“ Il vous faudra être prêtres à la manière des Apôtres ”

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Homélie du cardinal Jean-Pierre Ricard, prononcée le dimanche 20 décembre 2015, pour l'ordination dans l'ordre des prêtres de Barthélémy Loustalan et Paul Roussy et comme diacre, en vue du sacerdoce, de Jean-Vivien Pâquier.

Cher Barthélémy, cher Paul, cher Jean-Vivien,

Au début de la célébration vous avez été appelés par votre nom pour recevoir l’ordination presbytérale ou l’ordination diaconale. Et vous avez répondu : « Me voici ». Cette réponse, tous les trois, vous avez pris du temps pour la laisser mûrir en vous, car vous avez bien réalisé que ce « me voici » dit à l’Église n’était pas que l’expression d’une simple disponibilité, comme celle de quelqu’un qui se présenterait à un entretien d’embauche. C’est une réponse qui engage toute une vie, qui implique un don total de soi-même, comme cette réponse du Fils à l’appel du Père qu’évoque ce passage de l’épître aux Hébreux que nous avons entendu : « Me voici, dit le Christ, je suis venu, mon Dieu, pour faire ta volonté » (Heb. 10, 7). Vous avez pris conscience de ce qu’implique cet appel au don total de vous-mêmes et vous savez que c’est tout au long de votre vie que vous aurez à habiter votre réponse, afin de pouvoir dire en vérité comme Saint Paul : « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi. Car ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi » (Gal. 2, 20). Oui, à travers cet appel de l’Église que vous avez entendu, vous avez découvert que c’est le Christ lui-même qui vous a appelés, qui a dit à chacun : « Viens, suis moi », « Va, je t’envoie. Je fais de toi un pécheur d’hommes ». Cet appel du Seigneur fait naître en nous la confiance. C’est parce que l’on s’appuie sur la parole et la présence de Jésus que l’on peut, malgré ses faiblesses, ses limites ou son péché, se lancer dans l’aventure apostolique. En nous appelant, Jésus s’engage à être notre compagnon de route et à nous soutenir de la force de son Esprit. N’oubliez jamais qu’il y a une grâce liée au ministère que vous recevez, qui vous est donnée pour votre sanctification et le service du Peuple de Dieu auquel vous êtes envoyés.

 

 

Si le Seigneur vous appelle, c’est, de fait, pour vous envoyer en étant porteurs de sa Bonne Nouvelle. Nous sommes invités à redécouvrir aujourd’hui la dimension apostolique, missionnaire, du sacerdoce ministériel. Il vous faudra être prêtres à la manière des Apôtres, c’est-à-dire ministres d’une Église « en sortie », comme le redit souvent le pape François. J’aime beaucoup cet Évangile de la Visitation, où l’on voit Marie partir en hâte pour aller aider sa cousine Élisabeth qui était enceinte. Marie ne reste pas repliée sur elle-même à Nazareth, savourant le message de l’ange. Elle sort. Elle se met en route, veut partager sa joie, se mettre au service de sa cousine et c’est dans la joie de la rencontre qu’il lui sera accordé d’éprouver en elle la fécondité de la promesse qui lui a été faite. Merveilleuse image de l’Eglise qui ne doit pas se replier sur elle-même, sur le seul souci de son animation ou de son organisation internes. Comme Marie, l’Église est appelée à se mettre en route avec empressement pour aller à la rencontre des hommes et des femmes, qui mystérieusement sont en quête d’une espérance et d’un salut. C’est d’ailleurs sur ces routes que le Ressuscité nous attend et va se révéler à nous.

Barthélémy, Paul et Jean-Vivien, vous avez entendu cet appel à vivre ce service d’une Église « en sortie ». Chacun d’entre vous, vous y avez répondu à votre manière.

