La paix : don de Dieu et tâche à réaliser.

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Homélie prononcée par le cardinal Jean-Pierre Ricard, lors de la messe de la fête de la mer et des pêcheurs, le dimanche 3 juillet à Arcachon.

Chers amis,

Nous venons d’entendre cet envoi en mission des 72 disciples. Cet évangile est particulièrement éclairant car il nous dit trois choses :

  1. les apôtres ne sont pas les seuls à être envoyés en mission mais il y a aussi les disciples qui suivent Jésus. On ne peut être disciple de Jésus pour soi tout seul. On l’est pour partager avec d’autres une bonne nouvelle, une espérance, une expérience. La Mission n’est pas matière à option : tous les baptisés sont invités à être missionnaires. Comme dit le pape François : on ne peut pas avoir été touché par le Christ sans désirer le faire connaître et le faire aimer. C’est pour cela que j’ai souhaité dans notre diocèse la tenue d’un synode qui porterait justement sur l’urgence de la redécouverte de notre responsabilité missionnaire à tous, d’où le thème de notre synode : comment nos communautés chrétiennes forment-elles aujourd’hui des disciples missionnaires ?

  1. Les disciples sont envoyés à tous. Ils sont 72. Le chiffre a une valeur symbolique. À l’époque de Jésus, il désignait le nombre des pays païens. On en comptait 72. Chaque pays va donc avoir son missionnaire. Cet envoi en mission à tous par Jésus annonce la grande mission de l’Église auprès des païens. Elle vient rappeler aujourd’hui à l’Église qu’elle ne saurait sélectionner son public, se refermer sur la communauté rassemblée. Elle est pour tous. Elle doit donc sortir, comme dit le pape François, aller aux périphéries, là où les hommes, les femmes, les enfants et les jeunes vivent, et leur partager l’espérance qui l’anime.

  1. Mais quel est le contenu de cette espérance ? de cette annonce ? L’évangile d’aujourd’hui nous l’indique : «Dans toute maison où vous entrerez, dites, d’abord : paix à cette maison. S’il y a un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui ; sinon elle reviendra sur vous ». Il ne s’agit pas là d’une simple salutation, une façon de dire bonjour, mais bien de l’offre d’un don de Dieu : celui de la paix. D’ailleurs dans cette rencontre, Dieu est à l’œuvre et offre sa Paix à l’homme : « Le Règne de Dieu s’est approché de vous ».

La paix n’est pas simplement l’absence de guerre. Elle est aussi plus que l’apaisement des conflits. Elle est la promotion et la sauvegarde de relations harmonieuses entre les personnes et entre les groupes humains. La notion biblique de Paix (« Shalom ») évoque une réalité riche faite d’harmonie, de bien-être et de concorde. La paix, c’est une qualité de vie, de vie heureuse. Cette vie est un fruit de l’amitié avec Dieu. Cette amitié nous met en paix avec Dieu, en paix avec nous-mêmes, en paix avec les autres. C’est un don que le Seigneur nous fait. Cela s’appelle le salut. Dans le livre d’Isaïe Dieu promet ce salut à Jérusalem et dit : «Voici que je dirige vers elle la paix comme un fleuve et comme un torrent, la gloire des nations » (Is 66, 12).

Mais la paix est aussi une œuvre pour laquelle le Seigneur nous demande notre collaboration. La paix est une tâche à réaliser. C’est ce que Jésus rappelle à ses disciples dans les Béatitudes, lorsqu’il nous dit : « Heureux les artisans de paix : ils seront appelés fils de Dieu » (Mt 5, 9).

 

La paix implique plusieurs choses : tout d’abord une attention et une écoute de l’autre, la maîtrise de sa propre violence, un accueil des différences. Si elle est promotion du bien-être de l’autre, elle demande une vigilance particulière pour que les conditions de ce bien-être soient réunies. La Bible liera toujours paix et justice : «  Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent » (Ps 85, 11) Dans les situations conflictuelles, la paix ne pourra voir le jour que grâce à un lent travail de dialogue, d’ajustement, de réconciliation et de pardon.

La paix implique la bienveillance dans nos regards, nos paroles et nos attitudes. C’est ce que Saint Paul recommande aux chrétiens de Colosses : « Vous donc, les élus de Dieu, ses saints et ses bien-aimés, revêtez des sentiments de tendre compassion, de bienveillance, d'humilité, de douceur, de patience; supportez-vous les uns les autres et pardonnez-vous mutuellement, si l'un a contre l'autre quelque sujet de plainte; le Seigneur vous pardonnés, faites de même à votre tour. Et puis, par dessus tout, la charité, en laquelle se noue la perfection » (Col. 3, 12-14). La paix peut demander à certains jours un lent travail de réconciliation et d’offre du pardon.

Cette pratique de la paix implique au quotidien un engagement, une conversion, et disons-le aussi, un vrai combat spirituel. En effet, le mouvement premier de l’homme est de saisir, d’avoir peur de manquer, de voir l’autre comme un rival à écarter. L’égoïsme, la recherche du pouvoir ou de la réussite à tout prix, la course au « toujours plus » vont se développer au détriment de la solidarité, de la reconnaissance du frère. La paix, elle, appelle un décentrement de soi, un rapprochement des esprits et des cœurs, un combat contre tout ce qui peut être source de violence dans les relations personnelles ou dans les relations entre les groupes humains (sujétion, manipulation, racisme, exploitation, discriminations de toutes sortes….).

La promotion de la paix commence dans notre quotidien. Le Pape Jean-Paul II soulignait souvent que la paix commence dans la famille. Priorité donc à la paix en famille, mais aussi entre les familles, dans l’immeuble, le quartier, le village, au bureau, sur le chantier, dans le syndicat, entre les syndicats comme dans les partis politiques, entre ethnies différentes, groupes sociaux, cultures et pays, entre les religions, car les religions ont aujourd’hui une responsabilité toute particulière dans cette promotion de la paix.

Cet engagement pour la paix n’est pas toujours évident, facile à vivre. Il se heurte à nos peurs, à nos habitudes, à notre cécité ou à notre manque de courage. C’est là qu’il ne faut pas oublier ce que je disais plus haut, à savoir que, si la paix est un engagement à vivre, elle est aussi un don à recevoir dans la prière. Elle est, avec la joie et la confiance retrouvée, un fruit de la Résurrection, un don du Ressuscité. Elle est cette création nouvelle dont parle Saint Paul dans l’épître d’aujourd’hui. Oui, que le Seigneur nous donne, donne à notre Église, à notre monde, la grâce de sa Paix. Amen.

 

+ Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux

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