“ N’hésitons pas à prendre Marie chez nous ”

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Homélie de la fête de l'Immaculée conception, prononcée par le cardinal Jean-Pierre Ricard, en la cathédrale d'Angers, mardi 8 décembre 2015.

 

 

Monseigneur,

Chers Pères,

Chers amis,

 

Je dois vous faire une confidence.

Longtemps, l’évocation de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie m’a laissé un peu froid. Non qu’elle me fasse difficulté sur le plan de la foi. Je souscrivais à la définition dogmatique du Pape Pie IX qui déclarait : « La bienheureuse Vierge Marie a été, au premier instant de sa conception, par une grâce et une faveur singulière du Dieu Tout-puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ Sauveur du genre humain, préservée intacte de toute souillure du péché originel ». Je comprenais que Marie avait été le premier fruit anticipé de la Rédemption du Christ et j’aimais bien le beau titre que Saint Bernard lui avait donné : « Fille de ton Fils ». Mais tout cela ne me touchait guère, comme si Marie appartenait à un autre monde que nous, comme si elle poursuivait sa course sur des chemins éthérés alors que nous, nous avançons péniblement, en trébuchant sur les pierres du chemin. Disons-le tout net : je ne voyais pas en quoi cette affirmation de la foi touchant la Conception Immaculée de Marie concernait notre quotidien et pouvait éclairer notre expérience croyante.

Or, dans la méditation, deux paroles se sont éclairées un jour pour moi. Ce sont « Conçue sans péché » et « Pleine de grâce ». Je voudrais vous partager simplement ce soir ce qu’il m’a été donné de percevoir.

 

« Conçue sans péché »

Tous, nous cherchons à entrer en relation les uns avec les autres. Nous sommes habités par un désir profond de communication mutuelle. Mais, nous faisons l’expérience de la difficulté de la rencontre. Comme les hérissons, nous souhaitons nous rapprocher mais, dès que nous sommes trop près, nous nous piquons. Nous nous heurtons à la différence des autres. La peur, la jalousie, le besoin de se comparer, la volonté de posséder, l’égoïsme viennent parasiter souvent la relation. Cette difficulté est liée à notre finitude, bien sûr, mais la plupart du temps aussi à notre péché. Le péché met toujours entre les personnes une distance ou une fausse proximité. Il est un obstacle à la rencontre, à l’amour, à la solidarité.

“ L’Immaculée Conception de Marie vient nous dire sa proximité maternelle aimante. N’hésitons pas à nous confier à Marie .”

Nous comprenons alors qu’affirmer que Marie a été conçue sans péché et qu’il n’y a pas eu de péché en elle pendant sa vie, c’est reconnaître qu’il n’y a pas, en elle, de distance entre elle et nous. « Conçue sans péché », Marie n’en est que plus proche et plus disponible aux pécheurs, plus totalement ouverte à la miséricorde, plus prompte à nous ouvrir la voie conduisant au pardon. Habitée par la grâce de Dieu, Marie n’en est que plus attentive à nos vies marquées par les difficultés, les doutes, les tentations, parfois les trahisons. Elle nous voit avec le regard d’amour de Dieu et sa présence maternelle auprès de nous est constante, amicale, affectueuse. L’Immaculée Conception de Marie vient nous dire sa proximité maternelle aimante. N’hésitons pas à nous confier à Marie.

Nous allons entrer dans l’année jubilaire de la Miséricorde. Entrons-y avec Marie. Le pape François nous y invite. Il écrit : « Que notre pensée se tourne vers la Mère de Miséricorde. Que la douceur de son regard nous accompagne en cette Année sainte, afin que tous puissent découvrir la joie de la tendresse de Dieu. Personne n’a connu comme Marie la profondeur du mystère de Dieu fait homme. Sa vie fut modelée par la présence de la miséricorde faite chair. La Mère du Crucifié Ressuscité est entrée dans le sanctuaire de la miséricorde divine en participant intimement au mystère de son amour…Marie atteste que la miséricorde du Fils de Dieu n’a pas de limite et rejoint tout un chacun sans exclure personne » (Bulle d’indiction, n°24). Oui, la fête de l’Immaculée Conception vient nous redire avec force la proximité aimante de Marie.

