“Le Seigneur nous conduira vers cette joie et cette paix du cœur que nous cherchons”

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Homélie de la messe en l'honneur de sainte Geneviève, patronne de la Gendarmerie nationale, prononcée par Mgr Ricard en l'église Saint-Augustin, ce vendredi 29 novembre 2013.

Mesdames, Messieurs,

Chers amis,

Ce passage de l’Evangile que nous venons d’entendre (Lc 10, 38-42) a souvent été mal compris. À travers les deux attitudes différentes de Marthe et de Marie, certains ont vu une opposition entre la vie active et la vie contemplative. D’autres y ont vu l’illustration de l’habileté de ceux qui se débrouillent toujours pour tirer leur épingle du jeu et faire faire les choses par les autres. On trouve ce type de personnes dans tous les groupes, et sans doute aussi….dans la gendarmerie ! Spontanément, on plaint la pauvre Marthe qui se démène alors que Marie pourrait lui donner un coup de main. Mais, en fait, que veut nous dire exactement Jésus dans cet évangile ?

Regardons bien notre texte. Il est question d’accueil, d’hospitalité, d’attention à celui que l’on reçoit. Et là, Jésus vient nous dire que la véritable attitude d’accueil n’est pas de faire une multitude de choses mais d’être attentif à la personne que l’on accueille, d’être à son écoute, de s’arrêter, de se poser, d’être disponible à l’autre.

Avouons que souvent nous nous agitons comme Marthe. Nous avons mille choses à faire. Nous sommes toujours en train de courir. Nous manquons de temps. Nous n’avons pas de temps à perdre. On dit d’ailleurs que le temps, c’est de l’argent. Cette course, à certains jours, est épuisante. Elle peut nous stresser. Dans la Bible, on dit de la personne qui est stressée, angoissée, qu’elle est « à court de souffle », qu’elle a le souffle trop court. Elle est haletante. En fait, elle a besoin de s’arrêter un peu, de souffler, de retrouver son souffle. Nous sentons bien que courir toujours ne nous apporte pas la paix intérieure, ce bien-être psychologique et spirituel auquel nous aspirons.

Et c’est là que le Seigneur, ce matin, vient à nous et nous dit à chacun : « Arrête-toi, sois attentif à toi-même, sois attentif aux autres, sois attentif à Dieu ».

« Sois attentif à toi-même ». A force de courir, de t’investir dans une multitude d’activités, tu risques de vivre toujours à la surface de toi-même. Or, tu as besoin de te retrouver toi-même, de faire le point, de t’interroger sur ce que tu vis, sur ce que tu veux vivre, sur le sens que tu donnes à ta vie, sur les valeurs qu’il te paraît important de promouvoir. Recueille-toi, retrouve-toi, relis ta vie. Et tu feras l’expérience d’une énergie nouvelle, d’un bien-être personnel, d’une plus grande confiance en toi. Le Christ nous a dit d’aimer notre prochain comme nous-mêmes. Il faut donc s’aimer soi-même, faire attention à soi pour pouvoir aimer les autres. Celui qui rate la rencontre avec lui-même risque aussi de rater sa rencontre avec les autres.

Or, le Seigneur nous dit : « Sois attentif aux autres ». Si nous courons, si nous sommes toujours pris dans la spirale des choses à faire, nous risquons de ne plus être véritablement attentifs aux autres, pris que nous sommes par nos préoccupations, nos soucis, nos projets. Nous courons et nous ne prenons plus le temps de voir les autres, d’être attentifs à ce qu’ils sont, à ce qu’ils vivent, peut-être à ce qu’ils voudraient nous dire. En effet, nous pouvons vivre ensemble, travailler ensemble, nous rencontrer et, en fait, nous découvrir, un jour, comme des étrangers. C’est vrai dans le couple, dans la famille avec les enfants, vis-à-vis des collaborateurs, de ceux dont nous avons la charge, de tous ceux et de toutes celles qui croisent notre route. Je pense à ces adolescents à qui les parents avaient l’impression d’avoir tout donné. Ils ne manquaient de rien, ou plutôt si, d’une chose fondamentale : l’écoute de leur proches, l’écoute et l’attention de leur père ou de leur mère. Il est important de s’arrêter à un moment et de faire le point sur notre qualité d’attention et d’écoute. C’est ce que le Seigneur dit à Marthe : « Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et tu t’agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part : elle ne lui sera pas enlevée » (Lc 10, 41-42).

Marie s’est mise à l’écoute de Jésus, l’envoyé de Dieu. Elle se rend disponible à Dieu dans une attitude d’accueil et d’écoute. Nous sommes invités, nous aussi, à trouver ces temps et ces moments où nous nous remettons en présence de Dieu, à l’écoute de sa Parole, accueillant à son Esprit. Le Seigneur nous permet alors de reprendre souffle, de nous retrouver nous-mêmes et, du coup, d’être plus attentifs aux autres. Bernanos disait : « C’est fou ce que mes idées changent quand je les prie ». On peut en dire autant de nos relations : c’est fou ce qu’elles changent quand on les présente à Dieu et quand on fait le point devant lui.

« Sois attentif à Dieu », nous dit Jésus. N’hésitons pas à nous arrêter, à prendre du temps pour Dieu dans la prière, à l’accueillir dans l’écoute de sa Parole et dans la célébration de l’Eucharistie. Il est là. Il nous attend. Il veut être accueilli par nous comme Jésus l’a été par Marthe et Marie. Il nous dit : « Je veux habiter chez toi et demeurer dans ta vie ». Si nous prenons le Seigneur et sa Parole comme la boussole de nos vies, le Seigneur nous conduira vers cette joie et cette paix du cœur que nous cherchons. Celui qui prend du temps pour Dieu, pour les autres et pour lui-même sera comme ce juste dont parle le psalmiste : « Il est comme un arbre planté auprès des cours d'eau; celui-là portera du fruit en son temps et jamais son feuillage ne sèche; tout ce qu'il fait réussit » (Ps 1, 3). Oui, si nous savons nous arrêter comme nous y invite le Seigneur, nous serons comme cet homme avisé dont parle Jésus dans l’évangile : « Ainsi, quiconque écoute ces paroles que je viens de dire et les met en pratique, peut se comparer à un homme avisé qui a bâti sa maison sur le roc. La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et se sont déchaînés contre cette maison, et elle n'a pas croulé: c'est qu'elle avait été fondée sur le roc» (Mt 7, 24-25).

Sainte Geneviève a su allier action, sens des responsabilités, prise de risques et prière, remise devant Dieu et écoute de sa Parole. C’est sans doute dans l’unification de sa vie qu’a grandi en elle sa véritable sainteté. Qu’elle intercède pour nous aujourd’hui et nous aide à marcher sur ses traces ! Amen.

 

† Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux

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