Homélie pour le millénaire de Saint-Astier

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Homélie de la messe du millénaire de l'église de Saint-Astier, en Dordogne, prononcée le 11 août 2013 par le cardinal Jean-Pierre Ricard.

Cher Monseigneur,

Cher Pères,

Chers frères et sœurs dans le Christ,

 

La célébration du millénaire de la consécration de cette église de Saint Astier nous invite, tout à la fois ce matin, à l’action de grâce, à la confiance et à un engagement renouvelé à la suite du Christ.

“Je pense à tous ceux qui, ici à Saint Astier, religieux et laïcs, ont pris la foi au sérieux, l’ont rayonnée autour d’eux, ont conduit leurs proches au Christ.”

Nous sommes invités tout d’abord à l’action de grâce pour tous ces hommes et ces femmes qui, pendant mille ans, dans ce pays, ont témoigné de leur foi et de l’Évangile. Si nous sommes ici aujourd’hui, c’est parce que d’autres nous ont transmis la foi de l’Église. Nous sommes des héritiers. Certes, en rigueur de terme on ne transmet pas la foi personnelle. Celle-ci reste un acte libre. On peut proposer la foi, y inviter, mais c’est à chacun de l’assumer librement en disant « Je crois ». Pourtant nul ne peut venir à la foi si le Christ ne lui est pas annoncé, si la foi de l’Église, comme expérience vivante et transformante, ne lui est pas proposée. Je pense à tous ceux qui, ici à Saint Astier, religieux et laïcs, ont pris la foi au sérieux, l’ont rayonnée autour d’eux, ont conduit leurs proches au Christ. Certes - nous le savons bien -  l’histoire est faite de drames et d’événements heureux, de générosité et de péché, mais il y a aussi un fil conducteur invisible, qui est pourtant bien réel, qui est celui de la sainteté au quotidien. C’est celui de la foi discrète, joyeuse et exigeante, celui de l’amour fraternel dans la vie de tous les jours, sans lequel l’air de notre monde serait irrespirable ; c’est celui de cette espérance qui renaît, même dans les temps les plus difficiles. Oui, comme le dit l’auteur de l’épître aux Hébreux, nous sommes précédés et accompagnés par cette foule immense de témoins qui nous invitent à notre tour à poursuivre la route « les yeux fixés sur celui qui est à l’origine et au terme de notre foi, Jésus (le Christ) » (Heb. 12. 2). Ce sont pour tous ces frères et sœurs, dont les noms sont inscrits dans le cœur de Dieu, que nous rendons grâce ce matin.

Mais nous sommes invités aussi à la confiance. En lisant l’histoire de votre ville depuis la fondation d’un petit ermitage par Astérius à la fin du VIe siècle jusqu’à aujourd’hui, j’ai été frappé de voir que la source de vie religieuse et évangélique a toujours continué de jaillir. Certes, à certains moments d’épreuves terribles, qui ont duré dans le temps, on a pu avoir l’impression que la source avait disparue et que la mort avait été plus forte que la vie. Évoquons les invasions normandes qui ont été particulièrement dévastatrices, la guerre de Cent ans, les guerres de religion, celle de la Fronde, au cours de laquelle l’abbatiale et la ville ont été pillées, mais aussi la période révolutionnaire. À certaines époques, on a pu penser qu’après de telles épreuves, la vie ecclésiale, la foi chrétienne, ne s’en relèveraient pas et même disparaîtraient. Mais l’Évangile a ressurgi dans le cœur des croyants et la vitalité de la foi s’est de nouveau manifestée. Cela nous invite à la confiance. Entendons-nous bien : cette confiance n’a rien à voir avec l’optimisme un peu naïf de celui qui pense que tout finit par s’arranger ou que tout va continuer comme avant. La confiance dont je parle repose sur la foi en la puissance de l’Évangile. Des journalistes souvent me posent la question : comment voyez-vous l’avenir de l’Église ? Et en général, ils ajoutent : les églises sont vides…il n’y a plus que des vieux… J’essaie alors de montrer qu’une telle image ne correspond pas vraiment à la réalité. J’aime bien rappeler cette parole du cardinal Marty qui disait que « les pans des murailles qui s’effondrent font plus de bruit que la lente germination des graines ». Mais je leur réponds souvent que, si j’ai parfois quelques soucis ou quelques inquiétudes, en particulier au moment de la nomination des prêtres, je n’ai pas fondamentalement d’angoisse pour l’avenir. Car, je crois que le Christ ne nous abandonne pas, que sa Parole est vivante, que l’Évangile est une puissance capable de toucher le cœur des hommes et de les convertir.  Je crois que le Seigneur fera toujours naître des communautés de disciples joyeuses de se réunir en son nom, des communautés priantes, fraternelles et missionnaires. Oui, la source coule toujours. La nappe phréatique de la grâce ne sera jamais à sec. Certes, elle pourra ne plus couler à tel endroit mais elle réapparaîtra ailleurs avec vigueur et fraîcheur.  C’est ce que nous constatons avec mes frères évêques dans chacun de nos diocèses. Frères et sœurs, fondons notre confiance sur cette parole du Christ à ses disciples : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des siècles » (Mt 28, 20). 

