Que produit en nous l’Esprit Saint ?

Cette transformation est apportée par le Christ et est communiquée aux hommes dans le don de l’Esprit. C’est ce que vient nous révéler le récit de l’événement de Pentecôte.

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Homélie de la fête de Pentecôte, prononcée par Mgr Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux, le dimanche 09 juin 2019, en la cathédrale Saint-André de Bordeaux, à l'occasion de la confirmation de près de 121 adultes.

Chers amis,

 

Au moment où Jésus va quitter les siens et où vont cesser leurs rencontres avec le Ressuscité, le Seigneur va confier à ses disciples de poursuivre sa mission. Il en fait ses témoins : « Comme le Père m’a envoyé, à mon tour je vous envoie » (Jn 20, 21), leur dit-il. Cette mission ne consiste pas à ranimer la flamme du souvenir d’un mort ou d’un absent mais à annoncer et à rendre présent le salut apporté par le Christ.

 

Mais qu’est-ce que le salut ? Qu’est-ce que le Christ est venu apporter au monde ? Non pas un idéal, une morale, des valeurs si nobles soient-elles, un ensemble de rites qui constitueraient une nouvelle religion mais une transformation de la vie, une guérison du cœur de l’homme. Toute l’expérience d’Israël dans l’Ancien Testament vient en effet révéler que le cœur de l’homme est malade. Celui-ci était appelé à vivre une relation confiante et heureuse avec Dieu et une relation fraternelle et pacifique avec les autres. Or la tentation est forte de se détourner de Dieu et de vivre des relations conflictuelles avec les autres. Le peuple est tenté par les idoles. Les relations fraternelles se transforment en relations d’envie, de jalousie, de rivalité, de haine de l’autre. Oui, le cœur de l’homme est vraiment malade ! D’où la promesse, dans la bouche des prophètes, d’une intervention décisive de Dieu dans le cours de l’histoire : « Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau, j’ôterai de votre chair le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai mon esprit en vous…vous serez mon peuple et moi je serai votre Dieu » (Ez. 36, 26-28). Cette transformation est apportée par le Christ et est communiquée aux hommes dans le don de l’Esprit. C’est ce que vient nous révéler le récit de l’événement de Pentecôte.

 

Que produit l’Esprit Saint ?

 

Il change le cœur des apôtres

 

Ce qui est frappant c’est le changement que produit l’action de l’Esprit Saint sur les apôtres. Eux qui doutaient sont fortifiés dans leur foi. De tristes ils deviennent joyeux et n’ont pas peur de s’exprimer (d’ailleurs on les croit « remplis de vin doux »), de pleins de crainte ils se montrent courageux. Ils sortent de la maison où ils s’étaient réfugiés et on les rencontre sur la place publique. La résurrection du Christ les a éclairés. Ils y ont vu la victoire de l’amour sur la haine et sur la mort. Ils ont découvert ce visage d’amour de Dieu qui les aime, leur pardonne, les invite à entrer dans sa communion avec lui, les libère et leur donne sa vie. Ils savent qu’ils peuvent compter sur cet amour de Dieu en Jésus Christ : « Oui, j’en ai l’assurance : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni le présent ni l’avenir, ni les puissances, ni les forces des hauteurs ni celles des profondeurs, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ notre Seigneur » (Rm 8, 38-39). Éclairée par cette action de l’Esprit Saint qui leur fait découvrir à quel point ils sont aimés, la vie des disciples a changé et c’est cette expérience de transformation dont ils veulent témoigner. Ils ne témoignent pas d’une idéologie, ni d’une philosophie, mais d’un plus vécu dans l’existence. C’est ce que nous rappelle le pape François dans son exhortation La Joie de l’Evangile : « On ne peut persévérer dans une évangélisation fervente, si on n’est pas convaincu, en vertu de sa propre expérience, qu’avoir connu Jésus n’est pas la même chose que de ne pas le connaître, que marcher avec lui n’est pas la même chose que marcher à tâtons, que pouvoir l’écouter ou ignorer sa Parole n’est pas la même chose, que pouvoir le contempler, l’adorer, se reposer en lui, ou ne pas pouvoir le faire n’est pas la même chose. Essayer de construire le monde avec son Évangile n’est pas la même chose que de le faire seulement par sa propre raison. Nous savons bien qu’avec lui la vie devient beaucoup plus pleine et qu’avec lui, il est plus facile de trouver un sens à tout. C’est pourquoi nous évangélisons » (n° 266).

