Commémoration de la mort du pape Clément V

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Homélie de Mgr Jean-Pierre Ricard, prononcée le samedi 24 mai en la cathédrale Saint-André de Bordeaux.

Chers amis,

Après cette eucharistie, nous inaugurerons l’exposition consacrée au pape Clément V dont nous commémorons cette année le septième centenaire de la mort, survenue à Roquemaure, le 20 avril 1314.

Il est juste que la cathédrale de Bordeaux évoque ainsi le souvenir de celui qui a été un de ses archevêques mais aussi un de ceux qui ont contribué à son agrandissement et à son embellissement. Vous le savez : une partie du transept et du chevet de la cathédrale a bénéficié des libéralités de Bertrand de Got, devenu le pape Clément V. Je remercie tous ceux et celles, qui ont pris l’initiative aujourd’hui, ici à Bordeaux mais aussi à Uzeste, d’évoquer la mémoire de notre pape gascon. Un merci tout particulier à l’Association Ars et Fides, qui a conçu et réalisé l’exposition que nous découvrirons !

Inaugurer une exposition est une bonne chose. Mais pourquoi célébrer une messe ? Quel sens cela a-t-il ?

Il me semble que cette célébration a une double signification :

 

  1. Elle est tout d'abord une prière pour le pape Clément lui-même, pour le repos de son âme. Bien sûr, certains peuvent s’interroger : il y a si longtemps que ce pape est mort, est-ce bien encore la peine de prier pour lui ? En fait, la communion des saints transcende le temps et Dieu lui-même dans son éternel présent écoute les prières de son Église qui prie pour les vivants et les morts. Plus vous avez exercé une autorité importante dans l'Eglise, plus vous en assumez une lourde responsabilité devant Dieu. Comme dit l’évangéliste Luc : « A qui on aura donné beaucoup, il sera beaucoup demandé, et à qui on aura confié beaucoup on réclamera davantage » (Lc 12, 48). La postérité n'a pas toujours été tendre avec le pape Clément V. On lui a reproché, à tort ou à raison, sa participation à la condamnation des Templiers, son népotisme, une certaine recherche de l'argent. Il faut éviter de faire de l’anachronisme et de juger un homme et son époque à l’aune de nos critères actuels de jugement. Bertrand de Got est, je crois, un homme qui a voulu être un bon évêque de Saint Bertrand de Comminges, un archevêque de Bordeaux conscient de ses devoirs et un pasteur attentif pour l'Eglise universelle. Il a aimé l'Eglise. Il a voulu la servir. Il a envoyé des missions jusqu'en Chine. Mais, il s'est trouvé pris dans les remous d’une époque terrible. Lui, le diplomate qui cherchait toujours les accommodements, il a rencontré sur sa route ce roi implacable, ce « roi de fer », qu'a été Philippe le Bel. Il a voulu lui résister mais cela, de fait, lui a été très difficile. Clément V a été conduit à prendre des décisions qui ne correspondaient pas vraiment à ses convictions profondes. Son ministère n'a pas été des plus faciles. Prier pour lui, c'est éviter de le juger. C’est le confier à la miséricorde de Dieu. Il y a, bien sûr, le jugement des historiens, mais n’oublions pas que c'est Dieu seul qui sonde les reins et les cœurs. Comme dit la Bible : « Les vues de Dieu ne sont pas comme les vues de l’homme, car l’homme regarde à l’apparence, mais Dieu regarde au cœur » (1 Sa 16, 7). Et saint Jean ajoute : « Si notre cœur venait à nous condamner, devant Dieu nous l’apaiserions, car Dieu est plus grand que notre cœur et il connaît tout » (1 Jn 3, 19-20).

 

  1. Mais la célébration de notre messe a également une autre signification : elle est une invitation à prier pour l’Eglise, pour cette Eglise de Bordeaux dont Bertrand de Got a été l’archevêque, mais aussi pour l’Eglise universelle que, comme pape, il a servie pendant neuf ans. Nous prierons pour un de ses lointains successeurs, celui qui est aujourd’hui le pape François.

 

Que pouvons-nous demander au Seigneur pour l’Eglise ?

 

  • qu’elle soit toujours accueillante et docile à l’Esprit Saint. Le Christ a promis à ses disciples de leur donner l’Esprit de vérité : « Moi, je prierai le Père, dit Jésus, et il vous donnera un autre défenseur qui sera toujours avec vous ». Jésus communique aux siens son souffle, celui qu’il a reçu du Père et qu’il a pleinement accueilli par toute sa vie. Ce souffle est en nous lumière, vie, amour, confiance, désir de prière, assurance devant les épreuves, courage pour témoigner. C’est l’Esprit qui invite l’Eglise à sortir de la chambre haute le jour de la Pentecôte et à s’adresser à tous sur la place publique. L’Esprit met en route, fait prendre des risques, permet d’affronter l’inconnu. Rien n’est plus étranger à l’Esprit que l’enfermement, le repliement sur soi, l’habitude, le confort spirituel. Chaque fois que l’Eglise se referme sur elle-même comme un club religieux uniquement préoccupé de ses propres membres, elle devient malade. Le pape François nous le rappelle souvent : « J’espère que toutes les paroisses feront le nécessaire pour avancer sur le chemin d’une conversion missionnaire » car « la mission dérange nos vies même chrétiennes, trop souvent réfugiées dans une vie tranquille ou des structures caduques…. ». C’est pourquoi : « j’exhorte chaque Eglise et son pasteur à entrer dans un processus résolu de discernement, de purification et de réforme. L’objectif n’est pas d’abord l’organisation ecclésiale, mais le rêve missionnaire d’arriver à tous ».

 

  • qu’elle n’hésite pas à témoigner de l’Evangile. Saint Pierre s’adressant aux chrétiens de la Diaspora n’hésite pas à leur dire : « Vous devez être prêts à vous expliquer devant tous ceux qui vous demandent de rendre compte de l’espérance qui est en vous ; mais faites-le avec douceur et respect. ». Il nous faut, aujourd’hui plus que jamais, retrouver l’audace d’une première annonce, d’une invitation à ceux qui ne viennent pas ou ne viennent plus au rassemblement ecclésial. L’Eglise doit aller à la rencontre de tous et entrer en dialogue avec chacun. Je découvre avec beaucoup d’intérêt dans notre diocèse les semaines missionnaires paroissiales, où des binômes de deux personnes vont à la rencontre des gens et entrent en conversation avec tous ceux qui les accueillent. La mission dynamise l’Eglise. Une Eglise qui accueille l’Esprit devient missionnaire et une Eglise qui est missionnaire est une Eglise qui fait l’expérience de se laisser renouveler intérieurement par l’Esprit Saint. Que l’Esprit saint nous donne le courage de témoigner joyeusement et hardiment de l’Evangile.

 

C’est tout cela que nous confierons au Seigneur dans la prière pendant cette célébration. Amen.

 

 

† Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux

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