“ Les diacres rappellent à l'Église qu'elle à a vivre ce service des hommes ”

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Homélie de la messe d'ordination diaconale de Joël Basileu, Renaud Dulin, André Frech, Georges Pauly et Sylvain de Resseguier, prononcée le 14 juin 2015 en la cathédrale Saint-André de Bordeaux.

 

Chers frères et sœurs dans le Christ,

Chers amis,

Célébrer une ordination est toujours pour l’Eglise l’occasion de se remettre devant sa mission. L’Eglise, en effet, n’a pas sa raison d’être en elle-même. Elle n’existe que pour communiquer l’Evangile, servir la présence du Ressuscité, qui vient aujourd’hui à la rencontre des hommes. Mais, pour que tous grandissent dans la conscience de cette mission que le Christ confie à son Eglise, quelques-uns sont appelés à servir cette mission de tous les baptisés, ce sont les ministres ordonnés : les évêques, les prêtres et les diacres.

Les diacres sont invités à donner visage au Christ, au Christ serviteur, serviteur du Père et serviteur des hommes. Ils rappellent à l’Eglise qu’elle a à vivre, avec le Christ et dans la dynamique même du Christ, ce service des hommes, pour être vraiment à l’image de celui qui est venu « non pour être servi mais pour servir » (Mt 20, 28).

 

Les diacres serviteurs d’une Eglise proche des hommes

Une Eglise servante, c’est d’abord une Eglise proche de la vie la plus quotidienne des hommes, une Eglise qui, comme le Christ, se fait proche de chacun, « plante sa tente » (Jn 1, 14) au sein de l’humanité, vient à la rencontre des enfants, des jeunes, des hommes et des femmes de notre temps. Beaucoup de nos contemporains ont besoin de sentir qu’ils sont rejoints, accueillis, écoutés, soutenus, qu’ils comptent aux yeux des autres. Pas d’annonce de l’Evangile sans cette écoute, ce dialogue, ce respect de la liberté de chacun, sans cet appel à la confiance et à l’espérance. Relisons toutes ces rencontres du Christ dans l’Evangile et nous serons à bonne école pour témoigner auprès de tous d’un Dieu proche et passionné de l’homme.

Chers frères qui êtes appelés à être ordonnés diacres, l’Eglise, par cet appel, ne vous a pas retirés du monde. Vous avez une vie familiale. Quatre d’entre vous avez une épouse et des enfants. Vous avez ou vous avez eu une vie professionnelle. Des parents, des amis et des collègues de travail vous entourent aujourd’hui. Vous êtes vraiment dans le monde. Et pourtant, vous le savez, la vraie proximité évangélique est plus que cela. Elle n’est pas qu’une affaire d’insertion. Elle est une affaire de cœur. Elle implique un décentrement par rapport à soi, une conversion permanente pour être disponible à l’autre et aux autres. Dans votre vie de tous les jours, dans vos responsabilités familiales et professionnelles, dans la mission que vous recevrez, vivez cette proximité, cette disponibilité, ce service de tous, même s’il faut parfois accepter d’être dérangés ou bousculés.

Mais, à votre tour, aidez-nous à vivre cette proximité, à être attentifs à ceux que l’on a tendance à ne pas voir dans notre société, à tous les laissés-pour-compte, tous ceux et celles qui se trouvent malmenés par la vie. Aidez-nous à vivre cette ouverture à tous et cette largesse du cœur dont le Concile Vatican II dit qu’elles doivent caractériser tous les disciples du Christ : « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur….. La communauté des chrétiens se reconnaît donc réellement et intimement solidaire du genre humain et de son histoire » (Gaudium et Spes, n° 1).

