Accueillir la miséricorde de Dieu et en être les témoins par toute notre vie

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Homélie de Mgr Jean-Pierre Ricard, prononcée lors de la messe chrismale, le Lundi saint, 30 mars 2015, en la cathédrale Saint-André de Bordeaux.

Chers frères et sœurs,

En actualisant ce texte du prophète Isaïe, Jésus nous dit quelle est sa mission et quel est le vrai visage du Père qu’il vient nous révéler.

Le Christ parle de sa mission : un ministère de consolation et de miséricorde

Celui qui a reçu l’onction de l’Esprit a fondamentalement un ministère de consolation : « Oui, je suis celui qui vous console » dit le Seigneur, par la voix du prophète Isaïe. Et il ajoute : « Vous serez allaités, on vous portera sur la hanche, on vous caressera en vous tenant les genoux. Comme celui que sa mère console, moi aussi, je vous consolerai » (Is. 52, 12 et 66, 12-13). La consolation que Dieu apporte est beaucoup plus forte que celle que peuvent apporter de simples paroles de réconfort. Elle est l’offre d’une présence qui apaise et qui réchauffe, le don d’un amour qui transforme et recrée l’être au plus profond de lui-même. Elle est l’expression d’un Dieu miséricordieux et compatissant qui vient à la rencontre de l’homme, qui lui offre son pardon, lui propose son amitié et veut conclure avec lui une alliance nouvelle : « Je conclurai avec vous une Alliance éternelle » (Is. 61,8).

Tous, nous sommes sous la miséricorde de Dieu

Que le Seigneur nous donne l’œil qui sait voir, le cœur qui sait aimer et les mains qui savent se tendre vers l’autre et envers les autres.

Nous avons à redécouvrir la place centrale de cette miséricorde de Dieu dans notre vie personnelle et dans notre vie ecclésiale. Et je trouve très beau que le pape François nous ait proposé de vivre, à partir du 8 décembre prochain, une année jubilaire pour accueillir plus intensément encore la miséricorde divine. Celle-ci est vraiment la source d’eau vive qui irrigue toute notre vie chrétienne. A propos du prochain synode sur la famille, plusieurs ont évoqué la miséricorde divine pour éclairer la façon d’aborder un certain nombre de situations d’échecs dans la vie familiale ou matrimoniale. Ce qui me gêne dans cette façon de voir, ce n’est pas d’invoquer la miséricorde divine pour trouver la juste attitude pastorale devant ces situations d’échec, mais c’est le risque de réserver la miséricorde divine à certains, à ces pauvres pécheurs qui auraient besoin, eux, de la miséricorde de Dieu. Nous ne sommes pas loin alors de la parabole évangélique du pharisien et du publicain. Or, nous sommes tous sous la miséricorde. Tous, nous avons besoin de cette miséricorde. Tous, pécheurs, nous avons besoin d’être pardonnés par Dieu. Il est vital pour nous d’éprouver sa tendresse, d’être accueillis par ce Père qui nous ouvre tout grands ses bras comme pour le fils prodigue. Ceux qui sont mariés savent bien qu’ils ont besoin de puiser l’eau vive de leur amour à cette source de la miséricorde fidèle de Dieu pour vivre leur propre fidélité. Chers amis qui êtes mariés, vous le savez : c’est le pardon que vous recevez vous-mêmes de Dieu qui vous permet de vivre l’expérience quotidienne du pardon dans votre vie de couple et dans votre vie familiale. Chers frères, prêtres et diacres, nous réalisons que c’est par grâce, sans mérite de notre part, que le Seigneur nous confie la tâche du ministère. Nous qui portons ce trésor dans des vases d’argile (2 Cor. 4, 7), nous avons besoin, au jour le jour, de nous ouvrir à la miséricorde du Bon Pasteur pour être les pasteurs et les serviteurs selon le cœur de Dieu. Seuls des pécheurs pardonnés, qui redécouvrent quotidiennement à quel point ils sont aimés, peuvent témoigner de la joie de l’Evangile, de cette joie que notre ministère est appelé à rayonner.

Accueillons le pardon de Dieu, signe de sa miséricorde

Frères et sœurs, profitons de cette Semaine Sainte pour nous remettre devant ce Dieu qui nous aime et nous montre jusqu’où va sa miséricorde. Comme le disait le pape François : « Dieu ne nous sauve pas par un décret, par une loi ; il nous sauve par la tendresse, il nous sauve par les caresses, il nous sauve par sa vie, pour nous » (Homélie du 22 octobre 2013). Profitons des célébrations pénitentielles et des heures de confession qui seront proposées cette semaine pour plonger plus profondément nos vies dans ce pardon et cette miséricorde de Dieu.

Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux

Mais cette miséricorde, quand nous l’accueillons, nous avons envie d’en témoigner. Nous sentons un appel intérieur à la servir, à lui donner un visage concret : « Montrez-vous miséricordieux comme votre Père céleste est miséricordieux » (Lc. 6, 36). Tous, nous sommes appelés à être les membres vivants et actifs d’une Eglise qui prend soin des hommes, qui s’approche avec discrétion et respect de tous ceux qui sont blessés par la vie. Nous sommes invités à marcher avec eux avec le seul secours d’une parole qui vient de plus loin que nous, d’une parole qui dit un amour inconditionnel, d’une parole qui fait naître une espérance là où on ne l’attendait plus. Ne sommes-nous pas invités à donner visage et parole à ce voyageur mystérieux qui vient à la rencontre de ces disciples d’Emmaüs et qui marche avec eux ? Alors, s’accomplit ce que Jésus avait annoncé : les aveugles voient, ceux qui étaient prisonniers de leur douleur ou de leur désespérance sont délivrés. Ils découvrent la bonté du Seigneur pour eux. Que le Seigneur nous donne ce cœur miséricordieux à l’image du sien ! Qu’il nous donne la grâce d’être touché de compassion, d’être touché aux entrailles, comme le Père à la vue de son fils qui revient, comme le bon samaritain à la vue de l’homme laissé pour mort sur la route, comme Jésus à la vue des foules qui étaient harassées et prostrées comme des brebis sans berger. Que le Seigneur nous donne l’œil qui sait voir, le cœur qui sait aimer et les mains qui savent se tendre vers l’autre et envers les autres.

La bienveillance, signe d’un cœur miséricordieux

Puissent nos communautés chrétiennes être ces laboratoires de la miséricorde !

Avoir un cœur de miséricorde, c’est veiller à mettre en œuvre ce que Saint Paul recommande aux Colossiens : « Vous donc, les élus de Dieu, ses saints et ses bien-aimés, revêtez des sentiments de tendre compassion, de bienveillance, d'humilité, de douceur, de patience; supportez-vous les uns les autres et pardonnez-vous mutuellement, si l'un a contre l'autre quelque sujet de plainte; le Seigneur vous a pardonnés, faites de même à votre tour. Et puis, par dessus tout, la charité, en laquelle se noue la perfection » (Col. 3, 12-14).

Frères et sœurs, reconnaissons que nous ne vivons pas toujours dans nos communautés cette bienveillance et cette miséricorde. Si notre cœur n’est pas miséricordieux, il est loin de Dieu. Or, il nous arrive d’être durs dans nos jugements, critiques dans nos appréciations, attentifs aux petits côtés des personnes et des événements. La fraternité n’est pas toujours au rendez-vous entre paroissiens, entre diacres, entre prêtres. Avez-vous lu ce que le pape François disait aux prêtres, diacres et personnes consacrées, à Naples, le 21 mars dernier : « Pour moi, le signe qu’il n’y a pas de fraternité, aussi bien au sein du presbyterium que dans les communautés religieuses, est quand il y a des médisances. Et je me permets d’utiliser cette expression: le terrorisme des médisances, car celui qui parle mal est un terroriste qui lance une bombe, il détruit en restant dehors. Si au moins c’était un kamikaze! Mais non, il détruit les autres. Les médisances détruisent et sont le signe qu’il n’y a pas de fraternité ». Et le pape de dire : celui qui est en désaccord avec quelqu’un, qu’il le lui dise en face et qu’il ne parle pas dans son dos. Car, cela est de la médisance. Or : « les médisances sont un terrorisme de la fraternité diocésaine, de la fraternité sacerdotale, des communautés religieuses ».

Nos communautés chrétiennes, des laboratoires de la miséricorde

Tout à l’heure, prêtres puis diacres, nous allons renouveler nos promesses sacerdotales ou diaconales. Tous, à Pâques nous renouvellerons nos promesses baptismales. Que le renouvellement de ces promesses soit l’occasion de demander au Seigneur la grâce de savoir accueillir sa miséricorde et d’en être les témoins par toute notre vie. Puissent nos communautés chrétiennes être ces laboratoires de la miséricorde ! Amen.

 

Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux

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