Familles, accueillez la Bonne nouvelle du Christ !

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Homélie de la fête des familles Cathédrale Saint-André - Dimanche 16 octobre 2011

 

Chers frères et sœurs dans le Christ,


Au cœur de cette Eucharistie, l’Evangile vient à nous comme une Bonne nouvelle à accueillir et à rayonner, une Bonne nouvelle pour la famille, pour toutes les familles, pour chacune de nos familles.


Cette Bonne nouvelle, nous avons à l’accueillir dans la situation qui est la nôtre aujourd’hui, une situation contrastée. D’un côté, la famille reste une valeur forte, plébiscitée par les français. Un récent sondage Ipsos relève que 77 % des français souhaitent construire leur vie de famille en restant avec la même personne toute leur vie. Mieux encore, ce taux monte à 84 % pour les 18-24 ans et à 89 % pour les 25-34 ans. Mais en même temps, nous constatons la fragilité du lien conjugal, On dit que 30 à 50 % des mariages aboutissent à un divorce. Celui-ci n’est sans doute pas voulu au point de départ, mais quand il se présente à l’horizon, n’est-il pas trop vite accepté avec fatalisme ? Il est à noter également, qu’en France aujourd’hui, un enfant sur deux naît hors mariage. De plus, nous pouvons constater que dans notre société l’encadrement social du mariage et de la famille s’est affaibli, que les modèles et les points de repère se sont brouillés et qu’on parle de plus en plus de la famille au pluriel en lui ajoutant un qualificatif : on parlera de familles traditionnelles, monoparentales, recomposées ou homoparentales… C’est donc bien dans cette situation contrastée que l’Evangile aujourd’hui nous rejoint. Il ne cultive ni la nostalgie du passé ni les imprécations contre le temps présent, il nous tourne résolument vers l’avenir qu’il nous demande d’affronter avec la force de la foi.

Que vient nous dire le Christ ? 

Il vient tout d’abord nous dire que le mariage et la famille sont une bénédiction de Dieuparce qu’ils s’inscrivent dans son dessein d’amour. Quand il est questionné sur la répudiation de la femme par l’homme, Jésus renvoie à l’origine, au dessein originel de Dieu : «  A l’ origine, il n’en était pas ainsi » (Mt 19, 8) et Jésus de citer le texte de la Genèse : « C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme, et les deux ne feront qu’une seule chair » (Mt 19, 4). L’union stable et définitive de l’homme et de la femme, ouverte sur des enfants à naître, fait goûter à ceux qui la vivent la bénédiction de Dieu, la force de cette parole que nous trouvons dans le premier chapitre de la Genèse : « Et Dieu vit que cela était bon…vraiment très bon » (Gn 1, 25, 31).

Mais le Christ sait que la vie en couple et la vie de famille ne sont pas un long fleuve tranquille. Elles peuvent être marquées par la faiblesse, la fragilité et le péché. Dans la Bible, le premier couple est traversé par une accusation mutuelle, les relations entre frères sont très conflictuelles (Caïn et Abel, Jacob et Esaü), les relations entre générations pas toujours évidentes. Jésus rencontrera sur sa route la femme adultère, la femme de Samarie aux 7 maris. Il parlera dans une parabole de la relation difficile du père avec ses deux fils. Alors, faut-il dire que l’appel à un amour conjugal durable et la promesse d’un bonheur familial seraient un rêve, un idéal impossible à atteindre ? La question rejaillit avec force aujourd’hui dans le contexte qui est le nôtre.

Et c’est là que le Christ vient à nous avec cette Bonne nouvelle qui nous dit : Oui, c’est possible ! Oui, c’est possible avec l’Esprit du Seigneur. Comme le déclare Jésus : « Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu » (Lc 18, 27). Oui, il est possible de fonder un foyer durable, de s’aimer toute la vie, de vivre des relations familiales aimantes, confiantes et respectueuses !

Cela est possible, si nous nous ouvrons au don de Dieu. Et le premier don que nous fait le Père est son Fils lui-même. Le Christ se présente comme le compagnon de route du couple et de la famille, lui qui nous dit: « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des siècles » (Mt 28, 20). Accueillir le Christ dans la prière, l’écoute de la Parole, la célébration des sacrements, et tout particulièrement de l’eucharistie, c’est accepter de le suivre, de s’ouvrir à son Esprit, d’apprendre à aimer avec lui. Le Christ, en effet,  nous apprend à aimer en vérité, à nous décentrer de nous-mêmes, à écouter l’autre, à l’accueillir, à le comprendre, à le supporter à certains jours, à chercher la réconciliation et à vivre le pardon. Il nous invite aussi à passer par le mystère pascal du don de soi. Avec le Christ, nous sommes à la véritable école de l’amour, à l’école de l’amour véritable. Car il y a tout un travail sur soi à faire, sur notre manière d’être et sur nos relations. Il n’y a pas de réussite de sa vie de couple ou de sa vie familiale qui serait donnée sans effort. Le chemin de la réussite passe toujours par une conversion personnelle quotidienne. Mais, là aussi, accueillons la Bonne nouvelle de l’Evangile : dans son amitié avec nous, le Christ ne fait pas que nous donner un exemple à imiter. Il nous donne une force pour aimer, celle de son Esprit. Il vient à notre aide. Il nous soutient.

