“Oui, il est sûr ce chemin que nous prenons avec Lui.”

Homélie du cardinal Jean-Pierre Ricard, prononcée pour la messe de la confirmation des adultes, en la cathédrale Saint-André, le dimanche 12 mai 2013

7ème dimanche de Pâques

Chers confirmands,

Chers amis,

Ce que nous célébrons entre l’Ascension et la Pentecôte n’est pas de l’ordre du fait divers, même d’un fait divers religieux ou prestigieux. Ce n’est pas un événement qui appartiendrait à un passé révolu mais c’est une action de Dieu, qui échappe au temps et nous rejoint, nous, aujourd’hui.

Avec l’ascension, le Christ monte vers le Père. Il ne se laisse plus voir, entendre, toucher directement par ses disciples. Sur ce plan, ceux-ci expérimentent un départ, une absence. Nous sommes aujourd’hui dans cette situation dont a parlé Jésus aux siens et en particulier à Thomas : «Parce que tu m’as vu, tu as cru. Bienheureux ceux qui croiront sans avoir vu » (Jn 20, 29). Nous ne voyons pas le Seigneur, nous ne l’entendons pas, nous ne mangeons pas le pain et le poisson avec lui au bord du lac. Cette époque est close. Est-ce à dire pourtant que nous sommes dans la pure absence, l’éloignement, l’abandon ? Non. Jésus avait dit à ses disciples : « Je ne vous laisserai pas orphelins. Je viens à vous » (Jn 14, 18). Et il a promis sa présence à ses apôtres. Ce sont ses dernières paroles dans l’Evangile selon Saint Matthieu : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps » (Mt 28, 20).

Soyez mes témoins

C’est dans l’événement de Pentecôte que se réalise cette promesse du Christ. Jésus, par le don de l’Esprit, se donne un corps, un nouveau corps dans le monde qui va manifester sa présence. Il se saisit de la communauté de ses disciples et en fait un peuple de témoins, porteur de sa mission. Il confie aux siens son Evangile et sa puissance de salut : « Comme le Père m’a envoyé, à mon tour, je vous envoie » (Jn 20, 21). Jésus communique à ses disciples son souffle, son Esprit, et en fait les témoins de son Evangile. Il leur avait dit : « Vous allez recevoir une puissance, celle du Saint Esprit qui viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie et jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1, 8). Chers confirmands, ce soir, vous recevez cette force du Saint Esprit pour que vous soyez, là où vous êtes, témoins du Christ et de l’Evangile. Le Seigneur passe par vous pour se faire connaître, a besoin de vous. Il vous dit aujourd’hui ce qu’il a dit à ses disciples : « Lorsque viendra le Paraclet, que je vous enverrai d'auprès du Père, l'Esprit de vérité, qui vient du Père, il me rendra témoignage. Et à votre tour, vous me rendrez témoignage » (Jn 15, 26-27). On ne peut pas recevoir l’Esprit et ne pas être témoin, puisque l’Esprit Saint est force de témoignage. D’ailleurs, l’Esprit nous équipe pour le témoignage en nous donnant courage, force intérieure et assurance. C’est Lui qui nous donne de nous risquer pour le Christ, de risquer une parole, une invitation, une question, une confidence. Relisant vos lettres de demande de baptême ou de confirmation, j’ai été frappé par l’importance pour beaucoup d’entre vous d’une rencontre avec un chrétien, une chrétienne authentique. Cette rencontre a véritablement été décisive. Vous avez reçu. Il vous faut maintenant donner. D’autres, aujourd’hui, mystérieusement comptent sur vous. « Je vous envoie, dit Jésus, vous serez mes témoins ».

“Ce témoignage, nous avons à le porter ensemble, en Eglise”
Témoigner ensemble par notre communion

Mais ce témoignage, nous avons à le porter ensemble, en Eglise, en Corps du Christ, non seulement pour nous soutenir les uns les autres dans une même aventure spirituelle et apostolique, mais pour manifester que l’Esprit est bien à l’œuvre et que cet Esprit est un Esprit d’unité et de communion. L’Esprit, c’est cette communion du Père et du Fils qui se communique, qui rapproche les cœurs et fait vivre l’accueil fraternel, la solidarité, le partage et le pardon. Pour Jésus, il ne peut y avoir de vrai témoignage que si il y a cette union des cœurs, cette acceptation pacifique des différences : « Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé…Que leur unité soit parfaite ; ainsi le monde saura que tu m’as envoyé et que tu les as aimés comme tu m’as aimé » (Jn 17, 21, 23).

