Comment vivre de façon évangélique une messe de rentrée ?

Avons-nous vraiment la sensation qu’il nous est donné de vivre un plus, une qualité de vie, une joie et une confiance, que nous avons envie de proposer à d’autres.

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Homélie de la messe des étudiants, prononcée le 1er octobre 2017, par Mgr Ricard, en l'église Notre Dame à Bordeaux.

Chers amis,

 

Comment vivre de façon évangélique une messe de rentrée ?

 

Le mouvement spontané est de se remettre devant Dieu avec cette année qui s’ouvre, de se confier à lui et de lui demander son aide, tout au cours de l’année bien sûr, mais tout particulièrement dans ces moments qui nous préoccupent le plus que sont ceux des examens ou des concours. Cette attitude n’est pas à mépriser mais elle est très autocentrée. Elle risque parfois de transformer Dieu en pompier de service ou en moteur auxiliaire de notre activité.

 

L’Évangile nous invite à un plus grand décentrement. Il nous appelle à nous tourner vers Dieu et à lui dire : « Seigneur, qu’attends-tu de moi ? Quelles sont tes vues sur moi ? Comment puis-je faire ta volonté ? ». Car je ne veux pas être comme ce fils de l’Évangile qui dit à son Père : « Oui, Oui, je vais travailler à la vigne » et qui ensuite n’y va pas.

 

Seigneur, nous nous mettons ce soir à ton écoute. Comme a dit le psaume que nous avons chanté : « Seigneur, enseigne-moi tes voies, fais-moi connaître ta route ».

 

La première parole que le Seigneur nous adresse, c’est « Je compte sur toi. Je compte sur vous, pour que vous soyez mes disciples et mes apôtres ». Être disciple et être apôtre sont les deux faces d’une même réalité, d’un même appel. Saint Marc le souligne fortement dans l’appel des douze apôtres : «Il (Jésus) monte sur la montagne et il appelle ceux qu’il voulait. Ils vinrent à lui et il en établit douze pour être avec lui et pour les envoyer prêcher avec pouvoir de chasser les démons » (Mc 3, 13-15).

 

Jésus nous appelle à être avec lui, à nous tenir en sa présence, à entrer dans son intimité, à  vivre notre vie de croyants comme une amitié avec lui. Il nous dit d’ailleurs : « Vous êtes mes amis…Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur reste dans l’ignorance de ce que fait son maître ; je vous appelle mes amis, parce que tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître. Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et institués pour que vous alliez et que vous produisiez du fruit et que votre fruit demeure» (Jn 15, 14-16). Jésus nous appelle. Il nous dit : « Viens, suis-moi. Viens avec moi et mets tes pas dans les miens ». Le disciple dans l’Évangile, c’est celui qui suit le maître et se met à l’écoute de sa parole. Cela suppose des moments d’intimité dans le Seigneur, de prière, de recueillement – au sens étymologique du terme – des temps où on recueille sa vie, où on la ressaisit pour en faire une lecture devant Dieu, en disant au Seigneur : « Qu’attends-tu de moi ? ». C’est là qu’a toute sa place la lecture, la méditation de l’Écriture, comme cette Parole que Dieu m’adresse. N’oublions pas non plus que cette amitié avec le Seigneur se nourrit aussi par ces temps de rencontre avec lui que sont la célébration de l’eucharistie ou celle du sacrement de la réconciliation, en un mot, tous ces temps forts où le Seigneur veut habiter chez nous. Comme Jésus le dit à ses disciples : « Si quelqu’un m’aime, il observera ma parole, et mon Père l’aimera ; nous viendrons à lui et nous établirons chez lui notre demeure » (Jn 14, 23). Oui, tout au long de cette année, le Seigneur sera notre compagnon de route. Trouvons le temps pour le rencontrer, pour nous mettre à son écoute, pour laisser son amour nous réchauffer, nous éclairer et nous fortifier.

 