 

Les diacres serviteurs d’une Eglise qui s’approche du cœur de Dieu

Une Eglise qui est proche, c’est aussi une Eglise qui s’approche du cœur de Dieu. Jésus nous révèle le secret de sa véritable proximité. En effet, qu’est-ce qui permet à Jésus d’être si présent, si accueillant, si disponible à toutes ces foules qu’il croise ou qui viennent à sa rencontre, c’est sa présence au Père. Saint Marc nous dit : « Au matin, à la nuit noire, Jésus se leva et s’en alla dans un lieu désert ; là il priait » (Mc 1, 35). C’est dans ce face-à-face avec son Père que Jésus reçoit l’amour dont il est aimé, la tendresse qu’il expérimente et à laquelle il répond de tout son être. On comprend qu’à travers tout ce qu’il est, tout ce qu’il vit, tout ce qu’il dit et tout ce qu’il fait, Jésus révèle le vrai visage du Père : un Dieu qui veut nouer avec chacun une amitié, une histoire d’amour.

Chers diacres, vous êtes les hommes du parvis, de l’accueil, de tout ce qui permet ce contact avec la vie des hommes dans ce qu’elle a de plus quotidien et de plus prosaïque. Mais vous vous trouvez aussi à l’autel. C’est vous qui tenez le calice à l’élévation de la fin de la prière eucharistique. Vous présentez le sang du Christ. Vous êtes au cœur du sacrifice du Seigneur qui donne sa vie pour le salut des hommes. Vous êtes les serviteurs du plus grand amour, de l’amour de « celui qui se dessaisit de sa vie pour ceux qu’il aime » (Jn 15, 13). Soyez dans votre vie de tous les jours, dans la mission que l’Eglise vous confie, les témoins de cet amour. C’est dans la prière quotidienne, en particulier dans l’Office des Heures, mais aussi dans l’Eucharistie, que vous vous approcherez du cœur du Christ et boirez à la source d’eau vive de l’amour de Dieu.

En cette année sainte de la Miséricorde qui s’ouvrira au mois de décembre, aidez-nous à découvrir plus profondément encore le visage de miséricorde et de compassion de notre Dieu.

 

Les diacres serviteurs d’une Eglise « en sortie »

Si le diacre est l’homme du parvis, l’homme de l’autel, il est aussi le ministre de l’envoi. C’est lui qui, à la fin de la célébration, dit : « Allez dans la paix du Christ ». Il appelle à la sortie, à la dispersion, à la mission au cœur du monde. Une Eglise servante, c’est une Eglise qui ne reste pas enfermée dans ses murs, dans sa sacristie, dans ses réseaux familiers, dans ses habitudes et son organisation. C’est une Eglise qui sort et va à la rencontre des hommes. Combien de fois le pape François ne nous l’a-t-il pas rappelé !

Chers frères diacres, aidez nos communautés chrétiennes, nos conseils, nos équipes d’animation, nos mouvements et nos services, à sortir. Aidez-nous à ne pas nous replier sur nous-mêmes, à ne pas nous laisser habiter par le seul souci de notre organisation, de notre animation, à ne pas nous laisser paralyser par nos tensions internes qui peuvent parfois dévorer notre temps et nos énergies. Aux disciples qui souhaitaient rester tranquillement dans la ville de Capharnaüm, Jésus réplique : « Allons ailleurs dans les bourgs voisins, pour que j’y proclame aussi l’Evangile : car c’est pour cela que je suis sorti » (Mc 1, 38). Frères diacres, n’hésitez pas à nous inviter à « aller ailleurs », à nous rappeler que l’Evangile y est mystérieusement attendu et que le Seigneur lui-même nous a précédés dans cet ailleurs.

Frères et sœurs, rendons grâce au Seigneur pour le don qu’il fait à son Eglise du ministère des diacres permanents. Grâce à eux, l’Eglise est invitée à garder le cap de l’Evangile, à s’ancrer toujours plus profondément dans ce service de Dieu et des hommes. Soyons reconnaissants à ceux qui vont recevoir ce ministère et prions pour eux. Amen.

 

+ Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux

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