“On reste toujours un prêtre, un diacre, un serviteur du Seigneur”

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Homélie de Mgr Ricard, prononcée lors des ordinations presbytérales et diaconales du 30 juin 2013.

Ce qui me frappe dans cet évangile que nous venons d’entendre, c’est le côté pressant de l’appel de Jésus. Il faut le suivre sans tarder, toute affaire cessante : « Suis-moi », dit Jésus. Pas question de remettre sa réponse à demain, d’aller enterrer son propre père ou de dire adieu aux gens de sa maison. Jésus est plus exigeant encore que le prophète Elie qui avait permis à Elisée d’aller embrasser son père et sa mère avant de partir et de le suivre. Ce qui motive cette radicalité de l’appel de Jésus, c’est l’urgence de l’annonce du Règne : « Laisse les morts enterrer leurs morts. Toi, va annoncer le règne de Dieu ». Il y a dans cette annonce quelque chose de vital pour l’homme qui ne peut être différé.

C’est l’Eglise qui, au cœur de cette ordination, vous lance, avec assurance et en présence de tous, cet appel du Seigneur : « Suis-moi ».

Ce Règne de Dieu, c’est la puissance de cet amour de Dieu qui est offert à l’homme, qui lui est proposé comme une source de joie, de lumière et de paix au cœur de sa propre vie. Accueillir cet amour, c’est, pour l’homme, prendre le chemin des Béatitudes, faire l’expérience du vrai bonheur, de celui qui ne déçoit pas, de celui qui vous est donné, gratuitement et de façon surprenante, même au milieu des difficultés et des épreuves de la vie. Ce bonheur, il a un visage, c’est celui de Jésus. Le curé d’Ars confiait : « Le seul bonheur que nous ayons sur la terre, c’est d’aimer Dieu et de savoir que Dieu nous aime…Être aimé de Dieu, être uni à Dieu ; vivre en la présence de Dieu, vivre pour Dieu : ô belle vie ! Et belle mort ! ». Être appelés par Jésus à participer au ministère des apôtres comme prêtres et comme diacres, c’est se rendre totalement disponibles au Christ, marcher à sa suite et partager sa passion d’annoncer à tous les hommes la Bonne nouvelle de l’Evangile. Il faut partir avec lui, se tourner résolument vers l’avenir. Ce n’est plus le moment de regarder en arrière.

Cet appel du Seigneur, vous tous qui vous présentez à l’ordination ce soir, vous l’avez entendu. Il s’est gravé petit à petit dans vos vies. Vous en avez partagé le secret avec vos proches, avec votre femme pour ceux qui sont mariés, puis avec vos enfants, avec vos amis, votre famille, éventuellement un prêtre ami. Un jour, vous en avez parlé aux communautés auxquelles vous appartenez. Et aujourd’hui, c’est l’Eglise qui, au cœur de cette ordination, vous lance, avec assurance et en présence de tous, cet appel du Seigneur : « Suis-moi ».

Votre réponse, bien sûr, va prendre des formes différentes. Certains serviront comme prêtres, d’autres comme diacres. Certains parmi vous ont choisi le célibat pour le Royaume, d’autres sont mariés et ont une vie professionnelle, et je dirai tout à l’heure que votre ministère diaconal ne doit pas déséquilibrer votre vie conjugale et familiale. Mais tous, aujourd’hui, vous savez que vous vous engagez à suivre le Christ tout au long de votre existence, à vous mettre au service du Seigneur et de son Eglise et à consacrer votre vie à l’annonce de l’Evangile. Être prêtre ou diacre, en effet, n’est pas une fonction que l’on n’exercerait que pour un temps, avant de prendre une retraite bien méritée. Certes, à un âge avancé, il peut y avoir un arrêt des responsabilités ministérielles, mais on reste toujours, jusqu’à sa mort, un prêtre, un diacre, un serviteur du Seigneur.

Pour vivre au mieux ce service du Christ, soyez attentifs à trois exigences spirituelles:

  1. Vivez une union profonde au Christ. Entrez dans son amitié. Vivez en sa présence. Abreuvez-vous à la source d’eau vive de son Esprit. C’est ainsi que vous vous rendrez disponibles à l’action du Seigneur et à ce qu’il veut faire par vous pour son peuple. Quand on regarde comment Saint Paul a vécu son ministère d’apôtre, on s’aperçoit que le secret de sa fécondité apostolique réside dans son union au Christ : Il ne cesse de chercher à saisir le Christ, ayant été saisi par lui (cf. Phil. 3, 12-13). Ressourcez-vous dans la prière pour vous rendre disponibles à l’action du Seigneur.

 

  1. Approchez-vous du cœur de Dieu pour qu’il vous enflamme de son amour, de sa tendresse pour tous les hommes, en particulier pour les pauvres, pour ces foules de l’Evangile qui paraissent abandonnées, sans berger, pour tous ceux qui cherchent et désirent trouver la source d’eau vive capable de désaltérer leur soif. « Montrez-vous compatissants, comme votre Père est compatissant », nous dit Saint Luc (Lc 6, 36). Et Saint Paul ajoutera : « Soyez compatissants les uns pour les autres, ayez du cœur ; pardonnez-vous mutuellement, comme Dieu vous a pardonné dans le Christ » (Eph. 4, 32). Pas de prêtres ni de diacres selon le cœur de Dieu sans cet amour fraternel, chaleureux, concret de ce Peuple auquel ils sont envoyés. Comme l’a rappelé plus d’une fois le pape François : soyez des êtres de compassion et de miséricorde.

 

  1. Vivez fraternellement, collégialement, votre ministère de prêtre ou de diacre. Quand Jésus appelle, c’est toujours pour faire partie d’un groupe (les Douze, les Sept). Quand il envoie en mission, c’est toujours au moins avec un frère. On n’est pas prêtre tout seul, on n’est pas diacre tout seul, on n’est pas évêque tout seul. Se refermer sur un exercice solitaire de son ministère est toujours signe d’une mauvaise santé évangélique. Je me réjouis que des séminaristes et des jeunes prêtres expriment aujourd’hui un désir fort de vivre leur ministère en s’appuyant sur des équipes sacerdotales fortes, fraternelles et priantes. Il y a là quelque chose qui me paraît essentiel pour la visibilité du ministère presbytéral dans notre diocèse. Je signale que dans les projets de travaux du Centre Louis Beaulieu qui vont démarrer dans quelques mois, le Séminaire Saint Joseph va être réaménagé et il intègrera justement une formation plus marquée à cette vie fraternelle. Je souligne également pour les diacres permanents l’importance de la fraternité diaconale et, tout particulièrement, de ces petits groupes de partage dans lesquels les diacres peuvent relire leur engagement diaconal. Ce soutien fraternel me paraît capital.

Frères et sœurs, ces prêtres et ces diacres qui vont être ordonnés, accueillez-les comme un don du Seigneur. Demandez-leur de vous guider sur le chemin de l’Evangile. Ils sont à votre service pour vous conduire au Père, vous aider à suivre le Christ et à vivre de l’Esprit. Ils prieront pour vous. A votre tour, priez pour eux. Priez également le Maître d’envoyer des ouvriers à sa moisson, pour que, à la suite de ceux qui sont ordonnés ce soir, d’autres se lèvent et aillent travailler dans le champ du Seigneur. Amen.

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