“Puisse la célébration de ce millénaire annoncer un nouveau printemps pour votre communauté chrétienne !”

Enfin, cette célébration d’aujourd’hui nous invite à renouveler notre engagement à suivre le Christ. En effet, si le Christ nous assure de sa présence, il a besoin de nous pour lui donner visage, pour lui donner corps, pour lui permettre de rejoindre lui-même les hommes et les femmes de notre temps. N’oublions pas que la promesse de sa présence que j’ai citée en Saint Matthieu vient tout de suite après l’envoi en mission de ses disciples : « Allez donc : de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit. » (Mt 28, 19-20). Aujourd’hui, le Christ a besoin de nous pour que nous témoignions de son message d’amour, de la force transformante de son Esprit. Par nous, il veut dire à chacun : tu es aimé. Tu es aimé gratuitement. Tu es le fils, la fille bien-aimé(e) du Père. Laisse-toi aimer et, à ton tour, entre dans cette dynamique d’amour. Tu feras alors, au cœur même de ta vie, l’expérience d’une lumière, d’une paix, d’une confiance et d’une joie, qui te feront pressentir que tu as bien pris le chemin de la vie, de la vraie vie, d’une vie qui ne déçoit pas. Voilà le message que nous avons à vivre et dont nous sommes les porteurs. L’Eglise n’existe que pour servir et annoncer cette bonne nouvelle à tout homme. Le pape François le rappelle fortement ces temps-ci. Il dit que l’Eglise ne doit pas se refermer sur elle-même, en ne s’occupant que de son organisation ou de ses activités internes. Elle doit sortir de ses cercles familiers pour rencontrer tous ceux pour qui elle a un message de vie. Après Jean-Paul II et Benoît XVI, le pape François nous appelle à une nouvelle évangélisation. Chacun de nous est concerné. Car l’évangélisation n’est pas matière à option, réservée à quelques chrétiens puissamment motivés. C’est par notre baptême, notre confirmation et notre participation à l’eucharistie, que le Christ fait de nous ses témoins. À chacun d’entre nous, il redit : « Comme le Père m’a envoyé, à mon tour je vous envoie » (Jn 20, 21). Devant cette mission qui s’ouvre devant nous, nous pouvons bien sûr ressentir quelque crainte. Nous connaissons nos limites, nos faiblesses, nos peurs, notre respect humain. Nous sentons bien que, ce dynamisme missionnaire, nous ne pouvons pas le tirer de notre propre fonds. Il nous faut, en fait, le recevoir du Christ. C’est en étant unis à lui, attentifs à sa présence dans l’écoute de sa Parole, dans la célébration des sacrements, en particulier dans l’Eucharistie, et dans une charité au quotidien, que le Seigneur nous donnera cette force de témoigner de la joie qu’il y a à croire en lui et à vivre avec lui. Puisse la célébration de ce millénaire annoncer un nouveau printemps pour votre communauté chrétienne ! Faisons de cette mémoire du passé une force pour le présent et un tremplin pour l’avenir. Soyons les disciples et les témoins de ce Seigneur qui est, qui était et qui vient (Ap. 1, 8). Amen.

† Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux

Évêque de Bazas

 

 

 

(crédit photo : Sud-Ouest)


 

Pour en savoir plus sur le millénaire de Saint Astier, vous pouvez revoir le reportage diffusée dans l'émission le Jour du Seigneur.

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