“Les apôtres ne sont pas des héros, mais peuvent compter sur la force d'un Autre”

Partager sur: Partager sur Twitter Partager sur Facebook Partager sur Google+

Homélie du cardinal Jean-Pierre Ricard, pour la fête de Pentecôte, ce dimanche 15 mai 2016.

Chers amis,

L’homme de la Bible est un être concret. Il n’aime pas l’abstraction et pour parler des réalités spirituelles, il emploie volontiers des images. Pour évoquer le don de l’Esprit que nous célébrons dans cette fête de Pentecôte, il va parler de souffle, de feu, de vent. J’aimerais reprendre avec vous chacune de ces trois images et méditer sur leur signification.

Le souffle

« Jésus souffla sur eux et leur dit  « recevez l’Esprit Saint » ». Image étonnante et pourtant particulièrement parlante que celle du souffle, de ce principe vivant, que l’on reçoit, qui nous fait vivre, que l’on communique. Jésus communique aux siens cet Esprit qu’il a reçu du Père, qui a demeuré en lui et qui est devenu aussi son Esprit. Cet Esprit est puissance de vie, puissance en Dieu de communion et d’amour. L’Esprit nous fait participer à la confiance du Fils. Il fait naître en nous la foi, la confiance dans le Père, le désir de suivre le Christ, d’écouter sa Parole, d’entrer dans son amitié. C’est Lui qui fait de nous des chercheurs de Dieu, qui nous donne soif de la source d’eau vive. C’est Lui qui murmure dans nos cœurs « Va vers le Père ». Saint Paul d’ailleurs nous dira que personne ne peut dire «  Jésus est le Seigneur » ou appeler Dieu « Père, abba » sans l’action de l’Esprit Saint.

Oui, l’Esprit nous établit dans la paix, dans la joie, dans la confiance. Il éclaire notre route ; il donne un sens à notre vie. Il nous fait découvrir l’amour du Père pour nous, sa tendresse, sa miséricorde. Il nous fait sentir combien, chacun, nous sommes aimés et combien aussi la présence en nous de cet amour peut être source de guérison, de pardon, d’acceptation de nous-mêmes, force de transformation et de recréation. Comme le vase dans les mains du potier l’Esprit saint nous façonne et recrée en nous l’image, la ressemblance de Dieu. Alors, n’hésitons pas à respirer à pleins poumons ce souffle que nous donne le Ressuscité ! C’est vraiment une grâce, un vrai bonheur, que d’être habités par ce souffle de Dieu. N’ayez pas peur d’aller toujours de l’avant dans cette aventure spirituelle !

" En entrant en synode, notre Église diocésaine souhaite renforcer ses liens de communion et sa disponibilité pour la mission. "

Le feu

Après le souffle, le feu. Les apôtres, nous dit le récit de la Pentecôte, « virent apparaître comme une sorte de feu qui se partageait en langues et qui se posa sur chacun d’eux. ». Le feu, la flamme qui brûle, ne sont-ils pas l’image de l’amour ? Le Christ communique aux siens cette puissance d’amour, de don, de pardon, de communion qu’il partage avec le Père. C’est l’Esprit saint, qui nous fait aimer comme Dieu ou plus exactement qui nous fait aimer avec l’amour même de Dieu, avec la force qui vient de Dieu. Saint Paul nous dira que « l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm 5, 5). C’est l’Esprit qui nous décentre de nous-mêmes pour nous mettre au service des autres, pour faire de nous des artisans de paix, de réconciliation, de partage, de solidarité, dans un monde marqué par la violence, l’intolérance, la difficulté d’accepter les différences, la lutte du chacun pour soi.

On peut dire, avec saint Paul, que l’Esprit saint est puissance de libération. Il nous libère de tout ce qui nous replie sur nous-mêmes, sur nos intérêts, sur notre pré carré pour nous rendre libres d’aimer, d’aimer comme le Christ, et de tisser autour de nous des relations vraiment fraternelles.

Car c’est l’Esprit qui nous appelle à vivre ensemble, en peuple, en famille, en Église, en communion fraternelle. Une communion, qui n’est pas appartenance anonyme à une grande organisation, à une espèce de multinationale de la foi, mais insertion dans une communauté à taille humaine, ce corps du Christ, où chacun peut prendre sa place comme les membres dans un corps vivant. L’Apôtre ne nous dit-il pas : « Chacun reçoit le don de manifester l’Esprit en vue du bien de tous » ? L’Esprit distribue les charismes pour la vitalité et l’édification harmonieuse de son Corps.

La Pentecôte vient nous rappeler que l’Esprit saint nous invite à prendre notre place dans la vie ecclésiale, que le Seigneur nous confie son Église comme une réalité sans cesse à bâtir, à édifier dans ses formes concrètes. En entrant en synode, notre Église diocésaine souhaite renforcer ses liens de communion et sa disponibilité pour la mission. Tous nous sommes invités à participer à cette marche ensemble. L’Église a besoin de vous. Le Seigneur aujourd’hui a besoin de chacun d’entre nous !

 

Le vent

Enfin, le vent. Les Actes des Apôtres relatent : « Soudain il vint du ciel un bruit pareil à celui d’un violent coup de vent. ». Quand l’Esprit est donné, comme le vent, il pousse en avant, il fait bouger, il met en mouvement. Les disciples ne restent pas dans la chambre haute de la maison où ils s’étaient calfeutrés. Ils sortent et témoignent de la Bonne Nouvelle. L’Esprit nous invite au témoignage, au partage de l’espérance qui nous fait vivre, bien sûr dans le respect de la liberté et de la conscience de l’autre. Le Seigneur vient nous dire : si tu as expérimenté combien ma parole, mon amitié, donnaient sens, goût, saveur, à ta vie, tu ne peux pas garder ce trésor pour toi, tout seul. Il t’est donné pour être offert, proposé, partagé à d’autres.

Ce témoignage peut nous faire peut-être un peu peur. Alors rappelons-nous que l’Esprit vient nous donner le courage de la parole qu’il faut risquer, vient nous communiquer la force de faire les choix qui s’imposent pour rester dans l’esprit de l’Evangile, la logique du Royaume. N’ayez pas peur, dit le Christ, il viendra en vous, l'Esprit Paraclet, le Consolateur, l’avocat, le Défenseur.

Quand le vent souffle, il fait claquer parfois portes et fenêtres. L’Esprit, lui aussi, peut venir, à l’improviste, nous bousculer, nous faire sortir de nos habitudes, de nos schémas de pensée bien familiers, des chemins qui nous sont usuels. Il vient nous faire goûter la vie et la liberté de Dieu. Il est puissance de libération et de renouvellement. Demandons pour chacun d’entre nous, pour notre Eglise, cette disponibilité au vent de Pentecôte.

Chers amis, ces apôtres qui reçoivent l’Esprit le jour de la Pentecôte ne sont pas des héros. Ils connaissent leurs limites, leurs fragilités, leurs doutes, leur reniement récent. Mais ils savent qu’ils peuvent compter sur la force d’un Autre, sur la présence d’un Dieu qui tient toujours sa promesse. C’est ce que le Seigneur vient nous dire et nous faire vivre au cœur de cette fête de Pentecôte. Puisse le Seigneur nous établir aujourd’hui dans la confiance et la disponibilité qui ont été celles des apôtres. Amen.

Partager sur: Partager sur Twitter Partager sur Facebook Partager sur Google+