"Allumer une étoile dans la nuit de Noël"

Homélie de la messe de la Nativité, prononcée par Mgr Jean-Pierre Ricard en la Cathédrale Saint-André

Cathédrale Saint-André, le 25 décembre 2012

 


Chers amis,

Saint Paul dans son épître à Tite nous invite à entrer dans l’émerveillement de la fête de Noël. Il nous dit : aujourd’hui « la grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes ». Et un peu plus loin, il nous précise en quoi consiste cette grâce : elle est la manifestation « de la bonté de Dieu notre Sauveur et de son amour pour les hommes » (Tite 3, 4) (Cum autem benignitas, et humanitas apparuit salvatoris nostri Dei). Paul nous parle de la bonté de Dieu, de sa bienveillance, de sa miséricorde, de sa passion pour les hommes. Dieu souffre du mal qu’il voit dans le cœur des hommes, de leur égoïsme, de leur violence, de leur cruauté. Il suffit de regarder notre monde pour le constater. Rappelez-vous, il y a huit jours, la tuerie folle et inexplicable de Newtown, aux Etats-Unis. Pensez également à cette guerre civile en Syrie, qui n’en finit pas, avec son cortège d’atrocités. Oui, Dieu veut sauver l’homme de ce cercle infernal de la violence et de la haine. Il veut transformer son cœur, le rendre libre pour aimer. Oui, Dieu aime l’homme et vient à sa rencontre. Le prophète Isaïe avait exprimé ce souhait qui lui paraissait alors insensé : « Ah ! Si tu déchirais les cieux et si tu descendais ! » (Is. 63, 19). A Noël, nous voyons jusqu’où descend le Seigneur : jusqu’à venir partager en Jésus la vie des hommes, les rencontrer dans leur quotidien. Il se fait leur compagnon de route et offre à tous ceux qui ouvrent leur cœur la force transformante de son Amour.

 

Message de Mgr Jean-Pierre Ricard pour Noël 2012 from cathobordeaux on Vimeo.

Le cadeau de Noël, c’est un enfant : « Et voilà le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire » et cet enfant, c’est le Fils du Père, c’est le Verbe de Dieu, c’est sa Parole, qui existe depuis toute éternité. C’est d’ailleurs pour cela qu’on lui donne le nom d’Emmanuel : Dieu avec nous. Dieu dans notre histoire, Dieu sur notre route. Et quand Dieu vient, Il vient dans la discrétion. Vous le savez : il y a des amours envahissants, des personnalités écrasantes, des cadeaux encombrants. Ce n’est pas ainsi que Dieu vient à la rencontre de l’homme et lui offre son amour. Souvent, les hommes ont imaginé un Dieu tout-puissant, autoritaire, étouffant les hommes de son amour, les surplombant de toute sa volonté. A Noël, c’est un Dieu tout autre qui se manifeste. A travers cet enfant qui naît, c’est un Dieu faible et fragile qui se révèle, un Dieu qui se met entre les mains des hommes, qui se confie à eux. C’est lui qui lève ses yeux vers eux. Il ne s’impose pas, il s’offre. Il offre son amitié, sa présence, son amour, son salut. Il frappe comme un pauvre à la porte de notre cœur pour nous offrir son Esprit, pour nous communiquer justement sa bonté et son amour. Dieu respecte trop notre liberté pour la forcer. Il sait qu’un amour s’offre. Il ne s’impose pas. Dieu vient à Noël à travers un enfant, il vient à nous aujourd’hui à travers un peu de pain et un peu de vin. Décidément Dieu a choisi la pauvreté. Mais, c’est ainsi  qu’Il vient à l’homme et lui offre son amitié.

