“ L’Assomption vient éclairer d’une lumière renouvelée notre vie chrétienne. ”

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Homélie de la messe de la fête de l'Assomption de Marie, prononcée par le cardinal Jean-Pierre Ricard, le vendredi 14 août 2015, en la cathédrale Saint-André de Bordeaux.

Chers frères et sœurs,

Chers amis,

 

Le livre de l’Apocalypse de Saint Jean met sous nos yeux avec des images hautes en couleur le combat de la femme qui va enfanter et du dragon qui veut dévorer son enfant. Même si nous sommes habitués aujourd’hui à des séries télévisées ou à des films qui font intervenir des monstres dans des combats apocalyptiques, cette description nous paraît plus s’apparenter à l’univers des contes de fée qu’à celui de la foi. Pourtant, ce texte de l’Apocalypse vient nous dire, en langage symbolique, quelque chose de fondamental pour notre vie chrétienne, à savoir que celle-ci comporte une part de combat, ce que l’on appelle le combat spirituel.

 

Ce combat, il est au cœur de l’Evangile. Jésus s’oppose à l’esprit du mal. Il résiste aux tentations, à Satan. Il est venu pour libérer le cœur de l’homme de la violence qui l’habite, de l’égoïsme et de la convoitise, de la haine meurtrière. Dans sa passion, il affronte ces forces, que Saint Paul appelle « Principauté, souveraineté et puissance ». Il les affronte les mains nues, avec la seule force de son amour. Il va jusqu’au bout de l’amour. Comme il le dit lui-même : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux que l’on aime » (cf. Jn 15,13). Au moment où il meurt sur la croix, ses disciples peuvent avoir l’impression que triomphent alors ces forces du mal qui se sont liguées contre lui. Mais la résurrection du Seigneur vient manifester sa victoire. C’est bien lui, le Christ, qui est le rédempteur, le libérateur. Le mal dans l’histoire des hommes et dans le monde n’aura pas le dernier mot. Celui-ci est à l’amour. C’est là une des affirmations les plus fortes de la Bonne nouvelle de l’Evangile.

 

Le Christ a associé la Vierge Marie, sa mère, à son combat. Elle aussi va jusqu’au bout de l’amour. Au pied de la croix, elle livre sa vie. Elle s’unit à l’offrande de son fils. Et on comprend qu’elle soit associée à sa résurrection. Le Christ la fait participer à sa victoire. La fête de l’Assomption en est l’expression la plus significative. A la suite de son fils, Marie entre avec tout son être, son âme et son corps, dans la gloire de Dieu. On comprend que puisse retentir cette voix dans le ciel qui proclame : « Maintenant voici le salut, la puissance et le règne de notre Dieu, voici le pouvoir de son Christ » (Ap. 12, 10).

 

Cette fête de l’Assomption vient éclairer d’une lumière renouvelée notre vie chrétienne. Elle vient nous rappeler trois choses fondamentales :

  1. Nous avons nous aussi, avec le Christ et Marie, à participer à ce combat contre les forces du mal. Ce combat, chaque homme le ressent au sein de sa propre conscience. Il y a parfois une tension entre les valeurs que nous voulons suivre et les choix que nous effectuons. Nous sentons que certaines décisions sont difficiles à prendre. Il y un choix qui coûte, un prix que nous ne sommes pas toujours prêts à vouloir payer. C’est alors la porte ouverte aux accommodements, aux compromissions, aux petites lâchetés. Ce qui nous guide, c’est d’abord notre intérêt. Ceci est vrai au niveau des personnes comme à celui des groupes sociaux ou des états. Pourquoi la peur de l’autre, le rejet de celui qui est différent sont-ils si répandus ? Pourquoi l’exclusion est-elle, à certains jours, plus tentante que la fraternité ou le lent travail de la réconciliation ? Le combat est là. La question de fond qui se pose est bien celle-ci : quelle est la logique de nos vies ? Que mettons-nous en premier, le service des autres, le souci du bien commun ou la défense de nos intérêts personnels, coûte que coûte, quel qu’en soit le prix ? La foi chrétienne éclaire ce choix décisif et nous invite à lutter contre ce repliement sur nous-mêmes, cet égoïsme, ce narcissisme, en un mot le péché, quel qu’en soit le visage. Saint Paul parle à ce propos de combat spirituel. Il invite les chrétiens d’Ephèse à mener ce bon combat. Il leur écrit : « Armez-vous de force dans le Seigneur, de sa force toute puissante. Revêtez l’armure de Dieu pour être en état de tenir face aux manœuvres du diable…Saisissez donc l’armure de Dieu, afin qu’au jour mauvais, vous puissiez résister et demeurer debout, ayant tout mis en œuvre » (Ep. 6, 10-11, 13).
  1. Dans ce combat, nous ne sommes pas seuls, livrés à nos seules forces. Nous venons d’ailleurs d’entendre Saint Paul nous parler de « force dans le Seigneur ». L’Esprit Saint nous est donné comme une lumière qui éclaire notre route, comme une force qui nous aide à discerner les choix que nous avons à faire et à les mettre en pratique. La prière, la méditation de l’Ecriture, la participation à l’eucharistie, la relecture de notre vie sont comme autant de lieux où nous nous rendons accueillants et réceptifs à l’Esprit Saint. Ils sont vitaux pour notre vie chrétienne. De plus, la Vierge Marie nous est donnée par son Fils comme une mère qui vient nous soutenir dans notre combat spirituel. La prière à Marie est d’un grand secours en ce domaine. Celle qui entre dans la gloire de Dieu n’oublie pas pour autant ceux qui marchent ici-bas. N’ayons pas peur de nous confier à elle.

  1. La victoire de Marie, participation à la victoire de son Fils sur le mal, vient nous dire que le mal, la violence, la haine dans le monde n’auront pas le dernier mot. Il y a certains jours, où, quand on regarde le monde, on se demande si une espérance est possible, si la victoire de l’amour n’est pas une illusion, tant le déchainement de la violence paraît mener le cours des événements. Je pense, en ce jour de fête, à tous nos frères chrétiens d’Orient, qui ont du fuir leur pays, leur région, qui se demandent si, un jour, ils retourneront chez eux. La vie est dure pour eux. Leur foi est mise à l’épreuve. L’espérance en Dieu n’est pas facile quand semblent disparaître de l’horizon immédiat les raisons d’espérer. Ils veulent pourtant se remettre entre les mains de Dieu. Prions pour eux et avec eux. Que Dieu nous soutienne tous dans notre combat spirituel et fortifie notre espérance. N’oublions pas que c’est l’Agneau immolé qui sera l’Agneau victorieux.

 

Que la fête de l’Assomption de Marie ravive notre foi et notre espérance ! Amen.

+ Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux

Évêque de Bazas

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