C’est un véritable appel que nous lance le Seigneur pour que nous soyons artisans de communion, de compréhension, de bienveillance et de pardon au sein des différentes communautés chrétiennes auxquelles nous appartenons. Que ces communautés soient accueillantes à tous et fassent goûter quelque chose de l’amour inconditionnel de Dieu. Des baptisés de Pâques témoignent de l’importance de cet accueil chaleureux, inconditionnel et respectueux :

« Heureusement, depuis j’ai rencontré des gens religieux et croyants sincères, qui m’ont accueilli sans poser de question, sans juger. Ils m’ont écouté, rassuré et ne m’ont jamais rien demandé. Ils m’ont « seulement » aidé à exprimer ma foi »

« J’ai eu la chance de rencontrer des personnes formidables, qui m’ont tendu la main sans jugement, de façon désintéressée. Constatant que j’étais aimée, j’ai compris que j’étais aimable »

« Moi qui craignais de devoir rentrer dans un moule, j’ai été agréablement surprise de voir la tolérance, l’ouverture d’esprit, l’amour fraternel de cette Eglise composée d’hommes et de femmes différents »

À travers nos vies, c’est quelque chose du visage de Jésus qui doit transparaître. Avez-vous remarqué dans le récit des Actes des Apôtres, que, dans son martyre, le diacre Etienne reproduit les traits du Christ : il donne sa vie, il pardonne à ses meurtriers, il confie son âme à Dieu. Nous devons donner visage au Seigneur dans nos vies. Tout à l’heure, dans la confirmation, vous allez être parfumés par le Saint-Chrême. Il y a quelque chose du parfum du Christ, du parfum de l’Evangile, que vous devrez donner à sentir par votre façon de vivre, par votre manière d’être.

Savoir se désaltérer à la source d’eau vive

Le Seigneur nous appelle à être ses témoins, les membres vivants et actifs de son Corps. Mais nous ne pourrons vraiment l’être que si nous sommes, au jour le jour, et de plus en plus profondément, ses disciples et ses amis. Il nous faut accueillir l’Esprit. On ne peut dire aux autres : « si tu savais le don de Dieu, si tu connaissais la source d’eau vive capable de désaltérer ta vie », que si, nous-mêmes, nous nous désaltérons à cette source, que si nous avons soif de cette eau de l’amour du Seigneur. Puissions-nous dire en vérité avec le psalmiste : « Comme un cerf altéré cherche l’eau vive, ainsi mon âme te cherche, toi, mon Dieu. Mon âme a soif de Dieu, le Dieu vivant ; quand pourrai-je m’avancer, paraître face à Dieu » (Ps 41, 1-2) ! Vivons cette amitié avec le Seigneur. Il est là, toujours fidèle au rendez-vous. Il est le compagnon de route sur lequel nous pouvons compter et qui nous invite toujours à repartir, en particulier quand nous avons trébuché en chemin. Puissions-nous lui dire comme dans le livre de l’Apocalypse : « Amen ! Viens, Seigneur Jésus ! ». Viens en nous, viens dans notre vie, viens dans notre cœur !

“La confirmation est vraiment le sacrement de la confiance”

Marchons avec confiance avec le Seigneur. La confirmation est vraiment le sacrement de la confiance : confiance du Seigneur en nous ; confiance de nous dans le Seigneur. Oui, il est sûr ce chemin que nous prenons avec Lui.

Je vous laisse en terminant sur ces paroles de Paul Claudel que m’a offertes une baptisée de Pâques dans la lettre qu’elle m’avait écrite :

« Qu’il est doux de se sentir sûr.Sûr de son pied, sûr du chemin et de qui est au bout,

Sûr de cette croix solide,

Sûr de nos frères et de toute l’Eglise en marche autour de nous,

Sûr du Père qui nous guide. »

 

Amen.

 

† Jean-Pierre cardinal RICARD

Archevêque de Bordeaux