“Dieu nous rouvre l’avenir et prend la route avec nous.”

Partager sur: Partager sur Twitter Partager sur Facebook Partager sur Google+

Homélie du cardinal Jean-Pierre Ricard, prononcée lors de la messe des Cendres marquant l'entrée en Carême, le mercredi 10 février 2016, en la cathédrale Saint-André de Bordeaux.

Chers amis,

Dans ce passage d’évangile que nous venons d’entendre, Jésus dénonce l’homme en représentation, c’est-à-dire celui ou celle qui est obnubilé par l’image qu’il veut donner aux autres au détriment de ce qu’il est vraiment lui-même. Le Seigneur oppose le souci du paraître à la recherche de la vérité de ce que l’on est profondément, devant Dieu, devant les autres et devant nous-mêmes. Ce que l’Évangile appelle « le secret ». Je ne suis pas sûr que notre tentation aujourd’hui soit l’étalage intempestif de notre vie religieuse. Nous serions tentés au contraire par une trop grande discrétion.

Certes, dans notre vie nous pouvons être parfois trop dépendants de l’image que les autres ont de nous, de leurs jugements ou de leurs paroles. Mais il me semble que la grande tentation aujourd’hui c’est la frénésie d’activités. Nous courons toute la journée. Nous sommes pressés, stressés, préoccupés, surbookés. Nous avons notre travail, nos études, notre vie affective ou familiale, nos relations, nos loisirs et pour certains des addictions de toutes sortes. Et du coup, dans le secret de notre vie et de notre cœur, nous risquons de rater tous nos rendez-vous avec Dieu, avec les autres, avec nous-mêmes. Les autres sont là. C’est nous qui ne sommes pas là.

" Loin d’être une période austère et triste, le Carême sera pour vous un temps de ressourcement, de légèreté et de joie. "

Le Carême nous est proposé comme un temps où on apprend à se poser, à souffler, à se rendre plus disponible à Dieu, aux autres et à soi-même. C’est là toute la symbolique du passage par le désert, ce temps où on apprend à se désencombrer de bien des choses et où on devient plus disponible pour la rencontre. On comprend que, dans la Bible, le désert soit le lieu des fiançailles entre Dieu et son peuple, le temps de l’intimité, du dialogue et de la tendresse.

Dans le secret de votre cœur et de votre vie, prenez du temps pour Dieu. Il vous attend. Il vient à votre rencontre. Il vous offre son souffle et son dynamisme de vie. Ecoutez ce que nous dit le prophète Joël : « Revenez au Seigneur, votre Dieu, car il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour, renonçant au châtiment ». En cette année de la miséricorde, redécouvrons ce Dieu qui nous offre son amitié, son amour, son compagnonnage au quotidien, sa tendresse nous dit la Bible. Un Dieu tendre et miséricordieux. La miséricorde, c’est la tendresse qui est redonnée à celui qui ne la mérite pas, à celui qui s’est éloigné, au pécheur, mais aussi au pauvre qui peine, se décourage, baisse les bras ou veut lâcher prise. « Venez à moi, dit le Seigneur, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai. Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez soulagement pour vos âmes.
 Oui, mon joug est aisé et mon fardeau léger » (Mt 11, 28-30). Pendant ce Carême, prenons du temps pour la prière, ce cœur à cœur avec le Seigneur ; ouvrons l’Évangile, nourrissons-nous davantage du pain de l’Écriture ; remettons-nous devant ce visage d’un Dieu de miséricorde, de ce Père qui attend le retour du fils prodigue, de ce Bon Berger qui va à la recherche de la brebis perdue. Et s’il y a un lieu où cette miséricorde nous est donnée à goûter, à recevoir et à accueillir, c’est bien le sacrement de pénitence et de réconciliation. Là aussi Dieu nous attend. Écoutons saint Paul qui nous dit : « Nous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu ». N’hésitons pas à venir accueillir le pardon de Dieu. Dieu ne nous enferme pas dans notre passé. Il nous rouvre l’avenir et prend la route avec nous.

Si Dieu nous fait miséricorde, c’est pour que nous soyons à notre tour miséricordieux. « Soyez miséricordieux, dit Jésus, comme le Père est miséricordieux » (Lc. 6, 36). Être miséricordieux, c’est éviter de juger les autres sans appel, nous dit Jésus, c’est faire preuve de bienveillance, de compréhension, de patience, d’acceptation des différences ; c’est ne pas mettre toujours notre « ego » personnel au centre de tout. Être miséricordieux, c’est se mettre d’avantage à l’écoute des autres, faire preuve de fraternité, d’entraide et, à certains jours, de réelle solidarité. Le Christ appelle des disciples compatissants et fraternels. Je crois que notre Église, notre société, notre monde en ont un urgent besoin.

Sois miséricordieux vis-à-vis de toi-même, nous demande aussi le Seigneur. Sois attentif à ton équilibre de vie, à une saine hygiène de vie pour ton corps, pour ton esprit, pour ton âme. L’appel au jeûne que lance traditionnellement le Carême est au service de cette dynamique. Désencombre-toi. Crée un peu de vide dans ta vie. Fais de la place à Dieu, aux autres, à toi-même.

Chers amis, vivez comme un entrainement sportif de la miséricorde ce temps du Carême. Soyez miséricordieux comme le Père. Apprenez à lui ressembler. Et vous ferez l’expérience d’une joie, d’une paix et d’une confiance renouvelées. Loin d’être une période austère et triste, le Carême sera pour vous un temps de ressourcement, de légèreté et de joie. N’oublions pas que, par son Esprit, Jésus peut faire jaillir des sources dans nos vies (Jn 7, 38-39) !


 

+ Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux

 

 

 

Partager sur: Partager sur Twitter Partager sur Facebook Partager sur Google+