N’oublions pas non plus que le Christ vient pour tous. Il n’abandonne personne. Il rejoint également sur leur route ceux qui font l’expérience de l’échec, dans leur vie conjugale, dans  l’éducation de leurs enfants, ou dans les relations complexes de leur vie familiale. A tous, il offre son amour. Il appelle chacun à venir à sa suite. La Bonne nouvelle est pour tous. Personne n’en est exclu.

C’est par son Eglise que Le Christ aujourd’hui se manifeste et vient communiquer sa force de salut. Il vient lorsque deux ou trois sont réunis en son nom. Il vient tout d’abord dans le couple lui-même et dans la famille quand ce couple et cette famille portent le souci de l’accueillir, de le prier, d’être ce lieu d’accueil et d’écoute de l’Evangile, d’apprentissage de l’amour selon le Christ. On comprend qu’on ait pu parler de la famille comme « petite Eglise domestique ».

Mais la communauté chrétienne est au service des familles en invitant par sa propre vie à accueillir le Christ, à se laisser convertir par lui, dans la prière et le partage de foi, dans l’écoute et la lecture de l’Ecriture, dans la célébration des sacrements, tout particulièrement de l’Eucharistie et du Sacrement de la Réconciliation. Elle est aussi au service des couples et de la famille par la catéchèse, l’éducation des enfants et des jeunes, par les propositions de révision de vie  et d’accompagnement spirituel ainsi que par les propositions de la pastorale familiale.     

Permettez-moi de souligner ce soir trois préoccupations que notre Eglise doit avoir, si elle se veut aujourd’hui pleinement au service de la famille : 

1)    Développer des espaces de respiration et de communication pour les couples. Un gros effort a été fait dans l’Eglise depuis des années pour préparer au mariage. On se rend compte aujourd’hui qu’il est important également d’accompagner les couples dans la durée en leur offrant des lieux où ils peuvent se poser, souffler un peu, faire le point, veiller à renouer le lien de la communication à l’intérieur de leur couple. Combien de couples, un peu malmenés par leur rythme de vie, se sont séparés parce qu’ils n’ont pas su se donner ces moments vraiment régénérateurs pour leur propre vie de couple.

2)    Etre attentif à proposer des rencontres intergénérationnelles et des rencontres entre familles, dans le cadre de la vie paroissiale, de la catéchèse, d’activités caritatives ou de la préparation aux sacrements. Il est important qu’une famille reste ouverte et ne s’enferme pas sur le seul noyau parents-enfants. Elle doit pouvoir s’ouvrir, dans son sein déjà, à d’autres générations. Je vois l’importance aujourd’hui des grands parents ! Et s’ouvrir également aux autres familles. Je n’oublie pas non plus les personnes célibataires qui ont pleinement leur place dans nos rassemblements ecclésiaux. Nos communautés ecclésiales doivent favoriser ces rencontres entre les générations et entre les familles. Il ne s’agit pas moins que d’une oxygénation de notre vie familiale.

3)    Porter un souci tout particulier des familles confrontées à la précarité sociale. Les difficultés qu’elles rencontrent et leurs conditions de vie sont telles que leur vie conjugale en est souvent fragilisée et leur responsabilité parentale rendue plus compliquée. Ces familles ont moins besoin d’être jugées que soutenues et aidées.

Chers amis, voici quelques-uns des appels que nous avons à entendre et quelques-uns des défis que nous avons à relever. Nous avons à le faire ensemble. Car l’Eglise, c’est nous tous et c’est à nous que cette Bonne nouvelle pour la famille est confiée. Nous avons à en témoigner auprès de tous par notre vie, par nos paroles, par nos initiatives. Puisse cette fête que nous venons de vivre et cette eucharistie nous donner force, joie et dynamisme pour cette mission que le Christ nous confie ! Amen.

†  Jean-Pierre cardinal RICARD
Archevêque de Bordeaux

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