilité qui marque le monde aujourd’hui.

     

    Nous vivons aujourd’hui dans un monde marqué par la grande mobilité. On se déplace, on voyage. Même le troisième âge sillonne les routes, les mers et les airs. Les agences de voyages et les services de pèlerinage le savent bien. Beaucoup de gens n’ont plus d’attaches fixes. Ils savent où ils habitent mais ignorent à quelle paroisse ils appartiennent. Leur lien à l’Église s’est relâché ou parfois n’a jamais existé. Mais un certain nombre ne sont pas sans questions, sans attente secrète, sans aspiration spirituelle. Et il suffit parfois de la participation à un pèlerinage, d’une visite en simple touriste, pour qu’un contact se fasse, pour que quelque chose touche les cœurs, pour qu’une conversation se noue ou qu’une confession se fasse. Que de témoignages en ce sens n’ai-je pas recueillis à Lourdes, ou à La Salette ! Si nos sanctuaires sont pensés et animés comme des lieux d’accueil, d’écoute, de ferveur et de soutien spirituel, ils pourront être de merveilleux lieux de rencontres évangéliques. Ils seront semblables à tous ces lieux de l’Évangile où se joue une rencontre avec ce grand itinérant qu’est le Christ : la barque sur le lac, le puits de Jacob, la maison de Lazare ou celle de Simon. Après la rencontre, chacun reprend la route, mais transformé, éclairé, habité par une flamme nouvelle. C’est là aussi la mission d’un sanctuaire, la grâce d’un pèlerinage.

     

     

    2) Ils sont des lieux où s’expérimentent la foi et la confiance.

     

    Pour beaucoup de nos contemporains, la foi en Dieu n’est pas évidente. Dieu ne fait plus partie de l’horizon indiscuté de notre société comme il a pu en faire partie à certaines époques où presque tout le monde était croyant, ou bien comme c’est encore le cas dans certaines régions du monde. Autour de nous – nous le voyons - les jeunes prennent des distances par rapport à l’éducation religieuse reçue…Dieu devient alors plus problématique, plus lointain, plus abstrait… et pour beaucoup le désert spirituel s’installe. Dans la société de consommation qui est la nôtre, le désir de consommer toujours plus prend la place de la soif de Dieu. Comme dit le prophète Jérémie : ils ont abandonné le Seigneur, la source d’eau vive, « pour se creuser des citernes crevassées qui ne tiennent pas l’eau » (Jér. 2, 13). Et c’est là que s’offrent à tous les lieux spirituels, les sanctuaires, comme autant de petites oasis de la grâce, où on peut venir se désaltérer à la Source d’eau vive, se retremper dans la présence de Dieu, prendre conscience que l’homme ne vit pas que de pain et qu’il y a une profondeur d’existence à retrouver. Je crois que les sanctuaires, et les sanctuaires mariaux en particulier, nous font goûter la grâce dont a bénéficiée la Vierge Marie, une grâce de foi, de confiance, de remise de tout nous-mêmes entre les mains de Dieu. Sur la croix, Jésus confie à sa mère le disciple bien-aimé : « Femme, voici ton fils » et Marie comprend qu’elle est appelée à être la mère de tous les disciples de son Fils, qu’elle doit veiller au lent engendrement des croyants dans la foi, qu’elle doit aider à la naissance et à la croissance du croyant en chacun d’entre nous. Les sanctuaires ont vraiment une grâce d’engendrement et d’assurance des croyants dans la foi.

     

    3) Ils sont des lieux où s’éprouvent la compassion et la miséricorde

 

 

Autour de nous beaucoup de personnes vivent des épreuves, des choses lourdes à porter (ennuis de santé, souffrances affectives, séparations, chômage, dépressions, problèmes personnels…). La vie n’est pas facile et le fardeau est lourd à porter. C’est vraiment une grâce du Seigneur que d’avoir des lieux où on peut momentanément déposer son paquet, se confier à Celui qui nous dit dans l’Evangile : « Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai. Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez soulagement pour vos âmes. Oui, mon joug est aisé et mon fardeau léger » (Mt 11, 28-30). Dans un sanctuaire marial, c’est la Vierge qui est la servante de cette invitation du Seigneur. Elle est cette Mère attentive qui nous accueille et nous conduit à son Fils. Elle peut compatir à nos épreuves parce qu’elle est, elle-même, passée par là. N’avez-vous pas entendu dans la bouche du vieillard Siméon cette parole prophétique : « Et toi-même, ton cœur sera transpercé par le glaive » (Lc 2, 35) ? On comprend qu’ici, à Verdelais, on ait pu donner à la Vierge Marie le beau nom de Consolatrice des Affligés. Les nombreux ex-voto offerts à cette basilique témoignent de toutes ces prières confiées à Marie ainsi que de ces grâces obtenues. Oui, les sanctuaires sont des lieux où se découvrent et s’expérimentent la compassion et la miséricorde. Je crois que nous en aurons demain plus besoin que jamais.

Frères et sœurs, que cette année du 9° centenaire soit pour notre diocèse l’occasion de redécouvrir la grâce de Notre Dame de Verdelais, de l’accueillir avec confiance et d’en témoigner avec joie. Amen.

† Jean-Pierre cardinal RICARD
Archevêque de Bordeaux

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