Redécouvrir la dimension communautaire de notre vie chrétienne

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HOMELIE DE LA MESSE DE CLÔTURE ET D’ENVOI DE LA VISITE PASTORALE, Eglise Sainte Marie de la Bastide – Samedi 21 mai 2011

 

Je suis revenu hier d’un voyage de huit jours au Brésil. Je suis allé rendre visite à un prêtre de notre diocèse, le Père François Lewden, qui habite dans la ville de Belo Horizonte depuis une trentaine d’années. Il vit dans une favela, un de ces quartiers pauvres comme il y en a beaucoup dans cette mégapole de près de 2,5 millions habitants. Il me faisait part de sa préoccupation pastorale de créer dans ces favelas des communautés vivantes. Il me disait : «Avant même de construire une chapelle de pierres ou de briques, si nécessaire soit-elle, il faut construire l’Eglise de pierres vivantes, la communauté des croyants qui se réunissent au nom du Christ ». Et lui-même voyait son propre ministère de prêtre comme un service de cette croissance dans la foi et comme un soutien de ces communautés naissantes. Il rejoignait ainsi cette recommandation de l’apôtre Pierre que nous venons d’entendre : « Vous aussi, soyez les pierres vivantes qui servent à construire le Temple spirituel, et vous serez le sacerdoce saint, présentant des offrandes spirituelles que Dieu pourra accepter à cause du Christ Jésus » (1 Pi 2, 5).


L’Eglise, quand elle naît de la prédication des apôtres au lendemain  de la Pentecôte, ne se présente pas comme une institution religieuse qui aurait des bâtiments et qui offrirait des prestations sacramentelles à une population. Elle se présente comme cette rencontre fraternelle de tous ceux et celles qui se sont convertis au Christ et qui se savent rassemblés par lui. Elle se vit comme cette communauté où l’on prie ensemble, où l’on écoute la Parole de Dieu, où l’on célèbre le repas du Seigneur, où l’on s’entraide à vivre selon l’esprit de l’Evangile. Cette communauté chrétienne doit nourrir la foi de ses membres mais elle doit aussi raviver sans cesse leur dynamisme missionnaire. Car les disciples du Christ savent bien qu’ils sont porteurs d’une foi et d’une espérance qu’ils ne peuvent pas garder pour eux-mêmes seulement mais qu’ils doivent partager avec tous. Le même apôtre Pierre nous le rappelle quand il écrit : « Soyez toujours prêts à rendre compte de votre espérance à quiconque vous le demande, mais que ce soit toujours avec douceur et respect » (1 Pi 3, 15-16).

Les premières générations chrétiennes avaient une conscience très vive de la nécessité d’une vie chrétienne résolument communautaire, non seulement parce que la communauté  est le lieu où le Christ ressuscité se donne à rencontrer, mais parce que dans un environnement hostile à la foi chrétienne naissante, il fallait se soutenir dans la foi, se serrer les coudes pour tenir bon dans la fidélité à l’Evangile et dans le courage de la mission. Ils avaient expérimenté combien un chrétien isolé pouvait être un chrétien en danger. Ils découvraient que le Christ, cette pierre d’angle éliminée par les bâtisseurs, rejetée par la société aussi bien juive que païenne dans laquelle ils vivaient, était cette pierre angulaire, ce roc sur lequel pouvaient être construites leur vie personnelle et la vie de l’Eglise.

Je crois qu’il est important aujourd’hui de redécouvrir cette dimension communautaire de notre vie chrétienne. Notre vie paroissiale a été marquée, dans les décennies passées, par un certain individualisme. Certains ont pris l’habitude de prier ou de pratiquer régulièrement, certes pour nourrir leur vie spirituelle personnelle, mais les uns à côté des autres, sans forcément avoir des relations fraternelles concrètes. On ne peut pas  en rester là aujourd’hui et ceci pour quatre raisons :

