Homélie de la Messe à Saint-Pierre de Rome, lors de la Visite Ad Limina

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Au premier jour de la visite "Ad Limina", à Rome, du premier groupe d'évêques français, voici l'homélie de Mgr Jean-Pierre Ricard.

Visite ad Limina – Jeudi 20 septembre 2012

 

Chers amis,

 

Pierre a suivi le Christ. Avez-vous remarqué que toute la vie de l’Apôtre est sous le signe de cet appel ? Dans l’Évangile de Jean, le dialogue de Jésus et de Pierre se termine par ces mots : « Viens, suis moi ». Ces paroles avaient aussi été les premières, quand Jésus avait demandé à ce pécheur de Galilée de tout quitter pour le suivre et devenir un pécheur d’hommes. Toute la vie de Pierre est comme aimantée, animée de l’intérieur, orientée par cet appel du Christ : « Suis-moi ». Toute notre vie de baptisé, de prêtre ou d’évêque est habitée par cette dynamique de l’appel. Jusqu’à notre dernier souffle, nous n’aurons jamais fini de l’entendre, d’en découvrir les modalités concrètes et d’y répondre. Il nous faut, jour après jour, nous remettre en route à la suite du Seigneur pour prendre avec lui le chemin de l’Évangile.

Regardons avec Pierre ce que cela comporte. La vie de Pierre dessine une  triple exigence : l’amour, la conversion et le témoignage.

Ce qui est au cœur de la vie de Pierre, c’est une amitié profonde, son amitié avec Jésus de Nazareth. Cet homme l’a marqué, l’a impressionné, l’a éclairé. Il a découvert qu’il était le Messie de Dieu, le Fils bien aimé du Père. Il est entré dans l’intimité de son amitié. Il faisait partie de ces trois disciples qui étaient avec Jésus sur la montagne au moment de la transfiguration et au Jardin des Oliviers. Certes, il a trahi cette amitié quand il a renié son maître dans la maison du Grand Prêtre. Mais il en a pleuré amèrement. Et Jésus lui a pardonné. Par trois fois, le Ressuscité questionne Pierre sur son amitié : « Pierre, m’aimes-tu ? » et Pierre répond « Seigneur, tu sais bien que je t’aime ». Et c’est parce qu’il aime qu’il peut être le pasteur des brebis du Christ, non pas un mercenaire mais un bon berger à l’image de celui qu’il aime, le Bon Pasteur, le Christ. Je crois que si Pierre vit une amitié si forte avec le Seigneur, c’est parce qu’il s’est senti aimé par lui, aimé gratuitement. Et s’il est appelé à être ce roc sur lequel le Christ bâtit son Église, ce n’est pas à cause de ses mérites, c’est par pure grâce, par choix gracieux de Dieu. Ce matin, entendons le Christ, nous poser, à nous aussi, cette question : « M’aimes-tu ? ».  Répondons-y avec confiance, sachant que c’est l’amour du Seigneur qui soutient notre propre réponse. S’il nous appelle à être les pasteurs de son peuple, ce n’est pas parce que nous le mériterions, ou parce qu’il prendrait en compte nos qualités ou notre expérience, mais tout simplement parce qu’il nous aime d’un amour gratuit et créateur. Puissions-nous grandir dans cet amour du Seigneur. Puissent les communautés chrétiennes dans nos diocèses être ces lieux où on découvre à quel point on est aimé et où on apprend à aimer !

"Acceptons, comme Pierre, de nous laisser questionner par l’Évangile"

Mais Pierre nous montre aussi que suivre le Christ, c’est accepter de nous convertir, de changer notre façon de voir, de penser et de vivre pour être fidèles à l’Évangile. Pierre a du se convertir à la Parole de Jésus. Il a résisté. Il avait sa propre représentation du Messie et voulait que Jésus entre dans ses vues. Or c’est lui qui doit accepter de se convertir aux vues du Christ. Nous aussi, nous pouvons être marqués par nos habitudes, notre façon de penser et de vivre. Il peut nous arriver d’avoir plus de mal à nous laisser remettre en question par des rencontres, par des situations nouvelles. Acceptons, comme Pierre, de nous laisser questionner par l’Évangile. Il y a toujours quelque chose qui n’est pas encore évangélisé dans notre vie, quelque chose à changer. Que l’Esprit Saint nous éclaire et nous montre par quel chemin il nous appelle à passer.

Enfin, Pierre nous montre que suivre le Christ, c’est accepter de témoigner de lui dans notre vie de tous les jours. Tout disciple est appelé à être témoin : « Comme le Père m’a envoyé, à mon tour je vous envoie » (Jn 20, 21). Pierre est un apôtre, un envoyé, un témoin de la Bonne Nouvelle de l’Évangile. A la suite des apôtres, nous aussi nous sommes envoyés. Le Christ nous communique l’Esprit pour que nous témoignions de lui autour de nous, à la fois par nos paroles et nos actes, à la fois personnellement mais aussi solidairement en Église. Saint Pierre dans sa première épître nous dit : « Soyez toujours prêts à rendre compte de l’espérance qui est en vous à quiconque vous le demande » (1 Pi 3, 15). Nous sentons fortement aujourd’hui la nécessité d’une nouvelle évangélisation, l’urgence à risquer une première annonce, à ouvrir des chemins nouveaux à l’Évangile. Confions à l’apôtre Pierre nos Églises diocésaines. Qu’elles soient passionnées par cette annonce de l’Évangile. Qu’elles brûlent de ce feu dont Jésus nous dit : « Comme je voudrais qu’il fût déjà allumé » (Lc 12, 49) !

Ce témoignage, Pierre, le portera jusqu’au don de sa vie, jusqu’au martyre. Et il est particulièrement impressionnant de le rappeler ici, tout près des lieux de son exécution. Pierre vient nous rappeler que nous sommes invités à donner notre vie, à affronter comme Jésus, les mains nues, les forces du mal présentes dans le monde. L’Évangélisation n’est pas qu’une joyeuse campagne de communication. Elle est aussi un combat spirituel, un temps d’épreuve où on peut prendre des coups. Il y a bien des façons de vivre le martyre, le martyre du sang, le martyre médiatique, le martyre devant l’opinion publique, le martyre du service de la communion dans une Église traversée par des tensions redoutables. Prions pour chacun d’entre nous. Prions aussi pour nos prêtres et nos diacres, pour tous ceux et celles qui portent dans nos diocèses ce souci de la mission, pour tous ceux qui, à certains moments, ressentent le poids du jour. Confions-nous à l’intercession de l’apôtre Pierre, pour que le Seigneur donne à tous foi, courage, assurance, persévérance mais surtout confiance et joie.

Amen.

       †  Jean-Pierre cardinal RICARD

             Archevêque de Bordeaux

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