Barthélémy, tu as entendu cet appel à te mettre au service de ces pays d’Asie, où l’Église est minoritaire. Tu es entré aux Missions étrangères de Paris et tu t’apprêtes à partir au Japon. Tu vas quitter les tiens pour vivre une présence ecclésiale et évangélique au sein du peuple japonais, avec tout ce que cela comporte comme apprentissage d’une nouvelle langue, d’une nouvelle culture, de nouveaux modes de pensée ou de vie. Restant en lien avec le diocèse de Bordeaux et un peu avec celui des Landes, tu nous rappelles que nos Églises  diocésaines ne sont l’Église du Christ que si elles restent ouvertes sur l’universel et en communion avec les Églises du monde entier. Aide-nous à respirer à pleins poumons cette catholicité de l’Église !

Paul, ton cheminement vers le sacerdoce a été profondément marqué par la rencontre avec la précarité. Tu vis le compagnonnage avec des personnes en grande pauvreté, à la rue, parfois en profonde détresse sociale. Ton ministère de prêtre ne pourra pas ne pas porter cette forte exigence de présence et de proximité auprès des plus démunis. Tu nous rappelles que les pauvres sont au cœur de la mission de Jésus et qu’un des signes que le Règne de Dieu est là, c’est que la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres. Dans son exhortation La Joie de l’Évangile, le pape François déclare : « Je désire une Église pauvre pour les pauvres. Ils ont beaucoup à nous enseigner. En plus de participer au sensus fidei, par leurs propres souffrances ils connaissent le Christ souffrant. Il est nécessaire que tous nous nous laissions évangéliser par eux. La nouvelle évangélisation est une invitation à reconnaître la force salvifique de leurs existences, et à les mettre au centre du cheminement de l’Église. Nous sommes appelés à découvrir le Christ en eux, à prêter notre voix à leurs causes, mais aussi à être leurs amis, à les écouter, à les comprendre et à accueillir la mystérieuse sagesse que Dieu veut nous communiquer à travers eux » (n° 198). Soyons attentifs à ce message des pauvres !

Jean-Vivien, tu as encore à poursuivre tes études et tu vas passer dans les années qui viennent une licence d’histoire. Faire de l’histoire, loin de te transformer en nostalgique du passé, devrait au contraire t’aider à être comme ce « maître de maison, dont parle Jésus, qui tire de son trésor du neuf et du vieux » (Mt 13, 52). L’histoire est maîtresse de vie. Découvrir tous les défis que l’Eglise a affrontés tout au long de son histoire pour donner visage à l’Évangile ne peut que nous inviter à être aujourd’hui, tout à la fois, ces héritiers et ces pionniers qui ouvrent des routes nouvelles à l’annonce du salut. Faire de l’histoire élargit les perspectives et peut nous rendre plus disponibles à l’avenir de Dieu.

Chers amis, vous êtes ordonnés en cette année jubilaire de la miséricorde. Ne voyez pas là simplement une heureuse coïncidence, mais bien un appel à mettre votre ministère  sous le signe de la miséricorde. Accueillez dans votre propre vie cette miséricorde de Dieu. Soyez-en aussi les témoins et les serviteurs. Saint Paul nous invite à contempler ce Père qui a des entrailles de mère et nous rappelle que tout véritable apôtre est habité par cette tendresse de Dieu. Le prêtre et le diacre doivent être touchés au cœur par cette miséricorde de Dieu, comme l’Apôtre lui-même l’a été, lui qui écrit aux chrétiens de Thessalonique : « Nous avons été au milieu de vous, pleins de douceur, comme une mère réchauffe en son sein les enfants qu’elle nourrit. Nous avions pour vous une telle affection que nous étions prêts à vous donner non seulement l’Évangile de Dieu, mais même notre propre vie, tant vous nous étiez devenus chers » (1 Thes. 2, 7-8). Si vous vivez ainsi, vous serez vraiment des pasteurs selon le cœur de Dieu.

En terminant, permettez-moi de vous confier à la protection maternelle de la Vierge Marie.

Que Marie, mère de Miséricorde, vous accompagne dans votre ministère et ne cesse de veiller sur vous. Amen.

 

+ Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux

Évêque de Bazas

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