L'évangélisation entre passion et patience

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Lisez, et écoutez en streaming, l'homélie de la messe de la Fête de Saint André 2012, par Mgr Jean-Pierre Ricard

Écouter ci-dessous l'homélie de Mgr Jean-Pierre Ricard

Pas d’évangélisation sans rencontre personnelle avec le Christ

A cette époque de l’année, la liturgie nous fait lire ces passages apocalyptiques de l’Evangile où Jésus parle de la fin des temps et du jugement dernier. Ces textes, quand ils sont lus dans un contexte d’inquiétude et d’angoisse, peuvent exciter la curiosité d’esprits enfiévrés. Certains - et encore récemment - ont prétendu connaître la date de la fin du monde. Il est pourtant utile de se rappeler ces paroles de Jésus à ses disciples : « Vous n’avez pas à connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa propre autorité ; mais vous allez recevoir une puissance, celle du Saint Esprit qui viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1, 7-8). Il est bon pour nous aujourd’hui de nous mettre à l’écoute de cet appel du Christ, tout particulièrement au moment où nous fêtons l’apôtre Saint André et où nous entrons dans la troisième étape de notre parcours missionnaire diocésain. Jésus lie deux choses : la mise en route apostolique et l’expérience de l’Esprit Saint. Les deux sont d’ailleurs profondément mêlées. Madeleine Delbrel le souligne dans une affirmation que je trouve lumineuse, lorsqu’elle dit : « Rien au monde ne nous donnera l’accès au cœur de notre prochain, sinon le fait d’avoir donné au Christ l’accès au nôtre » (Athéismes et évangélisation). La troisième étape de notre parcours missionnaire propose de bien lier les deux, de vérifier notre accueil du Christ et de nous laisser envoyer par lui pour être les révélateurs de son amour auprès de tous.

« Allez, je vous envoie. Vous serez mes témoins », nous dit Jésus. Au moment où le Christ nous envoie en mission,  nous avons besoin de nous retremper dans la foi apostolique qui a été celle de Saint André et de Saint Paul et de nous laisser inspirer par eux. Tous deux nous disent que l’aventure apostolique à la suite du Christ est une affaire de passion et de patience, ces deux sœurs jumelles qu’il faut éviter de séparer.

La passion d’annoncer l’Evangile

L’Evangélisation n’est pas un plan de reconquête. Elle est avant tout une affaire de passion et d’amour. Saint Paul se met en route parce qu’il a vécu une rencontre bouleversante avec le Christ ressuscité sur le chemin de Damas. Son cœur a été touché par l’expérience qu’il a faite de l’amour du Christ pour lui. Son esprit en a été illuminé, son existence bouleversée, sa vie transformée. Il a découvert tout ce que lui apportait cette vie filiale offerte par le Christ et tous ces fruits qu’y faisait porter l’Esprit Saint. Il comprend, par une exigence intérieure, qu’il ne peut pas garder pour lui tout seul cette expérience mais qu’il a à la faire connaître, à l’annoncer et à la faire partager. C’est cette passion pour le Christ qui fait naître en lui cette passion de l’annonce de l’Evangile : « Annoncer l'Evangile en effet n'est pas pour moi un titre de gloire; c'est une nécessité qui m'incombe. Oui, malheur à moi si je n'annonçais pas l'Evangile! » (1 Cor 9, 16). L’évangélisation prend toujours sa source dans une rencontre personnelle avec le Christ et l’élan missionnaire naît d’une vie renouvelée par l’amitié avec le  Seigneur. C’est l’Esprit Saint qui met en route. Regardez les apôtres avant la Pentecôte. Ils avaient peur. Ils s’étaient enfermés dans leur maison avec leurs questions et leurs doutes. Et c’est le don de l’Esprit qui va brûler leurs cœurs comme un feu. Il  met en eux cet amour pour le Christ et cette passion qui les pousse à annoncer à tous la Bonne nouvelle de l’Evangile sur la place publique.

