Jouer les apparences ou être en vérité avec le Christ ?

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Homélie de Mgr Ricard, prononcée au sanctuaire marial de Verdelais à l'occasion des 900 ans de la cité, le dimanche 2 septembre 2012.

Chers frères et sœurs,

cette préoccupation de mains aspergées et de plats lavés, avouons-le, ne nous concerne pas beaucoup aujourd’hui. Elle relève plus pour nous du domaine de l’hygiène que de celui de la religion. Certes, cet évangile veut répondre à une question brûlante qui s’est posée au début de l’Église chrétienne : fallait-il appliquer aux païens, nouvellement convertis, les règles de pureté légale en usage dans le judaïsme et en particulier, ces recommandations qui concernaient les aliments et les repas ? La réponse a été trouvée dans l’enseignement-même de Jésus qui disait que la véritable pureté ou la véritable impureté, ne se trouvaient pas dans les objets extérieurs à l’homme, mais bien à l’intérieur du cœur de l’homme. Cette polémique, reconnaissons-le, n’est plus la nôtre. Alors, nous pouvons nous interroger : cet évangile est-il historiquement daté ou a-t-il encore quelque chose d’important à nous dire aujourd’hui ? Je vous invite pour cela à écouter de plus près l’interpellation du Christ.

Dans sa prise de parole, Jésus oppose l’extérieur et l’intérieur, l’attention scrupuleuse à l’extérieur, à ce qui apparaît et la prise en compte de ce qui est intérieur, de ce qui habite en profondeur le cœur de l’homme. Es-tu prisonnier des apparences, nous dit Jésus, ou cherches-tu à vivre en vérité par rapport à toi-même ? Nous sommes dans un monde qui donne une très grande importance à l’image, à l’image de soi, à l’image que l’on veut donner de soi-même aux autres. Des politiques, des stars, des artistes cultivent soigneusement leur image. Sur les réseaux sociaux, sur Facebook en particulier, chacun a la possibilité de soigner, voire de construire, l’image qu’il veut donner de lui et celle-ci peut être parfois très loin de la réalité. Des adolescents sont préoccupés de leur image, du regard des autres sur eux, et cette préoccupation peut être, à certains jours, paralysante.

Il nous regarde comme ses enfants bien-aimés et nous ré-ouvre toujours la porte de l’avenir.

 

C’est là que l’Évangile nous libère de cette hantise du paraître. Je me rappelle le témoignage de cette catéchumène adulte qui préparait son baptême et à qui je posais la question : « Qu’est-ce qui a changé dans votre vie au contact de l’Évangile ? ». Et elle, de me répondre : « Une libération intérieure. Avant, j’étais très dépendante du regard des autres, de l’image que je donnais ou de l’image que les autres pouvaient avoir de moi. Aujourd’hui, j’ai pris des distances par rapport à cela, parce que j’ai découvert que le plus important, c’est ce que je suis en vérité sous le regard de Dieu ». Finalement, elle me redisait d’une autre façon ce qu’affirme la Bible à l’occasion du choix surprenant de David, préféré à ses frères pourtant supérieurs en âge, en force et en prestance, lorsqu’elle écrit : « Les vues de Dieu ne sont pas comme les vues de l’homme, car l’homme regarde à l’apparence, mais le Seigneur regarde au cœur » (1 Sam. 16, 7). De fait, à la différence des regards des autres qui souvent nous comparent, nous jugent froidement, le regard de Dieu est un regard d’amour et d’espérance. Certes, Dieu est lucide. Il voit nos fautes, nos faiblesses, notre péché, mais il ne nous y enferme pas. Il nous regarde comme ses enfants bien-aimés et nous ré-ouvre toujours la porte de l’avenir. Ce regard de Dieu, loin de nous oppresser, nous redonne souffle et nous fait respirer autrement.


L’Évangile vient donc nous dire qu’il ne faut pas tout miser sur les apparences, sur la respectabilité ou la notoriété mais que ce qui est le plus important c’est ce que nous vivons au jour le jour pour être davantage fidèles à l’esprit de l’Évangile, à une conduite selon Dieu.
S’il ne faut pas se fier aux apparences, on comprend alors que Jésus nous demande de ne pas juger les autres : « Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés ! » (Lc 6, 37). Car, nous ne pouvons juger que sur l’image que nous avons d’eux et non pas sur ce qu’ils ont dans leur cœur. 


Frères et sœurs, accueillons ce message libérateur du Seigneur, il nous établira dans la confiance et dans la joie. Amen.

† Jean-Pierre Ricard

Archevêque de Bordeaux et Bazas

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