“ L’envoi naît de l’Eucharistie ”

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Mgr Ricard a célébré la messe, au jour de la fête du Corps et du Sang du Seigneur, lors de la convention nationale de l'Enseignement catholique, à Vincennes, le 1er juin 2013.

Chers amis,

Célébrer la fête du Corps et du Sang du Christ est pour nous l’occasion de vivre plus intensément notre participation à la célébration eucharistique. Il y a, en effet, pour nous dans l’eucharistie un double mouvement : un mouvement d’appropriation et un mouvement de désappropriation.

Reconnaissons-le, le mouvement d’appropriation est celui qui nous est le plus familier. Il résulte de l’invitation que le Christ adresse à ses disciples, en désignant son corps et son sang : «Prenez et mangez », « Prenez et buvez ». Nous avons à nourrir notre foi de cet aliment que le Seigneur nous donne. Il nous offre sa propre vie. Chez saint Jean, le réalisme de cette alimentation est fortement souligné : « En vérité, en vérité, je vous le dis, dit Jésus, si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme et ne buvez pas son sang, vous n’aurez pas la vie en vous. Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour. Car ma chair est vraiment une nourriture et mon sang est vraiment une boisson. Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui » (Jn 6, 53-56). En communiant, nous recevons le Seigneur en nous. Il vient demeurer chez nous et quand il vient chez nous, il nous apporte tout ce dont nous avons besoin pour nourrir notre foi, pour renforcer notre amour envers lui et envers les autres, pour témoigner avec plus de confiance et d’assurance. Nous avons besoin de cette vie de Dieu en nous. Elle nous est aussi nécessaire que ce pain que nous demandons à Dieu de nous donner chaque jour. Si parfois nous passons par des phases de tiédeur spirituelle, demandons-nous : notre vie de foi est-elle assez nourrie ? N’est-elle pas anémiée ? N’a-t-elle pas besoin de se nourrir plus fréquemment de ce pain que Jésus nous offre ?

“Servir vraiment implique toujours une conversion, la pratique d’une relecture et l’acceptation d’une interpellation”

Mais à ce mouvement d’appropriation, vital pour notre foi, se conjugue dans l’eucharistie un autre mouvement, non moins vital, celui d’une désappropriation de soi. Vous avez remarqué qu’il nous est dit dans le texte de saint Jean, que si le Christ vient bien demeurer en nous, il nous faut aussi demeurer en lui. Cela nous appelle à sortir de chez nous, à le rejoindre, à marcher à sa suite. Il y au cœur de l’eucharistie comme un renversement : nous allions mettre la main sur le Christ pour nous l’assimiler et c’est lui qui met la main sur nous et nous dit, au cœur même de la prière eucharistique : « Veux-tu venir à ma suite ? Veux-tu avec moi donner ta vie ? Veux-tu la présenter en offrande au Père ? Veux-tu être un membre de mon corps ? ». En effet, quand nous communions au corps eucharistique du Seigneur, celui-ci nous demande d’être un membre de son corps, de ce corps ecclésial qu’il se donne dans le monde. Dans un sermon à des néophytes, Saint Augustin a sur ce point des affirmations étonnantes : « Veux-tu  comprendre ce qu’est le corps du Christ ? Ecoute l’Apôtre dire aux fidèles : Vous êtes le corps du Christ et ses membres. Si donc vous êtes le corps du Christ et ses membres, c’est votre propre symbole qui repose sur la table du Seigneur. C’est votre propre symbole que vous recevez. A ce que vous êtes, vous répondez « Amen », et cette réponse marque votre adhésion. Tu entends : « Le corps du Christ », et tu réponds : « Amen ». Sois un membre du corps du Christ, afin que ton « Amen » soit vrai. ». Oui, c’est de l’Eucharistie que jaillit notre mission d’être dans le monde, dans les tâches de notre vie quotidienne, les disciples et les témoins du Christ. L’envoi naît de l’Eucharistie. C’est au cœur de nos responsabilités que nous avons à être au service de Dieu et des autres, « pour la gloire de Dieu et le salut du monde », comme nous le disons au cours de l’eucharistie. On comprend d’ailleurs que saint Jean lors du dernier repas nous relate, à la place du récit de l’institution, celui du lavement des pieds. Il nous indique, en fait, ce qui est la dynamique profonde de l’eucharistie : non pas être servi mais servir. En un mot, nous mettre avec le Christ en tenue de service. Jésus ne dit-il pas à ses disciples : « Si donc je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres.  Car c'est un exemple que je vous ai donné, pour que vous fassiez, vous aussi, comme moi j'ai fait pour vous » (Jn 13, 14-15) ?