“ Nous avons besoin, nous aussi, de nous laisser redonner par l’Esprit Saint cette passion apostolique. ”

Nous avons besoin, nous aussi, de nous laisser redonner par l’Esprit Saint cette passion apostolique. Le danger pour notre vie personnelle ou pour celle de nos communautés chrétiennes, c’est de nous assoupir, de ronronner dans nos habitudes, dans nos fonctionnements habituels, de nous laisser gagner par une certaine torpeur, une tiédeur, un repli de chacun sur lui-même. Vous connaissez dans l’Apocalypse de Saint Jean l’apostrophe terrible du Christ à l’Eglise de Laodicée : « Je connais ta conduite: tu n'es ni froid ni chaud -- que n'es-tu l'un ou l'autre! Ainsi, puisque te voilà tiède, ni chaud ni froid, je vais te vomir de ma bouche » (Ap 3, 9). Ne prenons pas cette parole du Christ comme une condamnation mais comme cette invitation qu’il nous adresse, qu’il adresse à nos communautés : « Viens te réchauffer à ma flamme ! ». C’est à un véritable renouveau spirituel, à une conversion encore plus profonde à l’Evangile que toute notre Eglise diocésaine est appelée, car aujourd’hui le véritable défi qui nous est lancé, c’est que le témoignage à donner au Christ n’a pas qu’une dimension personnelle. Il doit avoir aussi une dimension communautaire. C’est le corps du Christ qui évangélise. Ce sont nos paroisses, nos communautés religieuses, nos mouvements, nos aumôneries, nos écoles, nos associations qui doivent être habités par cette passion d’annoncer l’Evangile.

La patience  qui nous ajuste au temps de Dieu

La passion, mais aussi la patience. C’est la vertu du missionnaire. Certes, « Si l’amour du Christ nous presse » comme dit Saint Paul, il nous faut pourtant apprendre à nous ajuster au temps de Dieu. Le temps de Dieu est tout à la fois celui des rencontres soudaines mais aussi celui des lents cheminements. Saint Paul est converti brutalement sur le chemin de Damas mais les disciples d’Emmaüs dialoguent et cheminent pas à pas avec ce voyageur mystérieux  qu’ils ne reconnaîtront qu’à la fraction du pain. L’Evangile parle de la lente germination des graines, de la croissance des plantes et de l’attente du temps de la moisson. Saint Paul parlera d’engendrement dans la foi. Une gestation ne se fait pas en un jour. Dieu prend son temps. Il marche au pas de l’homme. Sa Parole fraie son chemin dans les cœurs. L’Esprit Saint peut avoir des itinéraires mystérieux dans la vie des hommes. Nous sommes invités à la patience, à une patience active. Car la patience est une forme de confiance. On sait que Dieu agit, que son Esprit travaille même si son action nous échappe, nous déconcerte et à certains jours nous surprend. Comme Jésus le dit à ses disciples : «  Ici se vérifie le dicton: autre est  celui qui sème, autre celui qui moissonne. Je vous ai envoyés moissonner là où vous ne vous êtes pas fatigués; d'autres se sont fatigués et vous, vous héritez du fruit de leurs fatigues » (Jn 4, 37-38). Il est bon de se redire cela, à certains jours, devant les difficultés de la mission.

Et c’est là que la patience prend alors le visage de l’assurance et de la persévérance, ces deux qualités de la vie apostolique dont parle Saint Paul. C’est la foi dans le Christ, c’est la confiance en sa victoire finale, qui nous donnent la force de ne pas avoir peur d’affronter les forces du mal, de ne pas nous décourager, de ne pas baisser les bras, de continuer courageusement la route. La patience qui tient bon repose sur cette assurance du Christ qui nous dit : «  Sois sans crainte, petit troupeau, car votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume » (Lc 12, 32). Tenons bon dans la foi et la patience !

Frères et sœurs, au cours de cette eucharistie, prions le Seigneur, de donner à notre Eglise, à nos communautés, et à chacun d’entre nous ce zèle missionnaire qui brûlait dans le cœur des apôtres au lendemain de la Pentecôte. Demandons à l’apôtre Saint André, d’accompagner de sa prière notre Eglise diocésaine dans son parcours missionnaire, elle, qui entend son Seigneur lui dire aujourd’hui : « Levez les yeux et regardez ; déjà les champs sont blancs pour la moisson ! » (Jn 4, 35). Amen.

†  Jean-Pierre cardinal RICARD

Archevêque de Bordeaux

Evêque de Bazas

 

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