 

Il en fait des témoins

 

L’Esprit Saint équipe les disciples pour la mission. Il libère la parole. Il donne envie de partager une expérience. Il leur donne lumière pour annoncer le Christ, courage pour témoigner, force pour « rendre compte à quiconque le leur demande de l’espérance qui est en eux » (1 P 3, 15) comme le dit l’apôtre Pierre. Ils savent que Jésus passe par eux, par leur parole, par leur présence, par le témoignage de leur vie pour se révéler au monde. Ils sont les membres de ce corps que le ressuscité se donne aujourd’hui dans le monde, de ce corps par lequel il veut manifester sa présence et son action. C’est pour cela que Saint Paul dira aux chrétiens de Corinthe : « Vous êtes le corps du Christ, et vous êtes ses membres, chacun pour sa part » (1 Cor 12, 27). Le Seigneur compte sur nous. Être témoins fait partie intégrante de la foi et de l’expérience spirituelle. Si nous sommes chrétiens, nous avons le devoir de témoigner. Saint Paul dira : annoncer l’Évangile est une « nécessité qui s’impose à moi. Malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile ! » (1 Co 9, 16). En effet, celui qui a le cœur touché par le Christ ne peut pas ne pas vouloir le faire connaître et le faire aimer : « La nouvelle évangélisation doit impliquer que chaque baptisé soit protagoniste d’une façon nouvelle. Cette conviction se transforme en un appel adressé à chaque chrétien, pour que personne ne renonce à son engagement pour l’évangélisation, car s’il a vraiment fait l’expérience de l’amour de Dieu qui le sauve, il n’a pas besoin de beaucoup de temps de préparation pour aller l’annoncer, il ne peut pas attendre d’avoir reçu beaucoup de leçons ou de longues instructions. Tout chrétien est missionnaire dans la mesure où il a rencontré l’amour de Dieu en Jésus Christ ; nous ne disons plus que nous sommes « disciples » et « missionnaires », mais toujours que nous sommes « disciples-missionnaires » (Pape François : La Joie de l’Évangile, n°120).

 

Il prépare les cœurs pour la mission

 

Le récit de Pentecôte vient nous dire aussi que l’Esprit touche les cœurs et que ceux qui écoutent les apôtres entendent dans leur propre langue les merveilles de Dieu. C’est l’Esprit qui permet la communication, met sur la longueur d’onde de Dieu, permet à ceux dont les cœurs s’ouvrent d’entendre à travers les paroles des apôtres la Parole même de Dieu. La diversité n’est plus un danger ni une menace de tension ou d’éclatement, comme dans l’épisode biblique de la tour de Babel. Elle est une richesse car elle est portée par une communion qui est un fruit de l’Esprit Saint. N’oublions pas, nous dit Saint Paul, qu’à chacun est donné un don spirituel qui est à mettre au service de tous et Dieu sait si les dons sont divers et les charismes différents ! Loin d’être une difficulté, ils sont une richesse pour l’évangélisation. N’ayons pas peur de témoigner du Christ. Celui-ci nous précède et se révèle à nous dans la rencontre avec l’autre. Nous pouvons compter sur sa présence et sur son aide. Oui vraiment la confirmation est le sacrement de la confiance. Le Seigneur se confie à nous mais nous pouvons nous confier aussi à lui. Comme dit Saint Paul dans la lettre aux Galates : « Puisque l’Esprit est notre vie, que l’Esprit nous fasse agir » (Ga, 5, 25). Amen.

 

+ Jean-Pierre cardinal RICARD

Archevêque de Bordeaux

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