De la crèche à l’eucharistie, l’amour a le même visage.

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Homélie de Mgr Ricard, prononcée le mardi 24 et le mercredi 25 décembre pour la messe de Noël.

Chers frères et sœurs dans le Christ,

Dans ce magnifique poème que nous avons dans la Bible, le Cantique des Cantiques, il y a ce cri que le croyant adresse à Dieu : « Montre-moi ton visage, fais-moi entendre ta voix » (Ct 2, 14). Nous aspirons à découvrir le vrai visage de Dieu, car, au cours de l’histoire de l’humanité les hommes ont projeté sur Dieu bien de leurs phantasmes : images d’un dieu jupitérien trônant au sommet de l’Olympe, de divinités sanguinaires exigeant des sacrifices humains, d’un juge impitoyable pesant sur une balance les actions des hommes, d’un dieu garant de la morale et traquant le coupable, comme dans le vers de Victor Hugo : « L’œil était dans la tombe et regardait Caïn ». On comprend que, devant toutes ces projections, nous puissions faire nôtre ce désir profond de l’homme de la Bible qui questionne : qui es-tu, mon Dieu ? Quel est ton visage ? Montre-nous ton vrai visage, Seigneur !

C’est pour révéler qui il est que Dieu, dans toute la Bible, va se faire connaître, lever petit à petit le voile de discrétion dans lequel il se cache. Mais c’est surtout en Jésus qu’il va montrer son vrai visage. L’auteur de l’épître aux Hébreux le réaffirme au commencent de sa lettre : « Souvent, dans le passé, Dieu a parlé à nos pères par les prophètes sous des formes fragmentaires et variées ; mais, dans les derniers temps, dans ces jours où nous sommes, il nous a parlé par ce Fils qu’il a établi héritier de toutes choses et par qui il a créé les mondes » (He 1, 1-2). On peut dire qu’à Noël, Dieu révèle véritablement qui il est. Comment vient-il à nous ? Quel signe nous donne-t-il de sa présence ? L’Evangile de Noël est très clair sur ce point. Il est dit aux bergers : « Vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire » (Lc 2, 12). Voilà un signe avec une double facette : un nouveau-né et une mangeoire.

D’abord un nouveau-né.

Dieu vient à nous dans cet enfant qui nous est donné.

Quoi de plus fragile qu’un enfant ? Quoi de plus dépendant de son environnement qu’un bébé ? Quoi de plus faible et de plus pauvre qu’un tout petit ? Quoi de plus désarmé et désarmant qu’un enfant qui vous tend les bras ? Même les plus durs et les plus fermés craquent devant un enfant qui veut vous embrasser. Or, cet enfant, c’est le Seigneur. Les anges le proclament : « Aujourd’hui vous est né un Sauveur,  dans la ville de David » (Lc 2, 11). A travers cet enfant, qui est le Fils, c’est le visage du Père qui se révèle. Comme le dira un jour Jésus à ses disciples « Qui me voit, voit Celui qui m’a envoyé » (Jn 12, 45). Dans ce nouveau-né qui nous est donné, Dieu se révèle à nous comme un amour, désarmé et désarmant, un amour qui s’offre, se donne, ne s’impose pas de force. Il frappe à notre porte comme l’affirme le Ressuscité dans l’Apocalypse de Saint Jean : « Voici que je suis à la porte et je frappe. Chez celui qui entend ma voix et qui m’ouvre, j’entrerai et nous mangerons en tête à tête, lui avec moi et moi avec lui » (Ap. 3, 20). L’amour de Dieu est patient, respectueux de notre liberté. Il se met au service de l’homme. La discrétion de Dieu, sa pauvreté, on pourrait dire son incognito,  sont vraiment les traits de cette tendresse de Dieu pour l’homme. Une tendresse qui n’est pas étouffante mais profondément délicate pour ceux qu’il appelle à l’existence. Que nous sommes loin des phantasmes sur Dieu dont je parlais tout à l’heure ! Devant l’enfant de la crèche, il faut nous agenouiller, convertir nos images de Dieu, accueillir cet amour qui se donne et adorer, comme le font les bergers.

Dieu vient à nous dans cet enfant qui nous est donné.
Mais il y a aussi une mangeoire.

Cette mangeoire fait partie de cette étable où sont parqués les animaux. Le couple a été heureux de trouver ce local retiré alors que l’hôtellerie était comble à cause du grand recensement qui avait amené une foule inhabituelle à Bethléem. La mangeoire habituellement est remplie de paille ou de foin mais là, il y a un enfant qui se donne, un enfant qui, plus tard, s’offrira en nourriture sous la forme du pain et dira : « Oui, ma chair est une nourriture et mon sang une vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. » (Jn 6, 55-56). Le nom de Bethléem ne signifie-t-il pas la « Maison du pain » ? Curieuse coïncidence !  C’est Saint François d’Assise qui mettait en relation la mangeoire de la crèche et l’autel sur lequel on célèbre l’eucharistie. Pour lui, chaque messe était une nouvelle naissance du Sauveur. Il disait : « Chaque jour il s’humilie comme lorsqu’il est descendu de son trône royal dans le sein de la Vierge. Ainsi chaque jour, il vient à nous sous son humble apparence ; chaque jour il descend du sein du Père sur l’autel entre les mains du prêtre ». Quoi de plus simple, de plus pauvre, de plus ordinaire, de plus discret qu’un peu de pain et qu’un peu de vin ? Nous retrouvons là la même simplicité, la même pauvreté et la même humilité que celles de l’enfant de la crèche. Aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est pourtant là le signe de la présence de Dieu, le visage de son amour qui s’offre à l’homme. De la crèche à l’eucharistie, l’amour a le même visage.

Alors aujourd’hui, accueillons-le. Laissons-nous habiter par lui. Vivons en sa présence.  Nous ferons l’expérience que cet amour a une puissance étonnante de transformation. On ne revient pas de la crèche comme on est venu. Regardez les bergers et les mages. Ils repartent différents, le cœur éclairé par la vue de cet enfant. Ils ont découvert l’amour dont Dieu les aime et ils seront par leurs paroles et par toute leur vie les témoins de cet amour. Nous aussi, à leur suite, contemplons ce vrai visage de Dieu qui nous est révélé aujourd’hui. Accueillons cet amour. Recevons-le dans l’Eucharistie. Mais aussi témoignons de cet amour. Dans un monde souvent marqué par la violence, le chacun pour soi et la difficulté de vivre une véritable solidarité, témoignons de la puissance de l’amour : il est bonté, générosité, bienveillance, partage, paix, réconciliation et pardon. Puissions-nous dire à chacun : « Tu es aimé. Laisse-toi aimer. A ton tour tu es invité à entrer dans cette dynamique de l’amour. Si tu fais cela, tu auras la vie ». Amen.

† Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux

Évêque de Bazas

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