 

« Pleine de grâce »

Conçue sans péché, Marie est aussi « pleine de grâce », « comblée de grâce » (kecharitomene) comme nous le dit l’évangéliste Luc (1, 28). Elle est la « Toute Sainte », selon l’expression des Pères de la tradition orientale. Elle est la « Panaghia ».

Marie, pleine de grâce, est l’Eve nouvelle, le prototype de l’humanité nouvelle, recréée par le Christ. En Marie, l’Eglise contemple ce que peut faire la puissance de la grâce de Dieu quand elle trouve un être qui l’accueille, se laisse modeler par elle et collabore à son action. C’est vrai qu’il n’y a pas eu en Marie de refus de cette grâce, de fêlure dans l’accueil du Seigneur, de réticence à sa Parole, de condition mise à l’acceptation de sa volonté, comme il peut y en avoir dans nos propres vies. Il nous arrive, nous, de dire non à Dieu ou bien : « Oui, mais », « Oui, demain ». Chez nous, l’accueil du Seigneur est plus laborieux. Marie, elle, est la servante. Elle se donne totalement à Dieu, à son Fils, à son rôle de Mère de Jésus mais aussi de Mère de tous ces disciples que Jésus lui confie. Avouons que nous, nous avons plus de peine à nous donner. Nous le voulons. Nous y aspirons. Mais, nous nous rendons compte souvent que nous ne faisons que nous prêter et qu’il nous arrive de nous reprendre très vite.

C’est là que la fête de l’Immaculée Conception vient comme une Bonne Nouvelle, un formidable encouragement. La Vierge vient nous dire : N’ayez pas peur, ne vous découragez pas. Vous n’êtes pas seuls. Regardez ce que peut faire la puissance de la grâce de Dieu. Cette grâce, comme force de vie nouvelle, comme source d’eau vive, vous est sans cesse donnée. Accueillez-la. Ré-accueillez-la sans cesse. Vous ne savez pas ce que le Seigneur peut faire en vous. Accueillez simplement sa grâce. Vous serez alors comme la bonne terre qui porte du fruit au centuple. En cette année où nous sommes invités à contempler et à accueillir la miséricorde du Père, laissons l’Esprit Saint façonner en nous un cœur miséricordieux et compatissant. C’est ce que Saint Paul demande aux chrétiens de Colosses : « Puisque vous êtes élus, sanctifiés, aimés par Dieu, revêtez donc des sentiments de compassion, de bienveillance, d’humilité, de douceur, de patience. Supportez-vous les uns les autres, et si l’un a un grief contre l’autre, pardonnez-vous mutuellement ; comme le Seigneur vous a pardonnés, faites de même, vous aussi. Et par dessus tout, revêtez l’amour, en lequel se noue la perfection » (Col. 3, 12-14).

Ainsi, chers amis, en célébrant l’Immaculée Conception de Marie, nous ne tournons pas nos regards vers une vérité déconnectée de toute expérience. Nous sommes appelés, au contraire, à voir la présence toute proche et quotidienne de Marie qui ne veut ni ne peut nous abandonner. Tel est le don que Jésus fait à ses disciples et à son Eglise : « Voici ta Mère ! ». Et l’Evangile ajoute : « A partir de cette heure, le disciple la prit chez lui ! ». N’hésitons pas à prendre Marie chez nous. Elle nous conduira toujours à Dieu sur le chemin de la confiance, du service et de la miséricorde. Amen.

 

+ Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux

 

 

 

 


 

Crédit photo : © Sanctuaires de Lourdes - David Vincent (Flickr)

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