Soyons les jardiniers de l'amour, de la fraternité !

Notre société a besoin de paix, de justice, de bienveillance et de fraternité. Soyons, en nous et autour de nous, ces jardiniers de l’amour, ces jardiniers de la fraternité.

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Homélie prononcée par le cardinal Jean-Pierre Ricard, lors de la messe de Noël, le 24 et 25 décembre 2018, à Bordeaux.

 

Mais que fêtons-nous à Noël ? La question, chers frères et sœurs, peut paraître surprenante. Pourtant elle ne l’est pas. Nous sommes dans une société qui s’est éloignée de ses racines chrétiennes. D’où la question d’un certain nombre de nos contemporains : Noël, est-ce la fête de l’hiver, du sapin, des cadeaux, des enfants, la fête de famille avec bon repas à l’appui, la grande fête de la consommation avec ses guirlandes, ses lumières et ses articles en promotion ? Noël, est-ce la crèche avec son folklore sympathique, mais qui semble nous renvoyer à un passé de rêve ? Finalement, à Noël, que fêtons-nous ?

 

La réponse nous est donnée dans l’annonce de l’ange aux bergers qui déploie pour nous le sens de Noël :

 

« Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une joie pour tout le peuple : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire » (Lc 2, 10-12). Dans cette annonce, tout nous est dit. L’ange du Seigneur nous présente la carte de visite de Jésus.

 

Il vous est né un Sauveur

 

À Bethléem, se passe quelque chose d’inouï, d’inattendu : ce bébé, qui naît de ce couple pauvre de galiléens déplacés, et que l’on va déposer sur la paille d’une mangeoire, c’est le Messie attendu par Israël, celui qui devait annoncer des temps nouveaux, un temps de renouvellement intérieur du cœur de l’homme. Les prophètes, Jérémie et Ézéchiel, l’avaient annoncé. Dieu allait transformer le cœur de l’homme. Car le cœur de l’homme est malade. Comme dit Saint Paul, il y a quelque chose qui ne fonctionne pas bien dans le cœur des hommes : nous distinguons le bien et le mal mais « le bien que je veux, je ne le fais pas et le mal que je ne veux pas, je le fais » (Rm 7, 19) et Paul de conclure : « Qui me délivrera de ce corps (non pourrions dire aussi de ce « cœur ») qui appartient à la mort ? » (id. 7, 24). Oui, les prophètes avaient annoncé que Dieu allait intervenir, qu’il mettrait en l’homme son Esprit, qu’il transformerait le cœur de l’homme, qu’il changerait les cœurs de pierre en cœurs de chair, en cœurs qui sachent aimer. Dieu apporterait ainsi le salut à l’homme. En cet enfant qui est donné, Dieu vient réaliser sa promesse. En ce Jésus qui naît, c’est le Père qui envoie son fils transformer le cœur des hommes et nouer avec eux une nouvelle Alliance. Comme dit l’ange, cet enfant est le Sauveur. Il est le Seigneur.

 

Aujourd’hui vous est né un Sauveur

 

Cet « Aujourd’hui » s’adresse, bien sûr, aux bergers. L’ange annonce la naissance de cet enfant et les invite à venir à la crèche. Mais cet « Aujourd’hui » s’adresse à nous aussi, il nous concerne. Car ce Fils de Dieu venu dans le monde, il y a deux mille ans, ne s’est pas contenté de faire un petit tour sur terre avant de retourner dans le ciel. Il a grandi, il a donné sa vie pour nous, il a été mis à mort mais il est ressuscité. Il est le Vivant qui vient vers nous aujourd’hui et qui s’offre à nous comme notre compagnon de route. « Et moi, dit Jésus, je suis avec vous jusqu’à la fin des siècles » (Mt 28, 20). Le Christ frappe à notre porte. Il veut faire de nos vies sa maison, sa demeure. Il nous offre son Esprit. Il nous donne son amour. Il nous révèle que nous sommes les enfants bien-aimés du Père. Il nous invite à accueillir cet amour et à nous laisser aimer. Comme il est dit dans le Prologue de l’évangile de Jean : « Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu » (Jn 1, 12).

 

Vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire

 

Naître de Dieu, c’est être renouvelé par lui. Mais comment Dieu, en nous aimant, transforme-t-il notre cœur ? La réponse nous est donnée par la façon dont cet enfant vient au monde. Spontanément nous pensons, comme d’ailleurs beaucoup de juifs à l’époque de Jésus, que lorsque le Messie viendra inaugurer un nouveau règne parmi les hommes, sa venue sera éclatante. Il sera aussi puissant, si ce n’est plus, que l’empereur de Rome qui avait le pouvoir de mettre en route les populations de son empire pour procéder à un recensement. Il sera certainement plus puissant encore que le roi Hérode qui faisait peser sa main de fer sur toute la Judée. Beaucoup pensent que si Dieu est à l’œuvre, sa toute-puissance doit se manifester avec éclat et grande gloire. Tout le monde se rendra alors à l’évidence et accueillera le don de Dieu.

 

Or, ce n’est pas ainsi que Dieu agit. Sa puissance n’est pas une force qui s’imposerait de façon spectaculaire et tapageuse. Dieu n’est pas un magicien ou un prestidigitateur. Il ne transforme pas le cœur de l’homme d’un coup de baguette magique. Le signe de la venue de Dieu, c’est un enfant qui naît. Quoi de plus fragile, de plus dépendant qu’un enfant ? Il est totalement livré entre les mains de ceux qui l’accueillent et prennent soin de lui. En Jésus, Dieu se livre en nos mains. Il n’impose pas son amour. Il l’offre et fait appel à notre liberté. Oui, il nous offre la présence de son Esprit mais demande notre coopération : à notre tour d’accueillir cet amour et d’aimer comme nous sommes aimés. C’est que dit Jésus à ses disciples : « Comme je vous ai aimés, vous devez, vous aussi, vous aimer les uns les autres » (Jn 13, 34).

 

Dans l’Évangile, Jésus compare l’action de Dieu en nous à une semence, à une graine. Il parle de l’action du Règne de Dieu dans le monde « comme d’une graine de moutarde » (Mc 4, 31). Elle est petite, fragile. Elle dépend de son environnement pour grandir. Elle a besoin d’une terre nourricière, de l’eau et du soleil. Mais elle a en elle une puissance de croissance, de transformation et de vie. L’amour que Dieu met en nos cœurs est comme cette graine. Il est discret mais il a une formidable puissance de transformation dans nos vies et dans le monde aujourd’hui. À condition, bien sûr, que nous soyons attentifs à lui et prenions soin de lui. Il a besoin de jardiniers. Prenons soin de cet amour du Seigneur, soignons sa croissance. Notre société a besoin de paix, de justice, de bienveillance et de fraternité. Soyons, en nous et autour de nous, ces jardiniers de l’amour, ces jardiniers de la fraternité. Ayons la main verte en ce domaine.

 

C’est ce que nous pouvons demander à Dieu dans la prière en nous souhaitant un bon Noël !

 

 

+ Jean-Pierre cardinal RICARD

Archevêque de Bordeaux

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