Ce Dieu qui vient ainsi, il frappe à la porte de notre cœur et on ne le reçoit que si on accepte de laisser sa bonté et sa bienveillance habiter notre vie. C’est d’ailleurs ce qu’a bien perçu l’auteur de la Pastorale des Santons de Provence, qui a été donnée chez les Pères dominicains la semaine dernière. Chacun des personnages de la crèche vit une conversion, sent en lui un changement à l’approche de cet enfant qui vient de naître. On ne peut venir à la crèche et accueillir ce nouveau-né, qui est le Fils du Très Haut,  que si on accepte de convertir son cœur et de s’ouvrir aux autres. C’est là d’ailleurs tout l’enseignement de l’Evangile.

La bonté de Dieu est contagieuse. Si elle pénètre dans notre cœur, elle va nous appeler à rayonner cette bonté autour de nous. Voici ce que Saint Paul rappelle aux chrétiens de la ville de Colosses, qui, comme baptisés, sont invités à vivre avec l’Esprit du Christ, sont appelés à se laisser transformer par lui : « Vous donc, les élus de Dieu, ses saints et ses bien-aimés, revêtez des sentiments de tendre compassion, de bienveillance, d'humilité, de douceur, de patience; supportez-vous les uns les autres et pardonnez-vous mutuellement, si l'un a contre l'autre quelque sujet de plainte; le Seigneur vous a pardonné, faites de même à votre tour. Et puis, par-dessus tout, la charité, en laquelle se noue la perfection. Avec cela, que la paix du Christ règne dans vos cœurs : tel est bien le terme de l'appel qui vous a rassemblés en un même Corps. Enfin vivez dans l’action de grâce » (Col. 3, 12-15). Voilà ce qu’est le véritable esprit de Noël ; voilà où prend sa source la vraie joie de Noël !

" Je vois se lever de petites étoiles qui font briller la lumière de Noël "

Laissons-nous gagner par la bonté, la bienveillance, l’attention aux autres, la patience et pourquoi pas le pardon. Cela demande un décentrement par rapport à soi, une plus grande gratuité dans les relations. C’est d’ailleurs vers cela que pointe la pratique des cadeaux que l’on s’offre à Noël, à condition que l’on sorte de la spirale purement commerciale ou de la simple logique du donnant-donnant. Il est important de vouloir faire plaisir à l’autre. Oui, la bonté nous invite à vivre une ouverture du cœur à ceux qui souffrent, à ceux qui sont aujourd’hui en grande difficulté. A Bethléem, on a fermé la porte à Marie et à Joseph. On leur a dit qu’il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune. Peut-être que s’ils avaient été moins pauvres, on se serait débrouillé de leur trouver une place. Ne fermons pas les portes de notre vie, de notre cœur, à qui nous sollicite. Nous sommes dans un monde marqué par l’individualisme, le chacun pour soi. La logique financière et économique est souvent impitoyable. Malheur aux laissés pour compte. La nuit du monde paraît bien opaque. Et pourtant je vois se lever de petites étoiles qui font briller la lumière de Noël : il y a de la tendresse, des réconciliations familiales, la visite à une personne seule, un restaurateur qui offre un repas dans une grande discrétion à un certain nombre de femmes et d’enfants en grande précarité, des hébergements mis à la disposition de familles qui vivaient dans la rue. J’ai été témoin de tout cela cette semaine.

Frères et sœurs, chacun, nous pouvons allumer notre étoile et faire jaillir notre étincelle dans cette nuit de Noël. Le prophète Isaïe l’avait d’ailleurs annoncé : « Si tu élimines de chez toi le geste menaçant et les paroles méchantes, si tu te prives pour l’affamé, et si tu rassasies l’opprimé, ta lumière se lèvera dans les ténèbres et l’obscurité sera pour toi comme le milieu du jour » (Is. 58, 9-10).

Chers amis, accueillons cette bonté qui vient de Dieu. Laissons-nous habiter par elle. Elle établira nos cœurs dans la joie, la vraie joie, celle que Dieu donne, celle qui demeure, même quand la fête est terminée. Oui, je vous souhaite de vivre avec le Seigneur une belle et joyeuse fête de Noël !

 


      †  Jean-Pierre cardinal RICARD

Archevêque de Bordeaux