“ L’Esprit Saint nous fait entrer dans l’attitude filiale de Jésus ”

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Homélie prononcée par le cardinal Jean-Pierre Ricard pour la fête de la Pentecôte, ce dimanche 24 mai 2015. Le cardinal Ricard était invité cette année, par la communauté francophone de New-York, à célébrer les confirmations à Larchmont, état de New-York, aux États-Unis.

Chers confirmands,

Chers amis,

Lorsque Saint Luc dans les Actes des Apôtres écrit : « Quand arriva la fête de Pentecôte… », il n’évoque pas encore la fête chrétienne, mais la fête juive que les juifs célèbrent encore de nos jours sous le nom de Chavouot, c’est-à-dire « les Semaines », ce qui a été traduit en grec par Pentecostè, cinquante et qui désigne la fête célébrée cinquante jours après Pâques. C’est une des trois fêtes de pèlerinage où l’on montait à Jérusalem. Primitivement fête des moissons où on offrait au temple de Jérusalem les prémices de la récolte, elle était devenue, en particulier, sous l’influence pharisienne, la fête du don de la Loi. On y évoquait ce passage de l’Exode (cf. Ex 19, 1-10, 16-19) où Dieu par l’intermédiaire de Moïse faisait Alliance avec le peuple d’Israël et lui donnait la Loi. On lisait également dans ce texte que le peuple répondait à Dieu : « Tout ce que Dieu nous a prescrit, nous le ferons et nous l’écouterons ». Le peuple y exprimait ainsi sa confiance en Dieu, engageant ainsi tout à la fois sa volonté et son intelligence.

“ Le Christ va leur donner un cœur nouveau, un esprit nouveau en leur communiquant son propre souffle, cet Esprit qu’il a reçu du Père et qui est devenu la dynamique de sa vie. ”

Cette volonté de fidélité au Dieu de l’Alliance allait être démentie par les faits. Tout au long de l’histoire d’Israël, on voit la difficulté qu’a le peuple à vivre cette obéissance et les prophètes vont dénoncer cette infidélité. Mais ceux-ci ne font pas que dénoncer. Ils annoncent aussi que Dieu va de nouveau intervenir, qu’il va faire une Alliance nouvelle avec son peuple et que cette alliance sera nouvelle par le renouvellement du cœur de l’homme. Dieu va recréer ce cœur, va lui donner ce dynamisme intérieur qui rendra possible cette communion avec Dieu, cette obéissance, cette fidélité aimante. C’est toute cette promesse d’une nouvelle création que l’on trouve chez Jérémie et chez Ezéchiel : « Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau, j'ôterai de votre chair le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair. 27 Je mettrai mon esprit en vous et je ferai que vous marchiez selon mes lois et que vous observiez et pratiquiez mes coutumes. 28 Vous habiterez le pays que j'ai donné à vos pères. Vous serez mon peuple et moi je serai votre Dieu. » (Ez. 36, 26-28).

Les apôtres eux-mêmes avaient expérimenté cette difficulté à suivre Jésus, à entrer dans l’intelligence cordiale de sa parole et de sa volonté. Ils avaient résisté quand Jésus les avait invités à entrer avec lui dans sa passion. Ils avaient eu peur et s’étaient cachés. Devant le Ressuscité, ils reconnaissent leurs faiblesses, leurs fragilités, leurs doutes, leurs craintes et c’est là que le Christ va réaliser la promesse de cette nouvelle création qui avait été promise. Il va leur donner un cœur nouveau, un esprit nouveau en leur communiquant son propre souffle, cet Esprit qu’il a reçu du Père et qui est devenu la dynamique de sa vie. Saint Jean nous le relate avec cette belle image du souffle : « Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et leur dit : ‘Recevez l’Esprit Saint’ » (Jn 20, 22). L’Esprit Saint nous fait entrer dans l’attitude filiale, dans l’attitude même de Jésus. Il nous fait vivre de sa vie. Nous sommes donc invités à accueillir cet Esprit, à nous laisser guider par lui, à nous laisser transformer par lui.

