Pâques : la réponse du Père et le don d’une vie nouvelle

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Homélie de la messe de Pâques, prononcée par le cardinal Jean-Pierre Ricard, lors de la Vigile pascal en la basilique Saint-Seurin à Bordeaux, le Samedi 4 avril 2015.

Mais, qui est-cet homme ?

La résurrection du Christ est la réponse du Père à cette lancinante question qui traverse toute la vie de Jésus : Mais qui est cet homme ? Vient-il de Dieu ? Alors, il faut l’écouter et le suivre. Ou bien, est-il un imposteur, un séducteur, un faux prophète ? Mais alors, il faut le faire taire et le neutraliser. Plus Jésus s’expose dans sa parole, plus la question devient décisive. Il faut se positionner à son égard. Rester indifférent ou à distance est aussi un choix qui équivaut à un manque de foi. La question de l’origine en Dieu ou pas de la mission de Jésus est terrible de conséquences, car le livre du Deutéronome a des paroles redoutables à ce sujet (cf. Dt 18, 17-22). Il parle du discernement entre vrai prophète et faux prophète. Le vrai prophète est celui dont la parole se réalise, manifestant ainsi que Dieu était avec lui. Il faut alors le croire et obéir à sa parole. Par contre, le faux prophète est celui qui a annoncé des choses qui ne se réalisent pas. Il manifeste ainsi que Dieu n’était pas avec lui. Il faut alors le mettre à mort, car il représente un vrai danger pour le peuple.

 

Le procès fait à Jésus

Jésus s’est présenté comme l’envoyé du Père : « Mon enseignement, dit-il, ne vient pas de moi mais de Celui qui m’a envoyé » (Jn 7, 16). Il invite tous ses auditeurs à accueillir sa parole et à croire en lui. C’est justement cette foi qui les sauvera. Jésus s’en est remis totalement à son Père. Il a fait sienne cette parole du prophète Jérémie : « Et moi, comme un agneau confiant qu’on mène à l’abattoir, j’ignorais contre moi qu’ils tramaient des machinations : ‘détruisons l’arbre dans sa vigueur, arrachons-le de la terre des vivants, qu’on ne se souvienne plus de son nom !’. Seigneur, qui juges avec justice, qui scrutes les reins et les cœurs, je verrai ta vengeance contre eux, car c’est à toi que j’ai exposé ma cause » (Jr. 11, 19-20).

 

Oui, Jésus a exposé sa cause au Père. Mais sur la croix, au moment où il meurt en poussant un grand cri, ce sont ses adversaires qui triomphent. Celui qu’il nommait son Père semble n’avoir rien fait pour lui. Or Dieu n’avait-il pas promis de défendre son juste ? Mais Dieu n’est pas intervenu pour défendre Jésus, pour le sauver. Il n’était donc pas avec lui. On a bien fait, pensent tous ces adversaires de Jésus, de le condamner comme blasphémateur et imposteur.

 

La réponse du Père

Les disciples vivent là une épreuve terrible pour leur foi. Jésus avait pourtant eu le souci de les préparer à cette perspective, les avait invités à la confiance. Mais le choc de la croix et de la mort de Jésus est trop fort pour eux et on comprend que certains, comme les disciples d’Emmaüs, rentrent chez eux. L’aventure est terminée. Ils ont vécu avec Jésus un beau rêve mais ce rêve s’est fracassé sur la pierre du tombeau. Ces femmes qui retournent au tombeau. C’est vers un défunt qu’elles portent leurs pas afin de terminer les rites funéraires. Jésus avait bien parlé de « résurrection le troisième jour ». Certes on connaissait cette mention du « troisième jour » chez le prophète Osée (« après deux jours il nous fera revivre, le troisième jour il nous relèvera et nous vivrons en sa présence » 6, 2). Mais les rabbins l’interprétaient comme désignant le jour de la résurrection des morts, à la fin des temps. Quand nous regardons le groupe des disciples de Jésus, nous sommes loin de nous trouver devant des exaltés, qui auraient été victimes d’une hallucination collective. Il faut vraiment l’initiative de Dieu pour que, surmontant leurs doutes et leurs questions, ils accueillent la bonne nouvelle de la Résurrection de Jésus et fassent l’expérience de la présence du Ressuscité. Alors leurs yeux s’ouvrent. Ils entrent progressivement dans l’intelligence du dessein de Dieu. Ils comprennent qu’avec Jésus, le Serviteur souffrant, le Fils bien aimé du Père, se réalise le salut de l’homme. En lui l’amour a triomphé du mal, du péché, de la haine meurtrière et de la violence des hommes. C’est l’amour qui est chemin de vie. C’est lui qui conduit au bonheur et qui a les clefs de l’avenir.

