Dédicace de l'autel de la Collégiale de Saint-Emilion

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Collégiale de Saint-Emilion Journée mondiale des Vocations - Dimanche 29 avril 2012

 

 

Chers frères et sœurs dans le Christ,

S’il y a une bénédiction spéciale et des onctions pour la dédicace d’un nouvel autel, c’est que celui-ci n’a pas qu’une fonction utilitaire. Il a une dimension symbolique et quasi sacramentelle. Il n’est pas que le support matériel du pain et de la coupe eucharistiques. Il n’est pas que la table du repas du Seigneur. Il est l’autel du sacrifice du Christ. Le mot de « sacrifice » a aujourd’hui mauvaise presse : à une époque de recherche d’épanouissement de soi, le sacrifice paraît contre-nature, masochiste, très souvent négatif. Or, dans la vie de Jésus, rien n’est plus positif ni plus fécond que son sacrifice. Son sacrifice, c’est l’offrande de soi au Père pour le salut de tous les hommes, c’est l’acte d’amour qui va jusqu’au bout (« Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15, 13), c’est l’acte du Christ qui expose sa vie pour affronter le mal et libérer ainsi le cœur de l’homme. Ce don de lui-même du Christ nous introduit dans la pleine communion avec Dieu. 

Ce sacrifice - vous le savez - nous est rendu présent et communiqué dans l’eucharistie. Le geste de Jésus assume en quelque sorte en lui tous les sacrifices de l’Ancien testament, et en particulier celui de Melchisédech qui avait béni du pain et du vin offerts à Abraham, et qui est représenté justement dans ce beau panneau en bois du 17° siècle qui a été intégré dans notre nouvel autel. Le Christ récapitule ainsi tous ces sacrifices et les conduit à leur achèvement. Mais en les portant à leur achèvement, il les transforme de l’intérieur. Ce pain, ce n’est pas n’importe quel pain, c’est le pain rompu, le corps livré du Seigneur. Ce vin, ce n’est pas  n’importe quel vin, fût-il de Saint-Emilion, c’est le vin offert, le sang versé pour la multitude. Dans l’Eucharistie, le Christ nous offre son dynamisme d’amour, sa force de se donner et d’aimer. Ainsi recevoir l’Eucharistie, c’est accepter d’entrer, nous aussi, dans ce don et dans cet amour, de vivre de cette force du Seigneur dans notre vie la plus quotidienne, de nous offrir à notre tour avec le Christ. C’est ce que Saint Paul dit aux chrétiens de Rome : « Je vous exhorte donc, frères, par la miséricorde de Dieu, à offrir vos personnes en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu: c'est là le culte spirituel que vous avez à rendre. Et ne vous modelez pas sur le monde présent, mais que le renouvellement de votre jugement vous transforme et vous fasse discerner quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui lui plaît, ce qui est parfait. » (Rm 12, 1-2). En fait, toute notre vie chrétienne est exprimée en ces quelques mots de l’apôtre : s’offrir à Dieu, accueillir son amour, se laisser aimer, répondre à cet amour par son propre amour. J’aime bien cette affirmation du pape Saint Grégoire le Grand que cite le pape Benoît XVI dans son Message pour notre Journée des Vocations : « Dans le terrain de notre cœur, (Dieu) a d’abord planté la racine de l’amour envers Lui, et puis, comme une frondaison, s’est développé l’amour fraternel ». Laissons pousser cette belle plante de l’amour de Dieu en nous. Qu’elle devienne un grand arbre et produise une belle frondaison d’amour fraternel ! 