Tout à l’heure la séquence que nous avons chantée a évoqué avec beaucoup de poésie et de précision cette action du Saint Esprit. Permettez-moi de méditer avec vous sur quelques-unes de ces invocations :

 

Lave ce qui est souillé,

Baigne ce qui est aride,

Guéris ce qui est blessé.

 

L’Esprit Saint est une puissance de guérison.

Nous pouvons parfois porter en nous une blessure profonde liée à notre histoire, une blessure qui nous fait encore souffrir. N’hésitons pas à l’exposer à l’action du Saint Esprit. Il est un baume. Il est le Consolateur souverain. Il ne supprime pas la blessure. Nous en gardons la cicatrice. Mais il apaise la souffrance. En nous faisant prendre du recul, il nous permet de la porter plus légèrement. Cette guérison qui touche le cœur peut toucher l’âme aussi, en particulier, dans cette blessure du péché. L’Esprit Saint offre à l’homme le pardon de Dieu. Vous avez remarqué que tout de suite après le don du Saint Esprit, Jésus parle du pardon : « Tout homme à qui vous remettrez les péchés, ils lui seront remis ». L’Esprit Saint nous communique le pardon de Dieu, il nous redit son amour, il met notre âme dans la paix. Que l’Esprit Saint irrigue nos vies, baigne ce qui est aride, qu’il soit dans nos âmes cette adoucissante fraîcheur !

 

Ô lumière bienheureuse,

Viens remplir jusqu’à l’intime

Le cœur de tous tes fidèles.

 

L’Esprit Saint est lumière.

C’est d’ailleurs ainsi qu’on l’invoque : « Viens, Esprit Saint, en nos cœurs et envoie du haut du ciel un rayon de ta lumière…Viens lumière de nos cœurs ». C’est l’Esprit qui met en nous la lumière de la foi, qui nous révèle le vrai visage du Père, qui nous fait exprimer notre foi dans le christ. Saint Paul dira : personne ne peut dire à Dieu ‘Père’ et à Jésus ‘Seigneur’, si ce n’est sous l’action du Saint Esprit. L’Esprit nous fait grandir dans la confiance, dans l’espérance. Il nous communique le goût de la prière, le goût de l’amitié avec Dieu. Il est comme une source d’eau vive qui irrigue nos vies : « Dans le labeur, le repos ; dans la fièvre, la fraîcheur ; dans les pleurs, le réconfort ». Il nous donne la joie de croire et la force de témoigner de notre foi.

 

Assouplis ce qui est raide,

Réchauffe ce qui est froid,

Rends droit ce qui est faussé.

 

L’Esprit Saint est une flamme.

Celle de l’amour, cet amour du Père et du Fils qui jaillit et se communique dans l’Esprit. C’est un amour gratuit, généreux, bienveillant, patient, compatissant. L’apôtre Paul dira que le fruit de l’Esprit est : « charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, 23 douceur, maîtrise de soi » (Gal. 5, 22-23). Nous avons besoin de l’action de cet Esprit pour assouplir nos raideurs, réchauffer nos froideurs, nous réconcilier après des erreurs de jugement ou de comportement.  « Rends droit ce qui est faussé ». Que l’Esprit Saint nous rende plus attentifs aux autres, plus compréhensifs, plus fraternels, plus solidaires dans l’Eglise et dans la société.

 

Frères et sœurs, en cette fête de Pentecôte et au cœur de cette confirmation, laissons-nous renouveler au plus profond de nous-mêmes par le Seigneur. Désaltérés par l’Esprit, nous serons accompagnés de ses dons et remplis de sa joie :

 

À tous ceux qui ont la foi

Et qui en toi se confient

Donne tes sept dons sacrés.

Donne mérite et vertu,

Donne le salut final,

Donne la joie éternelle.

 

 

+ Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux

 

 

 

 


 

Photo : © Paroisse de Larchmont

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