 

C’est l’amour qui a les paroles de la vie éternelle

Il nous faut proclamer cette Bonne Nouvelle, surtout à une époque où beaucoup croient que ce sont la violence, la soif de pouvoir ou la force de l’argent et des armes qui mènent le monde. Ne voit-on pas ce réalisme à courte vue dans bien des réflexions que nous entendons autour de nous : « Fais-toi respecter ; rends coup pour coup ; ne te laisse pas marcher sur les pieds ; si tu veux la paix, prépare la guerre » ? Jésus nous conduit sur une tout autre voie.

 

Jésus n’est pas un maître de Sagesse mais le Sauveur

Jésus nous fait entrer dans une expérience. Il ne se contente pas de laisser aux siens des consignes, des indications pour la suite. Il n’est pas un maître de sagesse mais un Sauveur. D’ailleurs, quand le Christ ressuscité rencontre les siens, il souffle sur eux et leur communique son Esprit, son amour et sa dynamique de vie. Ses disciples sont baptisés, c’est-à-dire plongés dans l’Esprit Saint. Le baptême n’est pas simplement l’acte d’entrée dans un club, une cérémonie qui ne ferait que marquer l’appartenance à l’Eglise. Il est bien plus que cela. Il est une vie. La vie baptismale, qui se prolonge après l’acte initial du baptême, est vraiment l’entrée dans une vie, une vie où on se laisse transformer par l’Esprit de Dieu. Comme dit Saint Paul, nous apprenons à mourir au péché afin de vivre pour Dieu. La vie chrétienne est vraiment une expérience, celle de l’apprentissage, de l’apprentissage jamais terminé d’une transformation intérieure par l’Esprit Saint. Cet Esprit est source de guérison et de libération : il nous décentre de nous-mêmes, de notre égoïsme, de notre violence intérieure. Il est source de lumière : la foi donne un sens à notre vie. L’Esprit nous fait découvrir à quel point nous sommes aimés par le Père. Il est aussi source de sanctification : il nous apprend à aimer comme Dieu, avec cette force, cette bienveillance et, à certains jours ce pardon, qui viennent de Dieu. L’Esprit nous fait goûter la paix et la joie qui ont leur source en Dieu.

 

Laissons Dieu créer du neuf en nous

Chers frères et sœurs chrétiens, à la suite des baptisés de la Vigile pascale, nous, les baptisés de plus longue date, nous avons besoin de laisser le Seigneur nous renouveler intérieurement, faire du neuf dans nos vies. Pâques doit être pour tous l’occasion d’un nouveau départ dans la foi et dans l’amour. Laissons l’Esprit du Seigneur porter du fruit dans notre vie de tous les jours. Dieu nous disait par la voix du prophète Isaïe : « La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer…ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qu’il me plaît, sans avoir accompli sa mission » (Is. 55, 10-11).

 

Frères et sœurs, accueillez-ce matin cette Bonne nouvelle de la Résurrection du Seigneur. Qu’elle porte du fruit dans vos vies. Bonne et belle fête de Pâques ! Amen.

 

† Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux

 

 

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