Pour nous aider à accueillir au jour le jour cet amour qu’il ne cesse de vouloir nous communiquer, le Ressuscité nous donne des signes de sa présence. Dans le Message dont je viens de parler et qu’il nous adresse en cette Journée mondiale de prière pour les vocations, le pape énumère quels sont ces signes : la Parole de Dieu, les sacrements et tout particulièrement l’eucharistie, mais aussi ces ministres ordonnés que sont les évêques, les prêtres et les diacres. Ceux-ci, comme pour l’autel d’ailleurs, n’ont pas qu’une dimension fonctionnelle, au sens où, comme dans n’importe quelle organisation, il faudrait des animateurs, des responsables et une hiérarchie dans ces responsabilités. Ils ont une fonction symbolique et sacramentelle. Ils sont un don de Dieu. Les évêques et les prêtres, en particulier, doivent rendre présent le pastorat du Christ, bon pasteur pour son peuple. Comme dit le pape : « (le Christ) vient toujours de nouveau à notre rencontre par des hommes à travers lesquels il transparaît ». On comprend qu’être prêtre n’est pas un métier qu’on pourrait n’exercer qu’un temps, une fonction, des activités, que l’on pourrait mener à côté d’autres, c’est fondamentalement la consécration de toute une vie au Christ, pour le servir, le faire connaître et le faire aimer. On comprend que le Concile Vatican II ait mis au cœur-même du ministère presbytéral la charité pastorale, l’amour du bon berger pour ceux qui lui sont confiés : il les connaît, il les appelle par leur nom, il les défend contre les dangers, il les conduit vers les sources d’eau vive et les gras pâturages, il va à la recherche de la brebis perdue. A travers le cœur des prêtres – malgré leur limite et leurs faiblesses – on doit sentir en quelque sorte battre le cœur du Christ. Comme Jésus le dit à Pierre : « Simon, m’aimes-tu ? Sois alors le pasteur de mes brebis ».

Ces pasteurs, Dieu veut les donner à son peuple. Encore faut-il qu’il trouve des cœurs accueillants à son appel et un peuple sensibilisé à ce soutien des vocations sacerdotales et religieuses. Oui, Dieu appelle. J’en suis témoin, en voyant la réalité de cet appel dans la vie de jeunes et de moins jeunes. Il y a aujourd’hui 18 séminaristes pour le diocèse de Bordeaux qui se préparent à être prêtres, dont un de votre secteur, Thierry Gouze, de Montagne-Saint Emilion. Six autres jeunes sont en année de propédeutique, qui est une année de fondation spirituelle et de discernement. Cinq font le parcours « Simon Pierre » qui s’adresse à des étudiants ou à des jeunes qui travaillent mais qui se posent la question  du sacerdoce.

Oui, Dieu appelle, de nos jours comme autrefois, mais avouons que l’environnement, aujourd’hui, n’est pas tellement porteur. Les vocations sont comme les autoroutes. On en a besoin mais à condition qu’elles passent chez les autres. Dans son Message, le pape Benoît XVI nous pose la question de l’écologie des vocations, c’est-à-dire du terrain dans lequel elles peuvent naître et grandir. Cela renvoie à la vitalité de nos communautés chrétiennes. Le pape souligne les éléments favorables à une pastorale féconde des vocations : aimer la Parole de Dieu et se nourrir de l’Ecriture, prier et mettre comme « centre vital » de sa vie l’Eucharistie, offrir aux jeunes, comme dit le pape, un « sage et solide accompagnement spirituel ». Le pape insiste également sur le rôle des familles, « communautés de vie et d’amour », pour qu’elles soient un lieu d’apprentissage d’un amour gratuit, d’un sens des autres, d’un accueil généreux d’une vocation sacerdotale ou religieuse.

Au cours de cette messe, prions pour les vocations sacerdotales. L’autel nous rappelle qu’il ne peut y avoir d’Eucharistie que si un prêtre la préside au nom du Christ. Au cours de la bénédiction de ce nouvel autel, prions le Seigneur pour qu’il donne à son Eglise les prêtres dont elle a besoin et qu’il fasse de chacun d’entre nous les serviteurs et les collaborateurs de son appel Amen.

†  Jean-Pierre cardinal RICARD
Archevêque de Bordeaux

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