1)    Nous avons besoin de nourrir notre foi en accueillant le Christ ressuscité, sa présence et sa parole, au cœur de notre vie. Et nous savons que c’est toujours dans la rencontre avec les frères que le Ressuscité se donne à rencontrer : « Je vous le déclare,- dit Jésus - si deux d’entre vous, sur la terre, se mettent d’accord pour demander quoi que ce soit, cela leur sera accordé par mon Père qui est aux cieux. Car là où deux ou trois se trouvent réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux » (Mt 18, 19-20). Nous avons besoin de prier avec d’autres, de nous nourrir de l’Ecriture, d’entrer dans une intelligence renouvelée de notre foi, de nous donner des temps de formation ensemble.
 
2)    En effet, nous vivons dans une société sécularisée et pluraliste où la foi, et tout particulièrement la foi chrétienne, ne va pas de soi. Elle est questionnée, interrogée, parfois profondément remise en question. De plus, la présence d’autres religions et le dialogue interreligieux auquel nous sommes conviés nous invitent à redécouvrir l’originalité et la nouveauté de notre foi. Méditons  la réponse fondamentale de Jésus à Philippe qui lui demande de leur montrer le Père : « Celui qui m’a vu a vu le Père ». Qu’est-ce que cela vient nous dire ? Cela nous dit qu’en cet homme Jésus, dans cette expérience humaine de Jésus de Nazareth, dans cette vie donnée par amour se révèle le vrai visage de Dieu. Et si c’est Dieu qui se révèle vraiment en cet homme Jésus, cela veut dire qu’en lui se révèle également le vrai visage de l’homme. Toutes nos images spontanées de Dieu, toutes les représentations de la divinité que nous pouvons trouver dans l’histoire foisonnante des religions doivent être confrontées à ce visage du Père que Jésus nous révèle. Il n’a rien à voir avec ce Dieu qui souvent est présenté dans des sectes chrétiennes en Afrique ou en Amérique, ce Dieu qui vous promet la santé, la prospérité, la réussite en affaires ou le succès amoureux. Nous sommes athées de ce Dieu là. Nous sommes les fils de ce Père, tel que nous le révèle Jésus, un Père qui aime, qui se donne dans le don de son Fils, qui nous invite à entrer, nous aussi, dans ce don de soi et qui promet le bonheur à ceux qui entrent dans cette dynamique de vie. Oui, vraiment, Jésus est « Le Chemin, la Vérité et la Vie ». Suivons-le, laissons-nous instruire par lui, Qu’il soit véritablement la lumière qui éclaire et donne sens à toute notre existence.

3)    Il est important aussi de proposer à des jeunes cette expérience communautaire. Ils ont besoin de participer à des groupes où ils se retrouvent avec d’autres jeunes de leur âge mais aussi à des rencontres où les différentes générations puissent vivre quelque chose ensemble. C’est vital pour eux. Le seul soutien familial aujourd’hui, surtout pour des adolescents, ne suffit plus. Il faut un relais ecclésial. Il est important qu’ils aient un lieu où ils peuvent grandir dans la foi et acquérir une saine fierté d’être chrétiens.

4)    Pour vivre en fidélité à la dynamique de l’évangile, notre Eglise a besoin de ces petites cellules d’évangélisation que sont ces communautés chrétiennes fraternelles, accueillantes, présentes aux autres et tout particulièrement à ceux qui sont touchés par les difficultés de la vie, par les épreuves de santé, par les infirmités ou l’isolement dû à l’âge. Je crois beaucoup à cette révélation d’un visage de compassion de Dieu dans cette présence aux autres des disciples de Jésus. Là aussi, le Seigneur nous a remis sa mission. Il nous accompagne de son Esprit mais nous ne pouvons la porter qu’ensemble.

Frères et sœurs, que cette visite pastorale renforce vos secteurs pastoraux dans cette dynamique communautaire, fraternelle et missionnaire. Dans la prière de cette eucharistie, demandons-le au Seigneur. Amen.

            

†  Jean-Pierre cardinal RICARD
Archevêque de Bordeaux

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