Mais si le Seigneur nous appelle à être ses disciples, il nous appelle aussi à être ses apôtres, ses témoins. Saint Marc nous a dit que Jésus a appelé les douze pour être avec lui…et pour les envoyer prêcher. En saint Jean, Jésus dit à ses disciples : « Comme le Père m’a envoyé, à mon tour, je vous envoie » (Jn 20, 21). La foi n’est pas à notre seul usage personnel. Elle ne fait pas de nous des privilégiés. C’est un don de Dieu qui nous est confié pour être partagé. Le pape François redit souvent que l’évangélisation n’est pas du prosélytisme, mais qu’elle jaillit de l’intérieur de l’expérience de foi. C’est parce que nous avons eu le cœur touché par le Christ que nous souhaitons le faire connaître et le faire aimer. Cela renvoie, bien sûr, à la vitalité de notre expérience chrétienne. Avons-nous vraiment la sensation qu’il nous est donné de vivre un plus, une qualité de vie, une joie et une confiance, que nous avons envie de proposer à d’autres. Dans son exhortation La joie de l’Évangile, le pape François écrit : « On ne peut persévérer dans une évangélisation fervente, si on n’est pas convaincu, en vertu de sa propre expérience, qu’avoir connu Jésus n’est pas la même chose que de ne pas le connaître, que marcher avec lui n’est pas la même chose que marcher à tâtons, que pouvoir l’écouter ou ignorer sa Parole n’est pas la même chose, que pouvoir le contempler, l’adorer, se reposer en lui, ou ne pas pouvoir le faire n’est pas la même chose. Essayer de construire le monde avec son Évangile n’est pas la même chose que de le faire seulement par sa propre raison. Nous savons bien qu’avec lui la vie devient beaucoup plus pleine et qu’avec lui, il est plus facile de trouver un sens à tout. C’est pourquoi nous évangélisons » (Evangelii gaudium, n° 266). N’hésitons pas à nous risquer à une première annonce, à partager notre foi, à dialoguer avec les autres, à inviter à entrer dans l’expérience de la foi : « Viens et vois. Nous avons trouvé la source d’eau vive qui nous désaltère. Elle est pour tous. Si tu as soif, viens et vois. Viens et bois. Fais l’expérience toi-même et tu verras ». Nous vivons dans un monde d’indifférence. Mais je crois que ce message est beaucoup plus attendu qu’on ne croit.

 

Cette annonce de la foi ne sera crédible, bien sûr, que si nous essayons de vivre nous-mêmes ce que nous annonçons. On ne peut témoigner de cet amour du Seigneur, que si on s’est laissé soi-même habiter et transformer par lui. Regardez les conseils que saint Paul adresse aux Philippiens : « Ayez le même amour, les mêmes sentiments ; recherchez l’unité. Ne soyez jamais intrigants ni vaniteux, mais ayez assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes. Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de ses propres intérêts ; pensez aussi aux autres. Ayez en vous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus » (2, 2-5). Paul nous rappelle que nous sommes invités à entrer dans la grande dynamique de vie du Christ qui donne sa vie, qui se donne lui-même au Père et aux hommes. Celui qui ne pense qu’à lui, qui veut gagner jalousement sa vie, la perdra. Celui qui se décentre de lui-même et se donne, celui-là la gagnera. Il sera habité par cette paix et cette joie que Dieu seul peut donner. C’est à cela aussi que le Seigneur nous appelle cette année.

 

Chers amis, cet appel du Seigneur est exaltant. Mais il peut aussi nous faire peur, surtout quand on regarde ses propres forces, quand on connaît ses faiblesses ou ses fragilités. Oui, l’habit peut nous sembler trop grand pour nous, surtout si nous restons tout seuls, si nous pensons nous reposer sur notre seule volonté. Nous avons besoin d’être aidés, de nous aider et de nous soutenir les uns les autres. Ce n’est pas pour rien que Jésus a invité les siens à vivre en communauté, en Église. L’appartenance à une aumônerie, une paroisse, un mouvement, un groupe fraternel, est vital pour nous permettre un vrai ressourcement, un véritable soutien dans notre expérience de foi. Nous avons besoin d’être relancés, d’avoir ces temps de rencontre avec le Seigneur. Je pense aussi à l’importance d’un accompagnement spirituel personnalisé avec un prêtre, une religieuse ou un laïc, quand nous pouvons l’avoir. Il peut être très précieux. Enfin, rappelons-nous que nous vivons dans une société pluraliste où se côtoient des religions différentes, et diverses conceptions de vie. Notre foi, notre vie chrétienne sont questionnées. Nous avons besoin d’approfondir l’intelligence que nous avons de notre propre foi pour pouvoir, comme dit l’apôtre Pierre, « rendre compte de l’espérance qui est en nous à quiconque nous le demande » (1 Pi 3, 15). Nous avons besoin de groupes de réflexion pour nous former et nous rendre plus assurés dans notre foi.

 

Chers amis, au début de cette homélie je posais la question : « Seigneur, qu’attends-tu de moi ? ». Qu’est ce que je peux inscrire très concrètement dans mon emploi du temps, dans le déroulement de mon année pour répondre à ton appel ? Que cette messe de rentrée soit pour vous ce soir le lieu de votre réponse. Amen.

 

+ Jean-Pierre cardinal RICARD

Archevêque de Bordeaux

 

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