“ La résurrection vient provoquer une brèche dans tous les enfers... ”

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Homélie de Mgr Jean-Pierre Ricard, prononcée lors de la messe du jour de Pâques, le dimanche 20 avril 2014, en la cathédrale Saint-André à Bordeaux.

Chers frères et sœurs,

La foi en la résurrection du Christ est la clef de voute de la foi chrétienne. Si nous la nions, tout s’effondre. Saint Paul le redit avec force aux chrétiens de Corinthe : « Si le Christ n’est pas ressuscité, notre foi est vide…et nous sommes les plus malheureux des hommes » (1 Cor 15, 17, 19). Si le Christ n’est pas ressuscité, Jésus reste un personnage prestigieux du passé, un sage qui peut peut-être offrir un bel idéal de vie, mais qui n’apporte aucune aide  pour affronter aujourd’hui le mal, l’expérience de la culpabilité, la solitude ou la mort. Or, nous affirmons dans la foi que Jésus est venu apporter le salut à l’homme et que sa résurrection est source de vie nouvelle pour tous. C’est ce que nous proclamons quand nous récitons le Symbole des Apôtres et que nous confessons : « il a été crucifié, est mort et a été enseveli, est descendu aux enfers, le troisième jour est ressuscité des morts ».

Descente aux enfers et résurrection des morts sont les deux faces d’une même réalité. Y réfléchir nous fait entrer dans la compréhension du mystère pascal.

Que signifie « est descendu aux enfers » ? L’affirmation semble avoir un petit relent de mythologie.  Elle nous dit pourtant des choses essentielles. Le terme « les enfers », le shéol, désignait à l’époque de Jésus le séjour des morts. Affirmer que Jésus y est descendu vient tout d’abord souligner la réalité de sa mort. Jésus n’est pas venu prendre notre humanité du bout des doigts. Il est passé par la souffrance, l’angoisse de la mort et la réalité de la mort. Tous les rites funéraires qui sont déployés le concernant attestent cette réalité : on entoure son corps de bandelettes, avec des aromates, on lui cherche un tombeau, on l’enveloppe dans le suaire après lui avoir mis un linge sur la tête et, enfin, on roule sur lui la pierre du tombeau.

“ Dans son mystère pascal, Jésus vient rejoindre tout homme pour le libérer et lui donner la vie de Dieu 

Mais la descente au séjour des morts a aussi une autre signification. Nos frères, les chrétiens des Eglises d’Orient, y sont particulièrement sensibles et l’ont souvent représentée dans leurs icones de la résurrection. On voit le Christ, en habit d’un blanc lumineux, descendre au séjour des morts. Il en fracasse les portes et les chaînes, dont on perçoit par terre les débris. Il tend la main à Adam et à Eve, ainsi qu’à une foule immense qui les suit. Il les mène tous avec lui au paradis. Il y a là une affirmation forte de ce qui est en jeu dans la résurrection du Christ. Dans son mystère pascal, Jésus vient rejoindre tout homme pour le libérer et lui donner la vie de Dieu. La résurrection vient provoquer une brèche dans tous les enfers, dans toutes les prisons, dans tous les enfermements qui retiennent les hommes : enfer de la culpabilité et du péché dont on paraît ne pas pouvoir sortir, enfer de la violence, de la torture et de la guerre, enfer des addictions de toutes sortes, à l’alcool, à la drogue, au sexe, enfer de la dépression ou de la maladie, enfer de la solitude qui vous ronge l’âme, enfer de la perte de l’être aimé qui vous rend inconsolable. Jésus veut rejoindre chacun pour lui témoigner de la miséricorde du Père. Il vient manifester ainsi la tendresse de Dieu, d’un Dieu qui aime l’homme, espère en lui et l’appelle à la vie. Si Jésus a affronté dans sa passion la grande solitude de la mort, c’est pour que aucun homme ne soit plus jamais seul. Il a pour chacun une parole qui lui ouvre un avenir. Même au bon larron qui va mourir sur la croix en même temps que lui, il dira : « En vérité, je te le dis, aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis » (Lc 23, 43).

Ce matin, nous confessons ensemble cette vie nouvelle que met en nous le Ressuscité, cette transformation intérieure qu’opère en nous son Esprit si nous le laissons agir dans nos vies. Ceux qui viennent nous le rappeler avec force, à nous les chrétiens qui risquons d’être bercés par l’habitude, ce sont les convertis, et en particulier beaucoup de ces catéchumènes adultes qui ont été baptisés la nuit dernière. Ils nous disent que leur vie a changé, qu’ils ne voient plus les choses de la même manière, que leurs yeux se sont ouverts sur une autre réalité. Quand ils nous parlent de l’itinéraire vers le baptême, ils évoquent l’action mystérieuse de l’Esprit de Dieu qui est venu toucher leur cœur et les a mis en route mais ils nous disent également qu’il y a toujours eu, à un moment ou à un autre, une présence qui a été décisive sur cette route, la présence d’un chrétien qui les a conduits au Christ : un mari, une épouse, des enfants, un camarade de travail, un ami, une religieuse, un prêtre, un laïc qui a été proche d’eux. Cela vient nous révéler que le Christ ressuscité a besoin de nous pour se révéler au monde, pour poursuivre son œuvre de salut. Il se donne un corps, celui de son Eglise, dont nous sommes tous les membres.

Nous sommes appelés aujourd’hui par le Seigneur à être sa communauté, une communauté témoin de sa force de résurrection, une communauté témoin d’espérance, de guérison et de libération de tous les enfers. Soyons cette communauté qui, avec le Christ, ouvre des brèches. Je pense à tout ce travail qui est fait par des équipes de visiteurs ou d’aumôniers à la prison, dans les hôpitaux ou les cliniques, par ces équipes de soignants  dans le cadre des soins palliatifs auprès de personnes en fin de vie. Je pense à ce lent travail de libération et de reconstruction de la personne fait auprès  de tous ces jeunes  prisonniers de la drogue (par la communauté du Cenacolo à Lourdes), ou de l’alcool (dans le cadre des Alcooliques Anonymes). Combien de fois, j’ai été témoin de la force libératrice du pardon de Dieu dans le cadre de la confession chez des personnes qui avaient vécu des choses très lourdes.

Oui, frères et sœurs, la résurrection du Christ ne nous tire pas vers le passé. Elle se donne à vivre aujourd’hui. Et elle se donne à vivre à tous.

En effet, ne croyons pas que la puissance du Ressuscité ne se manifeste que dans des situations hors du commun. Elle se vit dans la vie de tous les jours. Quand vous redonnez espérance et courage, quand vous prêtez attention et rendez service, quand vous permettez à un jeune de reprendre confiance en lui-même, quand vous rendez une visite à une personne qui est seule, quand vous refusez de pactiser avec le défaitisme, le dénigrement et le mépris de l’autre, vous rayonnez autour de vous, même sans le savoir, la vie du Ressuscité.

Dans quelques instants, nous allons renouveler notre profession de foi baptismale. A travers les mots que nous dirons, exprimons au Seigneur notre joie d’être éclairés par sa Résurrection et notre engagement d’être les témoins de son amour dans notre vie  de tous les  jours. Amen.

 

† Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux

 

 

 


 

source image : Duccio di Buoninsegna - Descente aux enfers

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