Cette dimension de service est au cœur de la mission de l’Enseignement catholique. Il suffit pour s’en convaincre de parcourir le texte de notre nouveau Statut. Nous constaterons alors le nombre de fois où le mot de « service » est employé, avec des applications variées. Cela n’est d’ailleurs pas étonnant car le service de l’homme est au cœur de la mission de l’Eglise. Après Paul VI et Jean-Paul II, Benoît XVI a redit que le service de l’humanité était une des composantes essentielles de l’évangélisation. Dans sa mission éducative, l’Eglise sert chaque homme, chaque enfant, chaque jeune. Elle l’accueille comme unique, comme l’objet de cette tendresse de Dieu qui dit dans le prophète Isaïe : « Tu comptes beaucoup à mes yeux, tu as du prix et je t’aime » (Is. 43, 4). Cet accueil n’est pas sélectif. Tous doivent se sentir accueillis, dans la diversité de leurs milieux sociaux, de leur culture ou de leurs croyances. L’Eglise, dans sa proposition éducative, les accueille tous  Elle veut les aider à développer toutes les dimensions de leur être, dimension corporelle, intellectuelle, affective, relationnelle et spirituelle. La proposition de la foi s’inscrit dans cette ambition d’une éducation globale.

Dans la mise en œuvre d’une telle visée éducative, l’Enseignement catholique est vraiment dans une dynamique de service. Il prend part à ce souci qu’a la société d’éduquer, d’enseigner et de préparer sa jeunesse à la vie professionnelle. Il offre à l’Etat son partenariat pour participer avec le projet et les moyens qui lui sont propres à cette mission nationale de service public d’éducation. Sur le terrain, un établissement catholique ne vit ni en autarcie ni en vase clos. Se voulant au service d’une population, il noue avec les autres acteurs sociaux (économiques, politiques, associatifs..), qui œuvrent dans son environnement, de multiples liens de connaissance et même parfois de collaboration. La grande diversité des intervenants présents aujourd’hui dans notre Convention en est une éloquente illustration.

Mais il ne suffit pas pourtant de parler de service. Encore faut-il le vivre effectivement. Soyons clairs, servir vraiment implique toujours une conversion, la pratique d’une relecture et l’acceptation d’une interpellation. Je dis que je suis au service. Est-ce si sûr ? Laissons-nous questionner par l’Evangile qui nous invite à un véritable décentrement par rapport à nous-mêmes. Nous disons que dans notre projet éducatif nous sommes au service de tout l’homme et de tous les hommes. N’avons-nous pas à nous interroger, à faire une relecture de notre pratique ? N’avons-nous pas à améliorer notre service ? La relecture et l’ouverture à une interpellation ne peuvent que nous aider à ajuster notre service, à le développer, à l’enrichir par un échange de réflexions ou d’expériences. L’objectif de cette Convention n’est-il pas justement de permettre à l’Enseignement catholique présent dans notre pays de remplir au mieux sa mission en relevant les défis auxquels il est confronté par une plus grande qualité et une plus grande pertinence de son service ?

En cette fête du Corps et du Sang du Christ, que le Seigneur nous aide à nous donner pour un plus grand service. Comme le disait l’apôtre Pierre : « Chacun, selon sa grâce, mettez-vous au service les uns des autres, comme de bons intendants d’une multiple grâce de Dieu » (1 Pierre 4, 10). C’est ce que,  dans cette eucharistie, nous pouvons demander maintenant pour nous-mêmes et pour tous les acteurs de l’Enseignement catholique en France. Amen.

† Jean-Pierre cardinal RICARD

Archevêque de Bordeaux

Président du Conseil épiscopal pour l’Enseignement catholique

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